La sécurisation foncière s’impose comme un enjeu majeur de développement, de cohésion sociale et d’attractivité économique en Afrique. C’est dans ce contexte que la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie ont exposé leurs expériences et les réformes engagées pour mieux maîtriser le foncier, ce mardi 6 octobre 2026, lors d’une table ronde des ministres en charge du foncier et des finances, organisée au Parc des Expositions d’Abidjan, dans le cadre des Journées foncières d’Abidjan (JFA 2026) autour du thème : « Gouvernance foncière et développement durable en Afrique ».

En Côte d’Ivoire, le gouvernement entend accélérer la sécurisation du foncier rural, qui représente environ 23 millions d’hectares, soit près de 70 % du territoire national. Pour Bruno Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, cette question est directement liée à la paix, à la cohésion sociale et au développement économique. Revenant sur l’évolution du cadre foncier ivoirien, le ministre a rappelé que le cadastre remonte à 1904. Il a également évoqué les différentes étapes ayant conduit à la loi foncière rurale de 1998, qui reconnaît les droits coutumiers tout en consacrant l’État comme détenteur des terres. « L’État est le propriétaire, c’est l’État qui affecte, c’est l’État qui attribue, c’est l’État qui cède », a-t-il expliqué. Selon lui, une meilleure compréhension du droit positif reste nécessaire pour réduire les incompréhensions liées à la coexistence des pratiques coutumières et du cadre juridique moderne.
Le gouvernement ivoirien veut désormais accélérer la délivrance des certificats fonciers. Bruno Koné a indiqué que moins de 6 000 certificats avaient été délivrés entre 1998 et 2018, contre environ 68 000 aujourd’hui. L’objectif affiché est de franchir un nouveau cap avec la sécurisation de 9 millions d’hectares et la délivrance de 1,5 million de certificats fonciers dans les prochaines années. Le ministre a également mis en avant la baisse du coût et des délais. Dans les 20 régions couvertes par les projets en cours, le coût du certificat foncier est actuellement pris en charge, permettant aux demandeurs d’accéder gratuitement à la procédure. Les délais ont, eux, été ramenés à moins de six mois, contre plusieurs années auparavant.
La Côte d’Ivoire mise par ailleurs sur l’Agence foncière rurale (AFOR) pour conduire cette politique et renforcer la coordination entre les différents acteurs de la gestion foncière. Au Sénégal, la problématique se pose notamment autour de la coexistence entre le droit traditionnel et le droit moderne. Alain Diouf, ministre auprès du président de la République chargé du suivi et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation « pSénégal 2050 », a souligné les difficultés liées à la formalisation et à la sécurisation des droits fonciers.
Depuis 2021, le Programme de Cadastre et de Sécurisation foncière (ProCASEF), soutenu par la Banque mondiale, accompagne le pays dans cette transformation. Plus de 80 millions de dollars ont notamment été mobilisés pour renforcer la sécurisation foncière. Le programme a permis d’améliorer l’identification des parcelles, de moderniser la conservation des données et d’associer autour du processus les services des domaines, du cadastre, de l’urbanisme, les collectivités territoriales, l’administration et la société civile.

Le Sénégal veut désormais franchir une nouvelle étape avec une réforme foncière destinée notamment à améliorer l’accessibilité des droits et à permettre au foncier de contribuer davantage au développement économique. Urbanisation, industrialisation, pression sur les terres et érosion côtière figurent parmi les principaux défis identifiés. La Mauritanie, pour sa part, veut renforcer la connaissance et la maîtrise de son patrimoine foncier. Mamoudou Mamadou Niang, ministre des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière, a cité parmi les principales difficultés l’expansion urbaine, les occupations anarchiques et les décalages entre les plans de lotissement et les données relatives aux propriétés.
Pour y répondre, le pays prépare un programme foncier national assorti d’un plan d’action, avec l’appui de la Banque mondiale. Un recensement foncier est également en cours afin de mieux identifier les parcelles et améliorer la gestion des espaces urbains, ruraux et littoraux. La mise en place d’un cadastre national numérique constitue l’un des principaux axes de cette stratégie. La Mauritanie entend également renforcer la présence de l’administration foncière dans les régions et les départements afin de rapprocher les services des populations et de mieux expliquer les règles applicables.
Au-delà des différences entre leurs systèmes juridiques et leurs réalités nationales, les trois pays partagent une même ambition : rendre le foncier plus sécurisé, plus transparent et mieux exploité. Pour la Côte d’Ivoire, il s’agit notamment de prévenir les conflits et de sécuriser les investissements agricoles. Au Sénégal, la réforme doit permettre de mieux valoriser une ressource considérable mais encore insuffisamment mobilisée. En Mauritanie, la priorité porte notamment sur la maîtrise du territoire et la modernisation des données foncières.

Les échanges de la table ronde des JFA 2026 ont ainsi confirmé que la gouvernance foncière constitue désormais un enjeu transversal, à la croisée de la paix sociale, de l’agriculture, de l’investissement et de l’aménagement du territoire. Une meilleure sécurisation des droits apparaît, pour les trois pays, comme une condition essentielle pour faire de la terre un véritable levier de développement durable.
Julien Koffi
Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de abidjaneconomie.net même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

