Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude économique et les limites des systèmes bancaires traditionnels, les stablecoins s’imposent progressivement comme une solution de référence pour les paiements, la gestion de trésorerie et l’inclusion financière. C’est ce que met en lumière le dernier rapport de Yellow Card, intitulé « L’adoption des stablecoins dans les marchés émergents ». Ce document met en évidence l’accélération de l’usage des stablecoins, en particulier en Afrique, où les besoins en solutions alternatives sont parmi les plus pressants.
Yellow Card, acteur majeur de l’infrastructure de paiement en stablecoins en Afrique et dans les marchés émergents, a compilé des données qui témoignent de l’impact croissant de ces actifs numériques. Le rapport couvre plusieurs régions du monde en développement, notamment l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient, avec un accent particulier sur l’Afrique, où les stablecoins gagnent rapidement en popularité.
Stablecoins : réponse aux défis structurels des marchés émergents
La montée des stablecoins, ces cryptomonnaies indexées sur des monnaies fiduciaires comme le dollar américain, s’explique en grande partie par les failles structurelles des systèmes financiers locaux. Dans de nombreux pays africains, les devises sont volatiles, les frais bancaires élevés, et l’accès aux services financiers reste limité.
Face à cela, les stablecoins offrent une alternative viable. Le rapport indique qu’en Afrique subsaharienne, les stablecoins représentent désormais 43 % de toutes les transactions en cryptomonnaies. Ce chiffre témoigne d’une révolution silencieuse mais déterminante.
Par exemple, 30 % des utilisateurs de stablecoins sont des entreprises qui s’en servent pour la paie, le règlement des fournisseurs ou encore la gestion de leur liquidité. Cette transformation est portée par l’adoption mobile : 75 % des utilisateurs de Yellow Card passent par leurs smartphones pour effectuer des transactions, ce qui s’aligne sur les 650 millions de comptes mobile money actifs sur le continent.
Le Nigeria, leader africain de l’adoption des stablecoins
Le Nigeria se démarque comme le premier marché des stablecoins en Afrique. Entre juillet 2023 et juin 2024, le pays a enregistré 22 milliards de dollars de transactions en stablecoins. Cette dynamique est alimentée par la faiblesse persistante du naira, qui pousse les entreprises et les particuliers à se tourner vers des actifs numériques adossés au dollar.
L’USDT (Tether), via le réseau TRON, représente à lui seul 88,5 % des transactions sur Yellow Card au Nigeria. La faible tarification — entre 0,20 et 1 dollar par transaction — et la rapidité des règlements rendent cette solution particulièrement attrayante pour les PME. Un exemple concret cité dans le rapport : un grossiste nigérian a réussi à régler une commande de 100 000 dollars en Inde en quelques heures grâce aux stablecoins, alors que les banques locales ne pouvaient couvrir que la moitié du montant requis.
Afrique du Sud, Ghana, Kenya : des cas d’usage variés et en pleine expansion
L’Afrique du Sud n’est pas en reste. Le rapport révèle que l’usage des stablecoins y dépasse désormais celui du Bitcoin. L’adoption a bondi de 50 % en un mois depuis octobre 2023. Des millions d’utilisateurs, notamment dans les secteurs des technologies et de l’exportation, utilisent l’USDT ou l’USDC pour se protéger contre l’instabilité du rand, notamment pour des paiements internationaux comme ceux destinés à AWS ou Slack.
Au Ghana et au Kenya, les stablecoins se positionnent comme des vecteurs de paiements agricoles et de transferts de fonds. Des initiatives d’assurance récolte adossées à la blockchain voient le jour, basées sur l’USDC. En Zambie et en Ouganda, les commerçants transfrontaliers contournent les pénuries de devises grâce aux stablecoins, qui réduisent les délais de paiement de plusieurs jours à quelques heures.
Inclusion financière et souveraineté monétaire : un nouvel horizon
Selon Jefferson Iwengue, conseiller juridique pour l’Afrique francophone chez Yellow Card, les stablecoins sont « bien plus qu’une simple tendance. Ils sont une véritable bouée de sauvetage. » Il insiste sur leur rôle dans l’autonomisation économique des PME et des travailleurs indépendants dans des régions où les structures financières classiques sont souvent défaillantes.
Au niveau mondial, la capitalisation boursière des stablecoins est passée de 5 milliards de dollars en 2020 à 230 milliards en 2025. Une grande partie de cette croissance est portée par les marchés émergents, avec 17 des 20 premiers pays en termes d’adoption des cryptomonnaies selon Chainalysis.
Yellow Card, catalyseur de la transformation financière
Avec plus de 6 milliards de dollars de transactions dans 20 pays africains, Yellow Card s’impose comme un acteur stratégique de cette mutation. En collaborant avec les fintechs, les banques et les gouvernements, l’entreprise construit une infrastructure financière inclusive et résiliente.
Le rapport conclut que les stablecoins sont appelés à devenir la norme en matière de liquidité et d’échanges transfrontaliers dans les économies émergentes. « L’avenir consiste à rendre la finance accessible, transparente et résiliente, et l’Afrique montre la voie », affirme Iwengue.
L’adoption des stablecoins n’est pas qu’un phénomène technologique : c’est une transformation systémique qui pourrait bien redéfinir l’avenir financier du continent africain.
Aimé Kouassi
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