Après une décennie consacrée à l’élargissement de l’accès aux services financiers pour les travailleurs de l’économie informelle, l’entreprise Watu plaide désormais pour un changement d’échelle. Dans une tribune intitulée « La prochaine décennie de l’inclusion : de l’accès à l’accélération », son directeur général, Andris Kan̄eps, dresse le bilan de dix années d’actions et esquisse les priorités à venir pour une inclusion financière durable et transformatrice.
Implantée aujourd’hui dans huit pays africains et deux pays d’Amérique latine, Watu a accompagné plus de cinq millions de clients dont les activités dépendent directement de la mobilité urbaine et de la circulation économique. Motos, tuk-tuks et smartphones constituent désormais des outils essentiels permettant à des millions de personnes de participer à l’essor des économies numériques et de services sur les marchés émergents.
Selon Andris Kan̄eps, l’accès à ces équipements n’a longtemps été réservé qu’à une minorité répondant aux critères stricts du crédit formel, excluant de fait la majorité des travailleurs informels. « L’inclusion financière ne se résume pas à l’octroi d’un prêt, mais à la capacité réelle de générer des revenus stables et prévisibles », souligne-t-il.
L’expérience de terrain a conduit Watu à adapter continuellement son modèle. D’abord orientée vers les services bancaires traditionnels, l’entreprise s’est progressivement tournée vers le financement de la mobilité, puis vers celui de la connectivité numérique. Un constat s’est imposé : la possession d’un actif productif, notamment une moto, génère un impact économique plus immédiat et plus durable qu’un microcrédit classique. De même, le smartphone, autrefois perçu comme un luxe, est devenu une infrastructure indispensable à l’activité économique.
Cette croissance rapide n’a cependant pas été exempte de défis. Volatilité des revenus, chocs économiques et évolutions réglementaires ont mis à l’épreuve les clients comme l’entreprise. En réponse, Watu a renforcé ses mécanismes d’évaluation de la capacité de remboursement, amélioré la transparence sur les engagements financiers et accru l’accompagnement des clients en période de difficulté. « L’inclusion n’a de valeur que si elle est responsable et durable », insiste le dirigeant.
Parallèlement, l’environnement économique connaît de profondes mutations. Trois grandes transitions redessinent aujourd’hui les perspectives du travail et de la mobilité sur les marchés émergents : l’électrification progressive des transports, la digitalisation accélérée des paiements et la structuration croissante du travail informel grâce aux technologies numériques. Ces évolutions ouvrent de nouvelles opportunités, tout en posant un défi majeur : adapter les systèmes financiers, réglementaires et technologiques au rythme de ces transformations.
Pour la prochaine décennie, Watu entend aller au-delà de l’accès aux services financiers pour favoriser une véritable accélération de la mobilité sociale. « La moto ou le smartphone ne sont plus une finalité, mais un point de départ », explique Andris Kan̄eps. L’ambition est désormais d’accompagner les entrepreneurs informels dans la durée, depuis l’acquisition de leur premier actif jusqu’à l’expansion de leurs activités, en s’appuyant sur les données, l’innovation et des partenariats stratégiques avec les autorités, les industriels et les acteurs du développement.
À travers les différents pays où elle opère, l’entreprise observe une même réalité : des millions de travailleurs font preuve d’ingéniosité et de résilience pour améliorer leur quotidien et soutenir leurs communautés. Leur réussite, selon Watu, dépendra de la capacité des écosystèmes financiers et institutionnels à évoluer à leur rythme.
À l’aube de sa deuxième décennie, Watu réaffirme ainsi son engagement à croître de manière responsable et à innover au service de ceux qui dynamisent les économies urbaines. « Lorsqu’on donne aux personnes travailleuses les moyens de créer des opportunités, elles transforment leur avenir. Notre responsabilité collective est de ne pas ralentir cet élan », conclut Andris Kan̄eps.
Aimé Kouassi
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