Au siège de la Banque africaine de développement (BAD) au Plateau, le ministre délégué en charge des Productions vivrières, Bernard Comoé Kini, a donné le ton du lancement de l’initiative AgriConnect Côte d’Ivoire jeudi 6 février 2026, lors d’échanges approfondis avec la BAD, la Banque mondiale et plusieurs partenaires techniques et financiers. Au centre de son intervention : une ligne directrice claire — transformer structurellement l’agriculture ivoirienne pour en faire un moteur d’emplois et un pilier durable de la sécurité alimentaire.
Pour le ministre, l’enjeu n’est plus d’additionner des projets, mais de mettre en cohérence l’existant, d’accélérer l’exécution et de moderniser les outils au service des producteurs.

Le digital comme levier décisif d’accès au financement
Bernard Comoé Kini a insisté sur une conviction forte : l’avenir de l’agriculture ivoirienne passe par la digitalisation des services agricoles et la structuration des données.
Il a relevé que certaines entreprises utilisent déjà les outils numériques pour analyser les cycles de production, sécuriser les approvisionnements et réduire le risque avant l’octroi du crédit. Selon lui, l’extension de cette logique aux coopératives permettrait d’améliorer significativement la productivité, la qualité des productions et surtout l’accès des producteurs au financement, aujourd’hui très limité.
Cependant, il a souligné un obstacle majeur : le cadre réglementaire et institutionnel ne permet pas encore à ces « facilitateurs digitaux » d’opérer pleinement, notamment en matière d’intermédiation financière, de vulgarisation et d’accompagnement technique. D’où la nécessité, selon lui, de créer un environnement favorable pour libérer ce potentiel.
S’appuyer sur les modèles ivoiriens qui fonctionnent
Le ministre a rappelé que la Côte d’Ivoire dispose déjà d’exemples probants : des coopératives performantes, des interfaces professionnelles avec l’industrie, un cadre interprofessionnel qui a démontré sa solidité même en période de crise.
« Nous avons des bases solides. Il s’agit maintenant de les connecter, de les digitaliser et de les financer intelligemment », a-t-il fait valoir.
Trois priorités stratégiques clairement identifiées
Les propos du ministre ont structuré les échanges autour de trois priorités majeures : Les réformes structurelles : irrigation (moins de 3 % des terres irriguées), mécanisation, accès à l’énergie et sécurisation foncière.

La digitalisation du système d’information agricole : fédérer les initiatives publiques et privées dans une infrastructure numérique nationale connectée aux coopératives, aux services climatiques et aux systèmes financiers. Le financement innovant, adossé aux données agricoles fiables, avec un déploiement prioritaire sur le riz et la pisciculture, filières stratégiques pour la souveraineté alimentaire.
Une cohérence assumée avec le PNIA et le PND
Bernard Comoé Kini a également insisté sur la nécessité d’aligner AgriConnect avec le PNIA et le PND. Il a rappelé que le deuxième PNIA (2018-2025), malgré ses ambitions (9 agropoles, 12 000 milliards FCFA), a révélé des défis persistants : faible irrigation, mécanisation limitée, accès restreint au crédit et déficit de données fiables.
Le nouveau cadre 2026-2035, aligné sur la Déclaration de Kampala, mettra l’accent sur la gouvernance, la modernisation, la digitalisation, la recherche et la transformation locale.
La recherche et le secteur privé au cœur du dispositif
Le ministre a souligné le rôle déterminant du CNRA et des centres de recherche partenaires, appelant à un mécanisme durable de financement, à une diffusion accrue des semences améliorées et à une collaboration étroite avec le secteur privé pour la vulgarisation.

Il a aussi salué la forte présence du secteur privé et des institutions comme la SFI, y voyant la preuve que le partenariat public-privé est la clé de la transformation agricole.
Prochaine étape : une table ronde dédiée au riz
En clôture, Bernard Comoé Kini a annoncé l’organisation prochaine d’une table ronde consacrée à la filière riz, avec un agenda clair et des engagements précis.
Pour lui, AgriConnect doit devenir le véhicule opérationnel capable d’aligner l’État, le secteur privé, la recherche et les partenaires au développement autour d’un objectif commun : faire de l’agriculture ivoirienne un secteur moderne, financé, digitalisé et créateur massif d’emplois. « La vision est là, les partenaires sont là, les exemples existent. Il faut maintenant accélérer », a résumé le ministre.
AgriConnect Côte d’Ivoire est une initiative conjointe de la Banque mondiale (BM) et de la Banque africaine de développement (BAD), portée avec le gouvernement ivoirien, pour accélérer la transformation structurelle de l’agriculture à travers le numérique, la donnée agricole et des financements innovants.
Elle s’inscrit dans l’alignement du PND 2026-2030 et du futur PNIA 2026-2035, avec une priorité claire : faire de l’agriculture un moteur d’emplois et un pilier de la sécurité alimentaire.
Aimé Kouassi
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