SIA 2026 : À Paris, la Côte d’Ivoire trace les contours d’une nouvelle puissance agricole

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À l’occasion de la 62ᵉ édition du Salon international de l’Agriculture de Paris, la Côte d’Ivoire n’est pas venue faire de la figuration. Conduite par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Koné, la délégation ivoirienne a affiché une ambition claire : refonder le modèle agricole national autour de la souveraineté alimentaire, de la compétitivité et de la durabilité.

Placée sous le thème « Créativité et innovations continues au service d’une agriculture ivoirienne résiliente et durable », la participation ivoirienne a été marquée par une série de rencontres stratégiques avec les partenaires techniques et financiers, les organisations patronales et les investisseurs européens.

Une stratégie en cinq piliers pour la souveraineté agricole

Face aux acteurs institutionnels français, le ministre Bruno Koné a présenté une feuille de route structurée autour de cinq axes majeurs.

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Premier pilier : la souveraineté alimentaire, érigée en priorité par le Président de la République, Alassane Ouattara. Le défi est connu : près de 40 % du riz consommé en Côte d’Ivoire est encore importé. L’objectif est donc d’accroître la production nationale et de réduire progressivement cette dépendance.

Deuxième axe : le renforcement de la compétitivité des filières. Il s’agit d’améliorer les revenus des producteurs, d’intensifier la transformation locale et de mieux structurer les chaînes de valeur afin de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.

Troisième chantier, et non des moindres : la réforme du financement agricole. « Il y a un paradoxe », a souligné le ministre lors de la Journée ivoirienne. « On dit souvent que l’agriculture n’est pas financée. En réalité, elle l’est à hauteur de 6 %, mais ces 6 % vont essentiellement aux grandes entreprises. » Le gouvernement entend corriger ce déséquilibre pour favoriser un accès plus équitable au crédit, notamment pour les petits producteurs. L’assurance agricole et de nouveaux mécanismes de partage des risques figurent parmi les instruments envisagés.

Quatrième pilier : la sécurisation du foncier rural. L’accélération de la délivrance des titres fonciers doit permettre aux exploitants d’accéder au crédit et d’investir durablement.

Enfin, cinquième axe : la durabilité et l’adaptation au changement climatique, à travers la maîtrise de l’eau, le développement de l’irrigation et la promotion de pratiques agroécologiques.

200 milliards FCFA d’engagement de l’AFD

Les discussions avec l’Agence Française de Développement (AFD) ont confirmé la solidité du partenariat franco-ivoirien. Le portefeuille de l’institution dans les secteurs de l’agriculture et du développement rural en Côte d’Ivoire est estimé à 200 milliards FCFA.

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Les interventions visent l’intensification agroécologique des filières stratégiques, la gestion durable des ressources naturelles et la promotion de territoires ruraux inclusifs et résilients.

Cette coopération s’inscrit dans une dynamique plus large, saluée par le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a rappelé le rôle de leader de la Côte d’Ivoire dans les filières cacao, banane et noix de cajou, tout en annonçant un soutien renforcé aux cultures vivrières.

Business, investissements et diplomatie économique

La délégation ivoirienne a également échangé avec Business France en vue du forum France–Côte d’Ivoire prévu le 26 mars à Paris. L’agriculture y occupera une place centrale, avec des thématiques telles que l’agri-tech, la mécanisation, l’irrigation et l’implantation de serres.

Des discussions ont aussi eu lieu avec le MEDEF International autour du financement de projets agricoles, des exigences de durabilité et des opportunités d’investissement dans les filières agricoles et forestières. Le message des autorités ivoiriennes est clair : la Côte d’Ivoire offre un environnement structuré et attractif pour les investisseurs.

Cacao, coco et semences : les filières stratégiques en mutation

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire veut anticiper les défis liés aux prix internationaux et aux nouvelles exigences environnementales. L’objectif est double : préserver le leadership mondial et garantir des revenus plus stables aux producteurs.

La filière coco connaît également un tournant majeur. Désormais régulée par le Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco (CHPC), elle affiche des performances solides : entre 125 000 et 200 000 tonnes de noix exportées par an et près de 37 000 tonnes d’huile de coco. Les autorités ambitionnent de renforcer la transformation locale et de mieux sécuriser les transactions commerciales.

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Autre levier stratégique : la qualité des semences. Le ministre délégué Bernard Kini Comoé a engagé des discussions avec SEMAE afin de structurer la filière semencière ivoirienne, renforcer la certification et faciliter le transfert d’expertise.

Recherche et innovation : un partenariat renouvelé

En marge du Salon, l’ANADER et le CIRAD ont signé un nouvel accord-cadre. Cette coopération, engagée depuis plus de vingt ans, vise à transformer les résultats de la recherche en solutions concrètes pour les producteurs, notamment dans les filières cacao et fruitières.

Les performances du secteur illustrent déjà cette dynamique : la production vivrière est passée de 4,5 à 10,3 millions de tonnes en une décennie, contribuant à la création de près de deux millions d’emplois en milieu rural.

Les opportunités d’investissement identifiées dans le cadre du Plan National de Développement sont estimées à plus de 1 660 milliards FCFA, couvrant la modernisation des équipements, la commercialisation et la transformation agro-industrielle.

Une ambition assumée

À Paris, la Côte d’Ivoire n’a pas seulement présenté ses produits. Elle a exposé une vision. Celle d’une agriculture plus inclusive, mieux financée, technologiquement modernisée et résiliente face aux chocs climatiques.

Le SIA 2026 aura ainsi servi de vitrine, mais surtout de catalyseur. Un espace où diplomatie économique, réforme structurelle et mobilisation des partenaires se sont conjuguées pour dessiner les contours d’une agriculture ivoirienne nouvelle génération — compétitive, durable et souveraine.

Aimé Kouassi Envoyé spécial à Paris