La valorisation du potentiel carbone de la filière anacarde pourrait ouvrir une nouvelle ère de financement durable pour les producteurs et les industriels ivoiriens. C’est le message porté par le Directeur général du Conseil du Coton, de l’Anacarde et du Karité (CCAK), Mamadou Berté, à l’ouverture d’un atelier consacré à la restitution d’une étude sur le potentiel de valorisation carbone de la filière cajou en Côte d’Ivoire.
Organisée avec l’appui de la Banque mondiale, cette rencontre vise à identifier les opportunités offertes par les mécanismes de financement carbone et à lancer le processus d’élaboration d’un projet de production et d’utilisation de biochar issu des coques de cajou.
Pour Mamadou Berté, la filière anacarde, qui s’est imposée au fil des années comme l’un des principaux moteurs de l’économie agricole ivoirienne, doit désormais intégrer pleinement les enjeux liés au changement climatique et à la transition écologique.
« La filière anacarde ne doit plus être perçue uniquement sous l’angle de la production et de la transformation. Elle dispose également d’un important potentiel environnemental susceptible de générer de nouvelles sources de revenus tout en contribuant aux objectifs climatiques du pays », a-t-il souligné.
Des opportunités liées à la séquestration du carbone
Selon les conclusions préliminaires de l’étude présentée lors de l’atelier, les plantations d’anacardiers jouent un rôle important dans la séquestration du carbone, tandis que les sous-produits issus de la transformation de la noix de cajou offrent des perspectives prometteuses en matière d’économie circulaire et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Réalisée grâce au soutien du fonds Compact with Africa Green Fund, géré par la Banque mondiale, l’étude a permis d’évaluer les émissions de carbone tout au long de la chaîne de valeur de l’anacarde et d’identifier plusieurs pistes de valorisation susceptibles d’alimenter les marchés du carbone.

Parmi les solutions envisagées figure notamment la production de biochar à partir des tourteaux de coques de cajou. Cette technologie consiste à transformer les résidus agricoles en un matériau capable de stocker durablement le carbone dans les sols.
Le biochar, une piste prometteuse
Les experts estiment que cette solution présente un double avantage. Elle permet d’une part de valoriser un sous-produit encore peu exploité et, d’autre part, d’améliorer la fertilité des sols tout en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Pour les partenaires du projet, le développement d’une filière biochar pourrait constituer un nouveau levier de compétitivité pour l’industrie locale de transformation de l’anacarde et générer des revenus additionnels à travers les mécanismes internationaux de crédit carbone.
« Si ce potentiel est transformé en projet opérationnel, il pourrait créer un nouveau mécanisme de financement pour la filière tout en renforçant la transformation locale », ont souligné les représentants de la Banque mondiale.
Concilier croissance économique et transition climatique
Au-delà des enjeux environnementaux, l’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la résilience et la compétitivité de la filière anacarde, qui contribue fortement à l’emploi, aux revenus des producteurs et au développement économique des zones rurales.
Les responsables du secteur considèrent que la transition vers une économie plus verte représente désormais une opportunité de création de valeur. Les mécanismes de financement carbone pourraient permettre de mobiliser des ressources nouvelles pour accompagner les investissements nécessaires à la modernisation de la filière.
L’étude réalisée avec l’appui du cabinet Nitidae et des équipes techniques du Conseil du Coton, de l’Anacarde et du Karité ouvre ainsi la voie à de nouvelles perspectives pour le secteur.
À travers cette démarche, la Côte d’Ivoire ambitionne de faire de sa filière anacarde une référence africaine en matière d’économie circulaire, de valorisation des sous-produits agricoles et de financement climatique, tout en consolidant sa position de leader mondial de la production de noix de cajou.
Les conclusions de l’atelier devraient permettre de définir les prochaines étapes de mise en œuvre de projets pilotes capables de transformer le potentiel carbone de la filière en opportunités économiques concrètes au bénéfice des producteurs, des transformateurs et de l’ensemble de l’économie nationale.
Aimé Kouassi
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