L’Organisation internationale du cacao (ICCO) a tenu une conférence de presse ce mardi 31 mars 2026, au vallon pour faire le point sur les déséquilibres structurels du marché mondial et présenter les réformes envisagées par les pays producteurs. À cette occasion, l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs, et SEM Michel Arrion, directeur exécutif de l’ICCO, ont successivement appelé à une meilleure rémunération des producteurs et à une gouvernance plus transparente de la filière.

S’exprimant au nom des pays producteurs, l’ambassadeur Aly Touré a rappelé que la filière cacao génère près de 100 milliards de dollars par an, mais que les pays producteurs n’en captent qu’entre 5 et 10 % des revenus. « Cette situation traduit une répartition inéquitable de la valeur, largement favorable aux transformateurs et aux distributeurs », a-t-il souligné, dénonçant des conséquences durables sur les économies des pays producteurs et sur les revenus des petits exploitants. Il a également mis en garde contre la volatilité persistante du marché, citant la crise de 2016-2017 marquée par un effondrement des prix, alors même que les producteurs restent exposés à des fluctuations extrêmes.
Face à ces déséquilibres, l’ambassadeur Aly Touré a plaidé pour une révision en profondeur de l’accord international sur le cacao. L’objectif est d’assurer une meilleure rémunération des producteurs, une répartition plus juste de la valeur ajoutée, une transparence accrue du marché, ainsi qu’un meilleur accès aux marchés internationaux. Il a salué des mécanismes tels que le différentiel de revenu décent (DRD) mis en place par la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui s’inscrivent dans une dynamique de lutte contre la pauvreté.

Les pays producteurs, représentant environ 95 % de l’offre mondiale, se réuniront les 8 et 9 avril prochains sous l’égide de l’ICCO pour analyser l’évolution des prix, évaluer ses impacts sur les économies productrices et proposer des mesures concertées de stabilisation. Le directeur exécutif de l’ICCO, Michel Arrion, a pour sa part détaillé le rôle de l’organisation intergouvernementale qui regroupe 52 pays membres, couvrant 95 % de la production mondiale et près de 80 % des broyages mondiaux. L’ICCO se consacre à la production de statistiques fiables, à l’analyse du marché et au renforcement de la transparence de la filière, sans être une agence de financement ni un organisme de normalisation. « La durabilité économique estla base de toute stratégie durable. Sans revenus décents pour les producteurs, il sera difficile de résoudre les problématiques de déforestation ou de travail des enfants », a insisté Michel Arrion, soulignant que le prix et la durabilité sont indissociables.

Le directeur exécutif a illustré la volatilité structurelle du marché : en 2016-2017, un excédent de production de 7 % avait entraîné une chute des prix de 40 % ; en 2024, une baisse de production de 13 % a provoqué une hausse de près de 300 %. Il a toutefois précisé que la baisse récente des prix est principalement due à une contraction de la demande, face à laquelle l’industrie a réagi en réduisant la teneur en cacao des produits, en utilisant des substituts, ou en diminuant discrètement les quantités vendues. Michel Arrion a annoncé que le nouvel accord international sur le cacao, qui entrera en vigueur le 1ᵉʳ octobre 2026, intègre des avancées majeures : la reconnaissance du revenu décent pour les producteurs, la promotion d’une répartition équitable de la valeur, la prise en compte des barrières non tarifaires, et l’encouragement de la transformation locale. Au terme de cette rencontre, il a souligné que la croissance future de la demande ne viendra plus des marchés traditionnels saturés (Europe, Amérique du Nord), mais des régions émergentes comme l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. « Le défi consiste à développer la consommation et diversifier les usages du cacao », a-t-il conclu.
Rodrigue Cofye
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