La transformation numérique pourrait devenir l’un des principaux moteurs de croissance économique de la République du Congo au cours des prochaines années. C’est la conclusion d’un nouveau rapport publié par la GSMA, qui estime que des réformes ciblées en matière de politiques publiques et de réglementation pourraient générer jusqu’à 870 milliards de FCFA de valeur économique supplémentaire d’ici 2030, tout en favorisant la création de plus de 144 000 emplois.
Intitulé « Favoriser la transformation numérique de l’économie en République du Congo », le rapport a été présenté à l’occasion du Digital Africa Summit organisé à Brazzaville. Il met en évidence le rôle stratégique de la connectivité mobile et des services financiers numériques dans l’accélération de la productivité, l’amélioration de la mobilisation des recettes publiques et la diversification de l’économie congolaise.
Selon l’étude, la République du Congo dispose déjà d’une base solide en matière d’infrastructures numériques. Environ 86 % de la population est aujourd’hui couverte par les réseaux 4G. Toutefois, cette avancée ne se traduit pas encore pleinement par une utilisation effective des services numériques.
Seuls 19 % des Congolais utilisent actuellement l’internet mobile, alors même que 70 % des personnes vivant dans des zones couvertes par les réseaux demeurent hors ligne. Cette situation révèle un important déficit d’usage, principalement lié au coût des équipements, au manque de compétences numériques et à certaines contraintes réglementaires.
L’adoption des smartphones reste notamment limitée, malgré une progression continue des services de mobile money qui connaissent un succès croissant dans le pays.
Plus de 540 000 nouveaux utilisateurs attendus
La GSMA estime que la mise en œuvre de réformes adaptées pourrait permettre à plus de 540 000 personnes supplémentaires d’accéder à l’internet mobile d’ici à 2030. Le nombre total d’utilisateurs atteindrait alors environ 2,2 millions de personnes, soit près d’un tiers de la population congolaise.
Au-delà de l’inclusion numérique, les bénéfices économiques seraient considérables. Le rapport prévoit une création de valeur supplémentaire de 870 milliards de FCFA dans plusieurs secteurs stratégiques tels que l’agriculture, l’industrie manufacturière, les transports, le commerce, la santé et les services publics.
Cette dynamique pourrait également favoriser la création de plus de 144 000 emplois et générer près de 174 milliards de FCFA de recettes fiscales additionnelles cumulées d’ici à 2030.
Un environnement plus favorable à l’investissement
Pour Caroline Mbugua, Directrice principale des politiques publiques et de la communication à la GSMA, le défi principal consiste désormais à réduire le fossé entre la couverture des réseaux et leur utilisation effective.
« La République du Congo a mis en place des bases solides en matière de connectivité mobile, mais combler le déficit d’usage nécessitera des réformes coordonnées sur les plans fiscal, réglementaire et de la demande », a-t-elle souligné.
L’organisation recommande notamment de renforcer l’environnement d’investissement dans les infrastructures numériques à travers une réforme de la gestion du spectre, la simplification des procédures administratives, la réduction des redevances réglementaires et une meilleure gouvernance du Fonds de service universel.
Réformer la fiscalité du numérique
Le rapport plaide également pour une modernisation de la fiscalité appliquée au secteur numérique. Parmi les mesures proposées figurent la suppression de certaines taxes spécifiques sur les communications électroniques, l’allègement de la fiscalité sur les smartphones d’entrée de gamme ainsi que la réduction des prélèvements appliqués aux transactions de mobile money.
Selon la GSMA, ces mesures permettraient d’améliorer l’accessibilité des services numériques tout en stimulant la croissance économique et les recettes publiques à moyen terme.
Miser sur les compétences numériques et l’innovation
Les experts soulignent par ailleurs la nécessité de renforcer les programmes d’alphabétisation numérique, d’accélérer le déploiement des services publics numériques et de consolider les dispositifs de cybersécurité et de protection des données afin de renforcer la confiance des utilisateurs.
Le rapport recommande également l’adoption d’un cadre réglementaire plus moderne, capable d’accompagner l’émergence de nouveaux services numériques et le développement de technologies innovantes, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Un levier de diversification économique
Alors que le pays poursuit la mise en œuvre de sa stratégie Congo Numérique 2030 et de son Plan national de développement, la GSMA considère le secteur numérique comme un levier essentiel de diversification économique.
Dans un contexte marqué par la nécessité de réduire la dépendance aux ressources extractives, l’accélération de la transformation numérique apparaît ainsi comme une opportunité majeure pour renforcer la compétitivité du Congo, améliorer l’inclusion financière et soutenir une croissance plus durable et créatrice d’emplois.
Les conclusions du rapport invitent désormais les pouvoirs publics, les opérateurs et l’ensemble des acteurs de l’écosystème numérique à engager des réformes concertées afin de libérer pleinement le potentiel du numérique au service du développement du pays.
Aimé Kouassi
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