La filière mangue ivoirienne traverse une période critique. Quinze cargaisons de mangues infestées par des larves de mouches des fruits ont récemment été interceptées à l’entrée du marché européen avant d’être détruites, faisant peser une lourde menace sur les exportateurs et sur l’ensemble du secteur.

Le Directeur exécutif de l’Interprofession de la filière mangue de Côte d’Ivoire, M. Manlan, s’est exprimé ce 12 mai 2026 pour apporter des éclaircissements sur les mesures prises par les autorités et les acteurs de la filière face à cette situation préoccupante. Les cargaisons concernées, composées de conteneurs et de palettes de mangues expédiées vers l’Union européenne, ont été saisies en raison de la présence de larves de mouches des fruits. Leur destruction, entièrement à la charge des exportateurs, engendre d’importantes pertes financières.
Dans le cadre des exportations vers l’Europe, les opérateurs sont tenus de respecter l’approche systémique de lutte contre les mouches des fruits, un dispositif qui privilégie la lutte intégrée afin de mieux contrôler la prolifération de ces ravageurs. Le non-respect de ces exigences peut entraîner des sanctions allant de l’interdiction d’exporter pour certaines entreprises à une éventuelle suspension des exportations ivoiriennes vers l’Union européenne. Une menace d’autant plus sérieuse que la Côte d’Ivoire occupe actuellement le troisième rang mondial des exportateurs de mangues, derrière le Brésil et le Pérou.

M. Manlan a tenu à préciser que la circulaire n°0515/MINADERPV/CAB/DGPSA/DPVCQ du 6 mai 2026, prise par le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, ne vise pas à exclure certains opérateurs du marché. « Cette circulaire a été élaborée après concertation avec l’Interprofession de la mangue afin d’amener tous les acteurs à renforcer leur vigilance face à la recrudescence des mouches des fruits et éviter une suspension définitive des exportations ivoiriennes », a-t-il expliqué.
Selon lui, la campagne 2026 totalise déjà 19 interceptions de cargaisons destinées à l’exportation. Pourtant, les délais d’acheminement restent relativement courts : 24 heures par avion et environ deux semaines par bateau. Malgré cela, certaines cargaisons arrivent encore sur le marché européen avec des traces de piqûres de mouches des fruits.
L’Union européenne impose désormais des exigences strictes en matière de traçabilité, notamment sur les documents administratifs et la conformité des palettes utilisées pour le transport des mangues. Des normes que plusieurs exportateurs peinent encore à appliquer rigoureusement.

Face à la multiplication des cas au cours du mois de mai, la Direction générale des Productions et de la Sécurité alimentaire ainsi que la Direction de la Protection des végétaux, du Contrôle et de la Qualité (DPVCQ) ont multiplié les mises en garde avant d’envisager une fermeture anticipée de la campagne de commercialisation.
D’après la DPVCQ, plus des deux tiers des vergers surveillés à l’échelle nationale présentent actuellement des taux élevés d’infestation de mouches des fruits. À la date du 8 mai 2026, quatorze interceptions avaient déjà été notifiées par la Commission européenne.
En conséquence, les autorités ont décidé de mettre fin à la campagne d’exportation des mangues fraîches vers l’Union européenne le 8 mai 2026 à 22 heures pour les expéditions aériennes et le 10 mai 2026 à 22 heures pour les expéditions maritimes.

Toutefois, les exportateurs disposant d’un dispositif renforcé et efficace de gestion des mouches des fruits, validé par la DPVCQ, et n’ayant enregistré aucune interception durant la campagne en cours, restent autorisés à poursuivre leurs exportations jusqu’à nouvel ordre.
Rodrigue Cofye
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