Vingt ans après le déversement des déchets toxiques du Probo Koala à Abidjan, les associations de victimes refusent de tourner la page. Elles réclament une prise en charge médicale durable, l’indemnisation de toutes les victimes et la création d’un mémorial national.
Le 19 août 2006 reste gravé dans la mémoire collective ivoirienne. Ce jour-là, le déversement de déchets toxiques issus du navire Probo Koala provoquait une grave crise sanitaire et environnementale en Côte d’Ivoire.
Vingt ans plus tard, les victimes et leurs organisations continuent de réclamer justice et réparation. À l’occasion du 20ᵉ anniversaire du drame, Denis Yao Pipira, président de l’Union nationale des associations des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (UNAVDT-CI) et de la Fédération nationale des associations des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (FENAVIDET-CI), a livré ce jour, une déclaration au nom des organisations de victimes.
Pour lui, le temps écoulé n’a pas effacé les conséquences du drame. Des familles portent toujours le souvenir de leurs proches disparus et des survivants continuent, selon les associations, de vivre avec des séquelles physiques, psychologiques et économiques.
Ne pas oublier les victimes
Les organisations de victimes placent cette commémoration sous le signe du devoir de mémoire.
Elles rappellent que 17 décès avaient été officiellement enregistrés dans les premières 72 heures et évoquent des dizaines de milliers de personnes intoxiquées à la suite du déversement. Plusieurs quartiers d’Abidjan et d’autres localités avaient été concernés par la crise.
Pour les associations, cette tragédie constitue un épisode majeur de l’histoire sanitaire et environnementale de la Côte d’Ivoire. Elles estiment que la mémoire des victimes doit être entretenue afin que les générations futures mesurent la gravité des événements survenus en 2006.
Le combat pour l’indemnisation se poursuit
Malgré les procédures engagées au cours des deux dernières décennies, les associations estiment que le dossier des victimes n’est pas encore définitivement clos.
Elles réclament une indemnisation juste, complète et définitive pour l’ensemble des personnes reconnues comme victimes. Elles demandent également que les responsabilités soient pleinement établies et que des mécanismes de prévention soient renforcés pour éviter qu’une catastrophe similaire ne se reproduise.
Les associations annoncent par ailleurs une avancée qu’elles considèrent comme importante dans le processus judiciaire et indemnitaire engagé à l’étranger.
Selon Denis Yao Pipira, la Fondation Stichting VDTCI travaille à la finalisation d’un processus d’indemnisation concernant plus de 600 000 victimes, à la suite d’une décision de justice rendue à Amsterdam. Les organisations affirment rester vigilantes quant à la suite de cette procédure et espèrent une issue prochaine avec l’accompagnement de l’État ivoirien.
Quatre revendications majeures
À l’occasion de ce 20ᵉ anniversaire, les victimes ont formulé quatre demandes principales.
La première porte sur la mise en place d’un suivi médical gratuit et permanent pour les survivants et leurs ayants droit.
La deuxième concerne l’indemnisation complète de toutes les victimes recensées, y compris celles qui auraient été laissées en marge des précédents dispositifs.
La troisième revendication vise la certification de la dépollution complète des sites concernés, afin de rassurer les populations sur l’absence de risques persistants.
Enfin, les associations demandent la création d’un mémorial national du Probo Koala, destiné à honorer la mémoire des victimes et à transmettre cette page de l’histoire ivoirienne aux générations futures.
« Justice, dignité et mémoire »
Pour les organisations de victimes, le combat engagé il y a vingt ans ne se résume pas à une question financière. Il porte également sur la reconnaissance de la souffrance des victimes, leur dignité et la transmission de la mémoire.
« Vingt ans après, nous ne demandons pas la charité. Nous demandons Justice, Dignité et Mémoire », a déclaré Denis Yao Pipira.
À travers cette nouvelle mobilisation, les associations entendent maintenir leur pression sur les autorités et les différentes parties concernées afin que les engagements pris aboutissent à des résultats concrets. Vingt ans après le drame, le message des victimes reste donc le même : réparer, protéger et ne jamais oublier.
Aimé Kouassi
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