Directrice générale de la Coopérative agricole de Yakassé-Attobrou (CAYAT), Awa Traoré incarne une nouvelle génération de leaders engagés pour une meilleure valorisation du cacao ivoirien. À la tête d’une organisation qui rassemble près de 1 700 femmes, elle œuvre à professionnaliser la filière tout en favorisant l’autonomisation économique des productrices, l’autosuffisance alimentaire et le développement du commerce équitable.
Pour cette entrepreneure, le véritable défi ne réside plus uniquement dans la production des fèves, mais dans leur transformation locale afin de créer davantage de valeur pour les producteurs. « Dans la région de la Mé, les femmes ouvrent les cabosses, assurent la fermentation et le séchage des fèves. Elles connaissent le cacao mieux que quiconque, mais beaucoup n’ont jamais dégusté une tablette fabriquée à partir de leur propre cacao », fait-elle remarquer. Selon elle, le modèle actuel de la filière ne permet pas aux planteurs de vivre décemment de leur activité. « La récente crise du cacao l’a démontré. Il ne s’agit pas d’accuser les multinationales ni le Conseil du Café-Cacao, mais de constater que les producteurs peinent à atteindre le revenu minimum estimé à 6 000 dollars par an.
Près de 70 % de la valeur est captée par les marques et les distributeurs, tandis que les pays producteurs ne conservent qu’une faible part de la marge », explique-t-elle. Face à cette réalité, Awa Traoré défend une stratégie claire : aller jusqu’au produit fini. Pour elle, produire uniquement de la pâte, du beurre ou de la poudre de cacao ne suffit plus. « Ces produits restent des matières premières soumises aux fluctuations des marchés internationaux. En fabriquant notre propre chocolat, nous pouvons valoriser notre savoir-faire, notre terroir et créer davantage de richesse au profit des producteurs », souligne-t-elle. Elle estime que la fabrication de chocolat représente une opportunité économique plus rentable que la simple commercialisation des fèves. Contrairement aux idées reçues, elle affirme que la transformation ne nécessite pas forcément de gigantesques infrastructures industrielles. « On nous a longtemps fait croire qu’il fallait produire des dizaines de milliers de tonnes pour être rentable. Ce n’est pas vrai.
Des unités de transformation à taille humaine peuvent être performantes, nécessitent moins d’investissements et permettent de créer plus de valeur localement », assure-t-elle. Toutefois, elle reconnaît que la réussite d’un projet de chocolat ne repose pas uniquement sur la production. « Une coopérative ne maîtrise pas forcément le marketing, le branding ou la distribution.
Sans ces compétences, il est difficile d’imposer une marque sur le marché », admet-elle. Dans cette perspective, la directrice générale de la CAYAT recherche aujourd’hui un partenaire stratégique, africain ou européen, prêt à accompagner son projet. Elle se dit disposée à ouvrir le capital de son entreprise afin de bâtir un partenariat fondé sur une vision commune. « Transformer le cacao au plus près des plantations et s’entourer des bons partenaires, c’est reprendre progressivement le contrôle de la chaîne de valeur au bénéfice des producteurs », conclut Awa Traoré, déterminée à faire émerger un chocolat ivoirien produit, transformé et valorisé sur son territoire. Si vous le souhaitez, je peux également le réécrire avec une plume encore plus « L’Abidjanais », en privilégiant un angle économique et davantage de rythme dans le récit.
Rodrigue Cofye
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