Le président de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole (OIA) de la filière manioc, Nomel Kevin Yedod, a entamé depuis le jeudi 4 juin 2026, une tournée nationale de sensibilisation et de concertation avec les acteurs du secteur. Première étape de cette mission : la région du Poro, où il a rencontré les producteurs, transformateurs et commerçants réunis dans la salle de conférence de la préfecture de Korhogo.
Placée sous le thème : « Changement de mentalité et gouvernance des délégations régionales OIA filière manioc », cette rencontre visait à promouvoir les nouvelles orientations gouvernementales en faveur d’une restructuration durable de la filière.
Dès l’ouverture des échanges, le président de l’OIA a donné le ton en appelant les acteurs à une profonde remise en question.
« Nous ne sommes pas réunis ici pour une cérémonie de plus. Nous sommes ici parce que la filière manioc du Poro doit passer d’une filière à fort potentiel à une filière de résultats concrets au bénéfice de tous », a déclaré Nomel Kevin Yedod.
Mettre fin aux pratiques qui fragilisent la filière
Au cours de son intervention, le président de l’interprofession a dénoncé plusieurs dysfonctionnements qui freinent le développement du secteur. Il a notamment évoqué l’anarchie observée dans la fixation des prix bord champ, la circulation de boutures non certifiées et le climat de méfiance entre les différents acteurs de la chaîne de valeur.
Pour lui, la véritable difficulté dépasse le cadre technique.
« Le problème est avant tout lié à notre mentalité et à notre mode de gouvernance », a-t-il insisté, exhortant chaque acteur à abandonner les mauvaises pratiques qui minent la filière.
Il a également plaidé pour une meilleure cohésion entre producteurs, transformateurs et commerçants afin de parler d’une seule voix et respecter les orientations arrêtées par les instances dirigeantes.
« Sans confiance mutuelle et sans respect des règles communes, aucun projet durable ne pourra aboutir », a-t-il averti.
Une gouvernance basée sur la transparence
Souhaitant instaurer une gestion participative, Nomel Kevin Yedod a promis une gouvernance fondée sur la transparence et la concertation permanente.
Selon lui, aucune décision stratégique ne sera désormais prise sans consultation préalable des différents collèges de la filière.
Dans cette dynamique de redevabilité, il a annoncé que les procès-verbaux des réunions ainsi que les rapports trimestriels d’activités seront systématiquement transmis au Conseil d’administration de l’OIA, au ministère de l’Agriculture (MINADER-PCV) et à l’OCPV, tout en faisant l’objet de restitutions auprès des délégations régionales.
Les acteurs locaux exposent leurs difficultés
Présent à cette rencontre au nom du préfet de la région du Poro, le chef de cabinet Kouassi Parfait a encouragé les participants à jouer pleinement leur rôle dans la valorisation de la filière manioc.
« Le développement de la filière dépend de l’engagement de chacun dans son domaine d’activité », a-t-il souligné.
Si les acteurs locaux ont salué l’initiative de proximité engagée par l’OIA, plusieurs préoccupations ont été soulevées.
Le délégué régional des producteurs, Sékongo Mamadou, s’est félicité de cette nouvelle approche participative. De son côté, Yéo Oumar a insisté sur la nécessité de faciliter l’accès à des boutures de qualité afin d’améliorer les rendements agricoles.
Les transformateurs ont également exprimé leurs difficultés. Dame Coulibaly Ténéba, déléguée régionale des transformateurs, a notamment évoqué le manque d’équipements adaptés pour accroître la production.
« Nous transformons beaucoup de manioc, mais nous manquons de matériel performant et de moyens suffisants pour augmenter les volumes. Pourtant, la région du Poro exporte déjà de l’attiéké jusqu’au Mali », a-t-elle expliqué.
Structurer la filière pour attirer les investissements
Face aux préoccupations exprimées, le président de l’OIA a réaffirmé sa volonté d’accompagner les acteurs dans la structuration de la filière.
Selon lui, une meilleure organisation interne constitue une condition essentielle pour mobiliser l’appui des partenaires techniques et financiers et accélérer la modernisation du secteur.
Cette tournée nationale devrait se poursuivre dans plusieurs régions du pays afin de renforcer la gouvernance locale et impulser une nouvelle dynamique autour de la filière manioc ivoirienne.
Aimé Kouassi
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