Après sept années à la tête du ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Bruno Nabagné Koné laisse un secteur profondément transformé. Les chiffres témoignent d’une rupture historique : effectifs multipliés par 3,4, budget multiplié par 3, production foncière multipliée par 5, et zéro effondrement de bâtiment en 2025.
En 2018, le constat était alarmant : 29,3 millions d’habitants avec une croissance de 2,9% par an, un taux d’urbanisation passé de 32% (1975) à 52,5% (2021), 5,6 millions d’habitants concentrés à Abidjan (36% de la population urbaine), 17 villes de plus de 100 000 habitants contre 8 en 1998, un déficit de 800 000 logements augmentant de 10% par an, et 200 quartiers précaires à Abidjan sur 7 000 hectares, abritant 1,9 million de personnes (30% de la population du District).
Face à cette urbanisation galopante, il a déployé une vision stratégique articulée autour de quatre grands axes de transformation. Il s’agit de la modernisation de l’administration (les effectifs ont explosé, passant de 1 056 agents en 2018 à 3 631 agents en 2025 (+244%) ; Le personnel technique est passé de 269 agents à 990 agents, représentant désormais 27% des effectifs. Sur les 348 nouveaux fonctionnaires récemment affectés, 208 sont des techniciens BTP (60%). Le parc automobile a suivi avec 55 véhicules en 2018 contre 434 en 2025 (×8), améliorant le ratio de 1 véhicule pour 12 agents à 1 pour 8 agents. Le budget, stagnant autour de 40 milliards FCFA en moyenne entre 2012-2017, a bondi à 60 milliards (2020-2023), avant d’atteindre un niveau record de 123,25 milliards FCFA en 2026, avec 80% dédiés à l’investissement. Les crédits pour le logement atteignent 98,69 milliards FCFA en 2026 (70% de l’investissement). Le Système intégré de gestion du foncier urbain (SIGFU) a dématérialisé 88 643 dossiers d’ACD, numérisé 1 664 plans de lotissement, et vectorisé 963 000 lots (104% de l’objectif).
La signature électronique des ACD est opérationnelle à Abidjan
L’arsenal réglementaire a été refondu avec le Code de l’Urbanisme et du Domaine Foncier Urbain (2020), le Code de la Construction et de l’Habitat (2019), et des lois encadrant les professions d’architecte, d’ingénieur et le bail à usage d’habitation. S’agissant de la sécurisation foncière, la production a été multipliée par 5. La délivrance des Arrêtés de Concession Définitive a explosé : de 4 500 ACD par an en moyenne (2013-2018) à Abidjan, la production est passée à 10 000 ACD par an depuis 2019, culminant à 40 171 ACD en 2025 (Abidjan + Intérieur), soit une multiplication par 5.
Un fait remarquable , c’est que 70% des ACD signés à Abidjan depuis 2013 l’ont été entre 2019 et 2025. En 2024, 34 743 ACD ont été signés. Cette accélération ne s’est pas faite au détriment de la qualité juridique : le taux d’annulation par le Conseil d’État reste inférieur à 0,1% des ACD signés. En 2025, seulement 28 annulations sur 40 171 ACD délivrés. Le taux de rejet des demandes d’annulation, qui oscillait autour de 65% entre 2012-2017, s’est nettement amélioré. La déconcentration progresse avec 94% des guichets uniques du foncier opérationnels : 66 départements plus tous les chefs-lieux de région sur 104 prévus. La couverture territoriale en documents d’urbanisme est passée de 12% en 2011 à 70% en 2025, avec 80 nouveaux Plans d’Urbanisme Directeur en cours d’élaboration (1 chef-lieu de région, 74 chefs-lieux de département, 5 chefs-lieux de sous-préfecture).
Le Schéma Directeur d’Urbanisme de Yamoussoukro a été révisé, celui du Grand Abidjan est en cours d’actualisation à l’horizon 2040. La délimitation des territoires de 189 villages du Grand Abidjan est en cours pour clarifier les limites et réduire les conflits fonciers. 3. Sécurisation du cadre bâti : zéro effondrement en 2025 Le contrôle des constructions s’est intensifié : 9 867 chantiers inspectés en 2021, 14 190 en 2022, 18 874 en 2023, 17 375 en 2024, et 23 571 en 2025 (+139% vs 2021). La répression s’est durcie avec 165 démolitions en 2022, 155 en 2023, 110 en 2024, et 67 en 2025. Les résultats sont spectaculaires : le nombre d’effondrements de bâtiments est passé de 11 en 2020 à 3 en 2022, 2 en 2023, 6 en 2024, et 0 en 2025. Le délai de délivrance du permis de construire a été ramené à 21 jours pour un dossier complet et conforme. L’obligation de recourir à un ingénieur-conseil pour les constructions de plus de deux niveaux et l’introduction de l’assurance obligatoire renforcent la sécurité.
Le ministère a piloté la réhabilitation des Tours A et B de la cité administrative, la construction de la Tour F et de l’immeuble du ministère de l’Intérieur, la rénovation de 12 directions régionales et départementales, et la construction de 3 bâtiments pour la Brigade de Contrôle à Abidjan.
43 000 logements produits
Le Programme Présidentiel de Construction de Logements Sociaux et Économiques (PPCLSE), lancé en 2012 avec un objectif de 150 000 logements, n’avait produit que 8 782 logements entre 2012 et 2018. Depuis 2018, grâce à une refonte institutionnelle majeure, environ 43 000 logements ont été réalisés. La transformation de la SICOGI en Agence Nationale de l’Habitat (ANAH), la création du Fonds de Garantie du Logement Social (FGLS), l’institution de taxes parafiscales sur les matériaux de construction, et la recapitalisation de la BHCI ont créé un écosystème cohérent. La Commission Nationale d’Attribution des Logements Sociaux (CONALOG) assure une sélection transparente des bénéficiaires. Le Programme d’Urgence de 25 000 logements (20 000 Abidjan, 5 000 Intérieur) a mobilisé 190 milliards FCFA sur 500 milliards attendus. Les travaux sont lancés pour 800 logements à la Cité Policière-BAE et 1 160 appartements à PK24.
Des DAO ont été lancés pour 420 logements à Yamoussoukro et 680 logements à Bouaké. Le Programme Élargi de Logement et d’Aménagement Foncier (PELAF) a mobilisé 364 hectares de foncier, et plus de 2 000 hectares ont été purgés et viabilisés à Abidjan et à l’Intérieur. En mars 2025, la Société Financière Internationale (SFI) et le groupe ADDOHA ont signé un accord de 16,8 milliards FCFA pour 5 600 logements.
Perspectives ambitieuses
Pour l’avenir, le ministère vise à achever la couverture nationale à 100% en documents d’urbanisme opposables, généraliser le SIGFU sur tout le territoire, finaliser la délimitation des 189 villages du Grand Abidjan, accélérer la délivrance des ACD, poursuivre la digitalisation du permis de construire et du contrôle des constructions, renforcer la politique de maintenance du patrimoine bâti public, déployer une approche nationale de rénovation des services déconcentrés, et intensifier la production de logements sociaux pour combler le déficit structurel.
Après sept années de réformes structurantes, Bruno Koné, « l’homme des réformes » laisse un héritage majeur. Il s’agit d’une administration modernisée et digitalisée, un cadre juridique cohérent, un foncier sécurisé, des constructions contrôlées, et une politique du logement relancée. Cela donne des fondations solides pour accompagner durablement la transition urbaine de la Côte d’Ivoire et améliorer le cadre de vie de millions d’Ivoiriens.
Rodrigue Cofye
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