La filière café-cacao ivoirienne franchit une étape décisive dans sa modernisation. Le Directeur général du Conseil du Café-Cacao, Yves Koné, a annoncé, ce vendredi 12 juin à Abidjan, l’entrée en vigueur du Système national de traçabilité (SNT) et l’utilisation obligatoire de la carte du producteur à compter du 1er septembre 2026, date d’ouverture de la campagne principale de commercialisation 2026-2027.
S’exprimant lors d’une conférence de presse organisée à l’Hôtel Pullman au Plateau, le premier responsable de l’institution a indiqué que cette réforme vise à garantir la conformité du cacao et du café ivoiriens aux nouvelles exigences internationales, notamment celles de l’Union européenne relatives à la lutte contre la déforestation.
« À partir du 1er janvier 2027, les produits tels que le cacao et le café devront démontrer qu’ils ne proviennent pas de zones déforestées. La Côte d’Ivoire a choisi d’anticiper cette évolution en mettant en place des outils modernes de traçabilité », a expliqué Yves Koné.
Une réforme stratégique pour préserver les marchés internationaux
Selon le Directeur général du Conseil du Café-Cacao, le Système national de traçabilité permettra désormais de suivre chaque cargaison de café ou de cacao depuis la parcelle du producteur jusqu’au point d’exportation.
Cette innovation constitue un atout majeur pour préserver l’accès du cacao ivoirien aux marchés internationaux, particulièrement au marché européen qui demeure l’une des principales destinations des exportations ivoiriennes.
Afin d’assurer l’efficacité du dispositif, la détention de la carte du producteur deviendra obligatoire pour toute transaction de café ou de cacao effectuée dans le cadre du SNT.
Yves Koné a lancé un appel aux producteurs qui ne disposent pas encore de leur carte à se rapprocher des délégations régionales du Conseil du Café-Cacao afin de finaliser leur enrôlement.
Des avantages concrets pour les producteurs
Au-delà de la traçabilité, la carte du producteur offrira plusieurs avantages aux planteurs. Elle permettra notamment de sécuriser les paiements, de garantir le respect du prix bord champ fixé par l’État et de faciliter l’accès à la Couverture maladie universelle (CMU), dont la prise en charge est assurée à 100 % pour les détenteurs de la carte.
« Cette carte est un véritable outil de reconnaissance et de protection des producteurs. Elle contribuera à améliorer durablement leurs conditions de vie », a souligné le Directeur général.
Les négociants saluent une avancée majeure
Prenant la parole au nom du Groupement des Négociants Ivoiriens (GNI), Ismaël Koné a salué une réforme qui ouvre, selon lui, « une nouvelle ère pour les producteurs ».
Il a estimé que le SNT et la carte du producteur constituent l’aboutissement de la politique engagée depuis plusieurs années en faveur de la professionnalisation de la filière.
« Ce système permettra aux producteurs de mieux documenter leurs productions, d’accéder plus facilement au crédit, de bénéficier d’une plus grande transparence dans les transactions et de sécuriser leurs revenus », a-t-il déclaré.
Le représentant du GNI a également souligné que cette réforme renforcera la crédibilité du cacao ivoirien auprès des partenaires internationaux et répondra efficacement aux exigences croissantes des marchés.
Un changement de paradigme pour les exportateurs
Même son de cloche du côté du Groupement Professionnel des Exportateurs de Café et de Cacao (GEPEX).
Son représentant, Lionel Soular, a qualifié le SNT de « véritable changement de paradigme » pour l’ensemble de la filière.
Selon lui, les phases pilotes déjà menées sur le terrain ont permis d’enregistrer des résultats très encourageants avec des volumes importants déjà tracés, des paiements digitaux effectifs et un taux d’enrôlement des producteurs en constante progression.
« Le SNT n’est pas seulement un outil de conformité réglementaire. Il constitue également un puissant levier de modernisation, d’inclusion financière et de développement durable », a affirmé Lionel Soular.
Il a également mis en avant la contribution du dispositif à la lutte contre la déforestation grâce à la géolocalisation des plantations et à la traçabilité de l’origine des productions.
Les producteurs rassurés
Pour Mamadou Bamba, représentant des organisations de producteurs, la mise en œuvre du SNT répond à plusieurs préoccupations longtemps exprimées par les planteurs.
« Grâce à la carte du producteur et à la digitalisation des paiements, les producteurs auront désormais l’assurance de percevoir intégralement le prix fixé par le Conseil du Café-Cacao ainsi que les différentes primes qui leur sont destinées », a-t-il indiqué.
Selon lui, cette réforme contribuera à professionnaliser davantage la filière, à améliorer l’accès aux services financiers et à renforcer la transparence dans la commercialisation du café et du cacao.
Une filière engagée vers plus de transparence
À travers le déploiement du Système national de traçabilité et de la carte du producteur, la Côte d’Ivoire entend consolider sa position de premier producteur mondial de cacao tout en répondant aux nouvelles exigences du commerce international.
L’ensemble des acteurs de la filière – producteurs, coopératives, acheteurs, exportateurs et autorités de régulation – ont réaffirmé leur engagement à accompagner cette transition vers une filière plus moderne, plus durable et davantage tournée vers la transparence.
Aimé Kouassi
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