FILIÈRE CAFÉ-CACAO : Idriss Coulibaly apporte des clarifications sur le prix au producteur et le paiement des impayés

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Idriss Coulibaly, planteur à Divo, PCA de SCOOPASAB, administrateur et trésorier général de la FOPCC, monte au créneau et apporte des clarifications sur les enjeux de la commercialisation du café-cacao au titre de la campagne 2026-2027.

Prix au producteur : pourquoi la comparaison avec le Ghana doit être nuancée

Un pays qui commercialise 600 000 tonnes de cacao sur le marché international et un autre qui en écoule 2 200 000 tonnes ne sont pas confrontés aux mêmes contraintes.

En ce début de campagne 2026-2027, certains leaders de la filière café-cacao comparent le prix au producteur pratiqué au Ghana, qui avoisinerait 2 100 FCFA/kg, à celui de la Côte d’Ivoire, fixé à 1 200 FCFA/kg. Cette comparaison mérite d’être nuancée au regard des volumes commercialisés par les deux pays et des contraintes auxquelles ils sont confrontés.

La Côte d’Ivoire pourrait, par exemple, commercialiser 600 000 tonnes de cacao dans des conditions permettant de proposer un prix de 2 100 FCFA/kg, à l’image du Ghana. Toutefois, si les 1 400 000 tonnes restantes ne bénéficient pas des mêmes conditions de vente, il devient difficile de maintenir ce niveau de rémunération sur l’ensemble de la production.

En Côte d’Ivoire, le prix au producteur est notamment déterminé en fonction de la moyenne des ventes anticipées et des mécanismes de commercialisation mis en place. Par ailleurs, soutenir financièrement un volume de 600 000 tonnes en cas de baisse des cours mondiaux représente une contrainte différente de celle liée à un volume de 2 200 000 tonnes en cas de chute brutale des prix sur le marché international.

C’est pourquoi le Gouvernement ivoirien, à travers le Conseil du Café-Cacao, fait preuve de prudence dans la fixation du prix au producteur. Un revenu acceptable et stable pour les producteurs vaut mieux, selon moi, qu’un revenu élevé, mais incertain et instable.

J’invite donc les producteurs à considérer le chemin parcouru. Il y a seize ans, obtenir un prix de 1 000 FCFA/kg relevait presque du miracle. Aujourd’hui, grâce au système de commercialisation mis en place, des progrès ont été réalisés, même si des défis importants demeurent.

Sur le marché mondial, les grands acteurs tirent parfois parti des faiblesses structurelles des pays africains, notamment :

  • la faible consommation de produits dérivés du cacao sur le continent ;
  • un niveau de transformation locale encore insuffisant ;
  • des capacités de stockage limitées ;
  • un manque de financement du secteur ;
  • des normes de production de plus en plus exigeantes et coûteuses pour les États africains.

À cet égard, la Côte d’Ivoire, à travers le Conseil du Café-Cacao, mérite d’être encouragée pour les efforts engagés afin de relever ces défis. Plusieurs initiatives sont en cours, notamment TRANSCAO, le recensement des producteurs, l’agroforesterie, le Système national de traçabilité, la norme ARS 1000 et l’Initiative pour un cacao durable en Côte d’Ivoire (I2CC).

 Impayés de la campagne 2025-2026 : le Conseil du Café-Cacao doit s’impliquer davantage

Je souhaite également attirer l’attention sur la situation des producteurs détenteurs de reçus d’achat de la campagne 2025-2026 qui n’ont toujours pas été payés par certaines coopératives et certains acheteurs.

J’invite le Conseil du Café-Cacao à traiter ce dossier avec rigueur, car il a un rôle essentiel à jouer dans la défense des intérêts des producteurs de café et de cacao.

Si des producteurs n’ont pas été payés à l’issue de la campagne 2025-2026, la responsabilité incombe aux opérateurs privés défaillants, notamment aux coopératives et aux acheteurs concernés. Toutefois, le Conseil du Café-Cacao doit également assumer pleinement son rôle de régulation et de protection des intérêts de la filière, qui compte environ un million de producteurs.

Certains opérateurs sont poursuivis en justice par des producteurs détenteurs de reçus d’achat impayés. Si le recours à la justice constitue une voie légale pour obtenir réparation, ces producteurs, souvent démunis, ne disposent pas toujours des moyens financiers nécessaires pour rémunérer des avocats et assurer leur défense.

Je demande donc à l’État d’examiner les possibilités permettant au Conseil du Café-Cacao d’apporter une assistance juridique aux producteurs lésés, afin de les aider à faire valoir leurs droits devant les juridictions compétentes.

Le Conseil doit, dans les limites de ses attributions, sanctionner les opérateurs défaillants. Lorsque ces derniers refusent de régulariser leur situation, un accompagnement juridique des producteurs concernés devrait être envisagé pour faciliter les procédures judiciaires et permettre le recouvrement des sommes dues.

Certains de ces opérateurs disposent d’actifs susceptibles, sous réserve des décisions judiciaires et des procédures légales applicables, d’être saisis et vendus afin de rembourser les producteurs impayés. Il est essentiel que le maillon le plus vulnérable de la chaîne de valeur puisse obtenir justice.

Je tiens également à rappeler que, lors du rachat des 100 000 tonnes de stocks résiduels de la campagne 2025-2026, certains acteurs de la filière auraient procédé à des prélèvements sur le prix de 2 800 FCFA/kg. De telles pratiques, lorsqu’elles sont établies, doivent être dénoncées. Le Gouvernement, à travers le Conseil du Café-Cacao, condamne ces agissements.

Tout producteur ou toute coopérative estimant avoir été victime de tels prélèvements et disposant de preuves est en droit de saisir les juridictions compétentes afin que les responsabilités soient établies et que justice soit rendue.

Traçabilité : un engagement nécessaire pour l’avenir de la filière

Enfin, j’invite l’ensemble des producteurs à s’engager activement dans la mise en œuvre du Système national de traçabilité (SNT).

Ce dispositif constitue un outil important pour assurer le suivi du cacao et du café ivoiriens, renforcer la transparence des transactions et répondre aux exigences de traçabilité des marchés internationaux, notamment européen.

L’adhésion des producteurs, des coopératives et des autres opérateurs est indispensable pour garantir la crédibilité de la filière ivoirienne et préserver son accès aux marchés d’exportation.

Je souhaite à tous les acteurs une excellente campagne café-cacao 2026-2027.

Aimé Kouassi