Les retards de paiement des salaires du mois de décembre 2025 dans plusieurs Établissements Publics Nationaux (EPN) ont suscité une vive réaction de la Coordination Nationale des Enseignants-Chercheurs (CNEC) de Côte d’Ivoire. Au-delà de l’indignation exprimée par le syndicat, les explications fournies par les services financiers de l’État mettent en lumière des causes techniques et structurelles récurrentes.
Selon les informations recueillies auprès d’un haut cadre du Trésor public, sous couvert d’anonymat, l’incident serait lié à un dysfonctionnement du réseau du Compte Unique du Trésor (CUT), le dispositif centralisé de gestion et d’exécution des paiements publics. Le système aurait connu un bug ayant perturbé la chaîne de traitement des virements destinés aux agents des EPN.
« Le CUT a subi un dysfonctionnement technique qui a ralenti la validation des ordres de paiement. Les opérations ont finalement été rétablies et l’ensemble des salaires est passé dans la soirée du 30 décembre 2025, aux environs de 22 heures », explique la source.
Cette panne technique intervient toutefois dans un contexte plus large de fragilités structurelles. Pour la CNEC, ces retards récurrents traduisent notamment : une priorisation inégale des catégories d’agents dans la chaîne de paiement, une centralisation excessive des opérations financières, une absence de mécanismes de secours en cas de défaillance technique et un déficit de coordination entre le Trésor, les EPN et les ministères concernés.
Le syndicat dénonce ce qu’il considère comme une « discrimination administrative » à l’égard des enseignants-chercheurs, rappelant que ces incidents surviennent régulièrement en fin d’année, une période jugée particulièrement sensible sur le plan social.
La CNEC estime que la dépendance totale au Compte Unique du Trésor, sans dispositif de sécurisation parallèle, expose les personnels académiques à des risques répétés de retard de rémunération. Elle soutient que cette situation met en évidence la nécessité d’un cadre juridique et statutaire spécifique, garantissant la sécurisation des droits salariaux.
Si elle prend acte de la régularisation intervenue dans la nuit du 30 décembre, la coordination considère que la résolution technique tardive ne saurait occulter les failles systémiques constatées. Elle annonce, à cet effet, des actions syndicales après la trêve des fêtes afin d’obtenir : une réforme de la procédure de paiement des EPN, la mise en place de mécanismes de continuité en cas de panne du CUT et l’ouverture de discussions sur l’adoption d’un statut particulier pour les enseignants-chercheurs.
Pour la CNEC, l’épisode de décembre 2025 doit servir d’alerte et ouvrir la voie à des réformes structurelles visant à prévenir toute nouvelle rupture dans la gestion des rémunérations au sein du secteur de l’enseignement supérieur.
Aimé Kouassi
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