Litiges, annulations, attestations multiples, annulations de lotissements…Arnaud Essoh, Administrateur général de Victoire Immobilier interpelle l’État

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Fort de vingt années d’expérience dans l’immobilier, Arnaud Essoh, Administrateur général de Victoire Immobilier, appelle à une meilleure collaboration entre les acteurs du foncier et du bâti. Pour lui, la sécurisation des transactions, l’amélioration des procédures administratives et la responsabilité des opérateurs sont indispensables pour protéger les consommateurs et favoriser un développement durable du secteur.

La sécurisation du foncier et la fluidification du secteur immobilier demeurent des enjeux majeurs pour la Côte d’Ivoire. Dans un contexte marqué par les litiges fonciers, les difficultés liées à la documentation et les préoccupations des acquéreurs, Arnaud Essoh, Administrateur général de Victoire Immobilier, estime que l’ensemble des acteurs doit davantage œuvrer à la création d’un climat de confiance. Pour le responsable de cette entreprise immobilière, la coexistence pacifique entre les partenaires du secteur constitue une condition essentielle du développement durable du pays.

Une réorganisation qui suscite de l’espoir

Interrogé sur la récente réorganisation au sein du ministère de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie, Arnaud Essoh considère cette évolution comme le signe de l’importance accordée par le gouvernement au secteur du foncier et de l’immobilier. Il salue notamment les réformes engagées ces dernières années sous la conduite du ministre Bruno Koné et voit dans l’arrivée de Moussa Sanogo une nouvelle étape dans la poursuite des efforts de modernisation, de dématérialisation, d’assainissement et de sécurisation du secteur. Selon lui, derrière chaque parcelle, chaque habitation et chaque projet immobilier se trouvent des familles, des épargnes et des investissements. La sécurisation du foncier constitue donc également un enjeu de paix sociale. « Sécuriser le foncier, c’est protéger les patrimoines et préserver la paix sociale », soutient-il en substance.

Des avancées importantes, mais des défis persistants

Arnaud Essoh reconnaît que des progrès importants ont été accomplis dans l’assainissement du secteur immobilier. Il rend hommage aux autorités qui ont engagé différentes réformes destinées à améliorer l’environnement foncier et immobilier. Mais, selon lui, le chantier est loin d’être achevé. Parmi les difficultés persistantes, il cite notamment les problèmes liés à certaines pratiques dans les chefferies villageoises. Il évoque des situations dans lesquelles plusieurs attestations coutumières auraient été délivrées pour un même site, créant ainsi des conflits entre opérateurs et compliquant les procédures administratives. Il mentionne également des cas où des attestations coutumières auraient été délivrées sur des sites déjà concernés par des arrêtés d’approbation. Ces situations peuvent déboucher sur des procédures administratives et judiciaires longues et coûteuses pour les entreprises concernées.

Les annulations de lotissements, une source de fragilité

L’Administrateur général de Victoire Immobilier attire également l’attention sur les conséquences des annulations de lotissements. Il cite notamment les cas de M’Batto Bouaké, Danhokro et Koffikro, où son entreprise disposerait de centaines de lots pour lesquels elle affirme rencontrer des difficultés à établir la documentation nécessaire. Ces situations auraient contraint l’entreprise à procéder au remboursement de certains clients, alors même que les transactions avec les propriétaires terriens avaient été réalisées plusieurs années auparavant. À Motobé, Arnaud Essoh évoque également un conflit portant sur l’attribution d’ACD hors lotissement sur une partie de terrains que son entreprise affirme détenir dans le cadre de lotissements déjà approuvés. Ces différents contentieux ont, selon lui, entraîné des sursis, des procédures judiciaires et des retards dans la livraison des parcelles aux clients. Pour une entreprise immobilière qui fonctionne notamment avec des financements bancaires, de telles situations peuvent avoir de lourdes conséquences financières.

Victoire Immobilier face aux incompréhensions

Ces difficultés n’ont pas été sans conséquence sur les relations entre Victoire Immobilier et certains de ses souscripteurs. Arnaud Essoh reconnaît que certains clients ont pu penser que l’entreprise était responsable des blocages rencontrés dans leurs dossiers.

Il assure toutefois que Victoire Immobilier a continué à respecter les orientations de son ministère de tutelle ainsi que les différentes étapes des procédures destinées à sécuriser les acquisitions et prévenir les litiges. Le responsable affirme également que l’entreprise a bénéficié à plusieurs reprises de l’accompagnement du ministère de la Construction dans le règlement de certains conflits et procédures judiciaires. Plusieurs dossiers auraient ainsi connu une issue favorable, tandis que d’autres restent encore pendants devant les juridictions. À cet égard, Arnaud Essoh adresse ses remerciements au ministère de la Construction pour son écoute et sa disponibilité à l’égard de son entreprise.

« Une coexistence pacifique est indispensable »

Pour l’Administrateur général de Victoire Immobilier, la résolution durable des difficultés du secteur passe nécessairement par une responsabilité partagée. Il appelle d’abord à renforcer la collaboration entre l’État et les professionnels du foncier et de l’immobilier. À l’endroit du ministère de la Construction, il propose notamment la création de guichets spécifiques destinés aux entreprises immobilières agréées, afin de faciliter et d’accélérer leurs démarches d’obtention des titres de propriété. Il plaide également pour un assouplissement et une fluidification des procédures de documentation, estimant que des délais plus courts contribueraient à sécuriser davantage les transactions entre opérateurs et consommateurs. Arnaud Essoh estime toutefois que les entreprises immobilières doivent elles aussi prendre leur part de responsabilité. Il les invite à éviter de commercialiser des terrains qui ne disposent pas encore des documents administratifs nécessaires. Pour lui, vendre des terrains en l’absence d’ACD ou d’approbation expose les acquéreurs à des risques importants, notamment lorsque le processus d’obtention de la documentation n’aboutit finalement pas. Il appelle également les opérateurs à la prudence lorsqu’ils commercialisent des terrains présentés comme urbains alors que ceux-ci disposent d’un certificat foncier. La protection du consommateur, estime-t-il, doit rester au cœur des pratiques commerciales du secteur.

Le Conseil d’État interpellé sur les délais

Autre préoccupation soulevée : les délais de traitement de certains dossiers auprès du Conseil d’État. Arnaud Essoh estime que l’allongement des procédures peut fragiliser financièrement les entreprises et, dans certains cas, menacer leur survie. Il plaide donc pour une accélération du traitement des dossiers afin de réduire les incertitudes qui pèsent sur les opérateurs et leurs clients.

Un appel au nouveau ministre Moussa Sanogo

L’Administrateur général de Victoire Immobilier adresse un message de bienvenue au nouveau ministre chargé de la Construction, Moussa Sanogo. Il dit placer beaucoup d’espoir dans son action et estime que le nouveau responsable dispose des compétences nécessaires pour poursuivre la mise en œuvre de la vision du Chef de l’État en matière d’assainissement et de modernisation du secteur. Arnaud Essoh assure enfin que les professionnels sont disposés à accompagner le ministre dans l’accomplissement de sa mission. Pour lui, l’avenir du foncier et de l’immobilier ivoiriens repose sur un triptyque : des procédures plus fluides, des opérateurs plus responsables et une administration davantage accessible. À ses yeux, c’est à ce prix que pourra s’instaurer une relation durable de confiance entre l’État, les promoteurs immobiliers, les propriétaires terriens et les consommateurs, condition indispensable à la consolidation de l’investissement et de la paix sociale en Côte d’Ivoire.

Aimé Kouassi