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Ouvrant la série des allocutions, le secrétaire général de l’Association des entreprises de transport de Côte d’Ivoire (APETT-CI), M. Soumaré Ibrahim a exprimé les préoccupations du secteur face aux récentes modifications du Code d’investissement, qui remettaient en cause certains acquis obtenus.« Pendant plusieurs mois, nous avons bénéficié d’avantages fiscaux liés au Code d’investissement, notamment l’exonération de la TVA et des droits de douane sur l’acquisition de véhicules neufs », a-t-il rappelé. Selon lui, cette politique avait permis de renouveler le parc automobile et de doter la Côte d’Ivoire de matériels de transport modernes et performants.

Cependant, la suspension de ces mesures inquiète les transporteurs. « Si ces avantages sont annulés, il sera très difficile pour nos entreprises de continuer à investir dans des véhicules neufs. Beaucoup de confrères seront contraints de se tourner vers les véhicules d’occasion, les fameux France au revoir, ce qui représente un recul pour la qualité et la sécurité du transport », a-t-il prévenu.

Aussi, le Secrétaire général de l’APETT-CI a insisté sur l’importance du dialogue avec les autorités pour trouver une solution. « Nous avons beaucoup appris au cours de cette rencontre. Mais au-delà des discussions, il est essentiel que nos préoccupations soient prises en compte, car l’avenir de tout un secteur en dépend », a-t-il conclu.

Quant à Ibrahim Diaby, Directeur général du Haut Conseil des Transporteurs, il a, à son tour exposé avec précision l’ampleur des transformations en cours. Le secteur, qui bénéficiait historiquement d’un régime fiscal particulièrement favorable comprenant des facilitations douanières et un allègement substantiel de la TVA, fait désormais face à une reconfiguration complète de ses avantages.

La mutation la plus significative concerne le passage d’un système d’exonération totale et définitive à un régime de suspension temporaire. Cette évolution fondamentale modifie structurellement la relation entre les entreprises et l’administration fiscale.

Parallèlement à cette transformation procédurale, le taux d’exonération a été divisé par deux, passant de 100% à 50%. Bien que cette mesure maintienne un avantage fiscal substantiel comparativement au régime de droit commun, elle constitue néanmoins une charge additionnelle non négligeable pour les opérateurs.

Pour illustrer l’impact financier de ces changements, M. Diaby Ibrahim a présenté un cas pratique détaillé. Un autocar d’une valeur de 100 millions de FCFA, soumis à la TVA de 18%, génère une charge fiscale de 18 millions de FCFA, portant le coût total à 118 millions de FCFA.

Aussi, il a rappelé que sous l’ancien régime, cette TVA était définitivement exonérée. Aujourd’hui, bien que suspendue, elle doit être avancée par l’entreprise qui la récupérera ultérieurement. Cette transformation crée un mécanisme de crédit forcé qui pèse considérablement sur la trésorerie des transporteurs. « La problématique s’intensifie dramatiquement lors des opérations de renouvellement de flotte. Pour un parc de 10 autocars représentant un investissement global d’un milliard de FCFA, la charge TVA s’élève entre 180 et 200 millions de FCFA ».

Poursuivant, cette somme, même temporairement avancée, constitue un endettement substantiel que la plupart des transporteurs peinent à absorber. L’impact sur leurs capacités d’investissement et leur compétitivité s’avère considérable, particulièrement pour les entreprises de taille moyenne qui constituent l’ossature du secteur.

Au-delà des questions fiscales, les modalités de financement ont également évolué. Les opérateurs, qui bénéficiaient auparavant d’une grande flexibilité pour structurer leurs acquisitions grâce à leurs partenaires internationaux ou leurs garanties propres, doivent désormais obligatoirement présenter une lettre de crédit émise par une banque locale.

Cette exigence, bien qu’elle vise à sécuriser les transactions et à renforcer le système bancaire national, limite drastiquement les options de financement. Elle contraint les investisseurs à abandonner des relations commerciales établies avec des partenaires étrangers, fondées sur la confiance mutuelle et la crédibilité sectorielle.

Au terme de son intervention, le Directeur Général du haut conseil des Transporteurs a formulé un appel pressant aux autorités pour une réévaluation des contraintes actuelles. Son avertissement est clair : le risque de « revenir à la case départ » demeure réel si les conditions d’investissement deviennent prohibitives.

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Sandrine Tegnan, représentante de la Directrice Générale du CEPICI Solange Amichia, a replacé ces évolutions dans une perspective stratégique plus large. Le nouveau Code des Investissements s’inscrit dans une démarche ambitieuse visant simultanément l’attraction d’investissements accrus, la diversification de l’économie nationale et l’accélération du développement industriel.

Ce dispositif repose sur une architecture juridique cohérente articulant trois piliers essentiels : des garanties robustes pour les investisseurs, des obligations clairement définies et des dispositions fiscales incitatives. L’objectif demeure l’accompagnement optimal des investissements tout en instaurant un suivi rigoureux et équitable de leur mise en œuvre.

Cette mise en garde reflète une préoccupation partagée par l’ensemble des acteurs : comment préserver la dynamique d’investissement qui a permis la modernisation du secteur tout en répondant aux nouveaux impératifs réglementaires ?

Les entreprises du secteur affichent leur volonté d’accompagner la vision gouvernementale mais revendiquent un cadre fiscal et financier qui préserve leur viabilité économique et leur compétitivité. L’enjeu central consiste à identifier un point d’équilibre entre les impératifs budgétaires légitimes de l’État et la nécessité de maintenir un environnement propice aux investissements privés.

Pour maintenir l’attractivité de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale des investissements de transport, plusieurs axes d’amélioration méritent considération : flexibilité financière, échelonnement fiscal et les mécanismes de soutien, etc.

L’initiative du CEPICI démontre l’importance d’un dialogue institutionnalisé entre les autorités publiques et les acteurs privés.

Le secteur des transports terrestres ivoiriens traverse une période de mutation profonde qui témoigne de la maturité croissante de l’économie nationale. Les défis actuels, bien que substantiels, ne doivent pas occulter les progrès remarquables accomplis.

L’enjeu pour les prochains mois sera de préserver l’élan d’investissement qui a permis la modernisation du secteur tout en intégrant les nouvelles exigences réglementaires. Cette équation complexe nécessite une approche nuancée, privilégiant le dialogue constructif et l’adaptation progressive plutôt que les ruptures brutales.

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La réussite de cette transition déterminera largement la capacité de la Côte d’Ivoire à maintenir son leadership régional dans le domaine des transports tout en renforçant la contribution de ce secteur stratégique au développement économique national.

L’avenir dira si les parties prenantes sauront transformer ces défis en opportunités durables pour l’ensemble de l’écosystème ivoirien des transports terrestres.

Julien Koffi avec Sercom


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