Affaire des 39 milliards : Des syndicats de la DGI appellent à préserver la confiance  

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Réunis autour de la Fédération des syndicats de la DGI, à Marcory, les responsables syndicaux ont animé une conférence de presse au cours de laquelle ils ont appelé à davantage de responsabilité dans le traitement de cette affaire. A la tribune, Koné Lossoni, inspecteur, par ailleurs  Sécrétaire général du Syndicat libre des agents des impôts ( Syiai), Etekou Gnangne Francois, Syndicat  nationale des agents de la Dgi ( SynaDgi)  et  Bohué Ivan, secrétaire général de l’Union nationale des agents des impôts de Côte d’Ivoire (UNAGICI)  et président en exercice de la Fédération des syndicats de la DGI qui a donné le ton. Pour lui, l’objectif de cette rencontre n’était pas de se substituer à la justice, encore moins de nier les éventuelles anomalies relevées au sein de l’administration fiscale, mais de mettre en lumière les conséquences de la polémique sur l’image de la DGI et la confiance des contribuables. « Laissons la justice faire son travail ».

Sur l’affaire des 39 milliards de francs CFA, les organisations syndicales membres de la Fédération se veulent prudentes. Elles rappellent que des investigations sont en cours et que les responsabilités devront être établies par les procédures compétentes. Bohué Ivan insiste notamment sur une distinction importante entre les termes utilisés dans le débat public. Selon lui, le rapport d’inspection aurait fait état d’« anomalies » dans certaines procédures de dégrèvement, et non directement de détournement. Le dégrèvement, a-t-il expliqué, constitue une procédure prévue par la législation fiscale. Il peut notamment intervenir lorsqu’une erreur est constatée dans l’établissement de l’impôt ou lorsqu’un contribuable formule une demande qui répond aux conditions prévues par les textes. « Il faut laisser les procédures aller à leur terme », résume en substance le responsable syndical, estimant que les conclusions des enquêtes permettront de déterminer la réalité des faits.

Cette position ne signifie toutefois pas, selon lui, que les syndicats souhaitent étouffer d’éventuelles irrégularités. Bien au contraire, ils demandent que les mécanismes internes de contrôle et de concertation soient pleinement utilisés.

Préserver la confiance des contribuables

 Au-delà de la bataille des chiffres et des accusations, les syndicats alertent surtout sur les conséquences de la crise de confiance provoquée par cette affaire. Selon Bohué Ivan, la polémique a contribué à fragiliser l’image des agents des impôts auprès de l’opinion publique et de certains contribuables. Or, rappelle-t-il, la mobilisation des recettes fiscales constitue un enjeu majeur pour le financement des politiques publiques et la réalisation des ambitions de développement de la Côte d’Ivoire. « Nous avons besoin de vous comme relais pour donner la bonne information », a-t-il lancé à l’endroit des journalistes.

La presse est ainsi invitée à privilégier un traitement équilibré des informations, en donnant la parole aux différentes parties prenantes avant de tirer des conclusions définitives.

Les agents des impôts salués pour leurs performances

Cette conférence de presse a également été l’occasion pour les organisations syndicales de rendre hommage aux agents de la DGI. Malgré un contexte présenté comme difficile, les agents ont poursuivi leur mission de mobilisation des recettes publiques et enregistré des performances importantes au premier semestre 2026. Pour Bohué Ivan, ces résultats démontrent que les agents des impôts restent pleinement engagés dans l’accomplissement de leur mission. Il a salué leur « courage » et leur « professionnalisme », estimant que les distinctions obtenues par certains agents, lors des cérémonies officielles constituent la reconnaissance du travail accompli.

 Le profil de carrière au cœur des revendications

Mais la rencontre de Marcory n’a pas porté exclusivement sur l’affaire des 39 milliards. Les syndicats ont également saisi l’occasion pour interpeller leur tutelle sur plusieurs préoccupations internes, notamment la question du profil de carrière. Ils estiment que les agents de la DGI doivent bénéficier d’une meilleure lisibilité dans leur évolution professionnelle. « Une gestion efficace des ressources humaines ne doit pas reposer sur les relations personnelles. Elle doit reposer sur la compétence, le mérite et la performance », a défendu le responsable syndical. Les organisations syndicales souhaitent notamment davantage de transparence dans les avancements, les nominations et la valorisation des compétences. Elles ont également attiré l’attention sur la vacance de certains postes stratégiques estimée à 150, notamment au niveau de la gestion des ressources humaines.

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 Les armes sont choisies en fonction des contextes

 Sur le terrain syndical, la Fédération revendique une nouvelle approche. Pour ses responsables, les méthodes traditionnelles de confrontation ne correspondent plus nécessairement aux réalités d’une administration largement engagée dans la digitalisation. Ils privilégient désormais le dialogue social et la concertation permanente. Cette orientation, expliquent-ils, doit permettre de faire progresser les revendications sans fragiliser l’administration fiscale. « Les armes sont choisies en fonction des contextes », a résumé Bohué Ivan, pour qui la concertation constitue aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces de défendre les intérêts des agents.

Au-delà de la polémique, l’enjeu des recettes publiques

La conférence de presse aura finalement permis aux syndicats de replacer l’affaire des 39 milliards dans une problématique plus large : celle de la performance de l’administration fiscale et de sa capacité à mobiliser davantage de ressources pour l’État. Les responsables syndicaux se disent convaincus que la Côte d’Ivoire dispose encore d’un important potentiel fiscal. Ils souhaitent donc que les agents disposent des moyens nécessaires pour accomplir leur mission, dans un environnement social apaisé et avec des perspectives de carrière suffisamment motivantes. En attendant les conclusions des procédures en cours, la Fédération des syndicats de la DGI appelle ainsi à éviter les jugements définitifs et à privilégier les faits établis.

Pour elle, la vérité devra sortir des enquêtes et de la justice, tandis que l’administration fiscale doit continuer à travailler pour atteindre ses objectifs de recettes et contribuer au financement du développement national.

                  Julien Koffi