Depuis le 1er août 2026, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières annonce un plan de renforcement du dispositif phytosanitaire, doté notamment de 3,5 milliards de FCFA. Le gouvernement espère obtenir les conditions d’une reprise des exportations dès la campagne 2027.

La Côte d’Ivoire veut transformer la crise actuelle de sa filière mangue en une occasion de renforcer durablement son dispositif de production et d’exportation. C’est le message délivré par Bruno Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 15 octobre 2026, à l’immeuble Caistab, au Plateau. Au cœur de cette rencontre avec la presse nationale et internationale, la suspension, entrée en vigueur le 1er août dernier, des importations de mangues ivoiriennes sur le marché de l’Union européenne. Confronté à cette décision, le gouvernement entend apporter une réponse structurée, fondée sur le renforcement des contrôles phytosanitaires, l’assainissement du dispositif d’exportation et une meilleure responsabilisation des acteurs. L’objectif affiché est de créer les conditions d’une reprise des exportations dès la campagne 2027, même si aucune date précise ne peut, à ce stade, être garantie. « Nous ne demandons pas de faveur », a souligné Bruno Koné, estimant que les efforts engagés par la Côte d’Ivoire doivent pouvoir être évalués sur le terrain et dans des conditions réelles d’exploitation.
Le ministre a également insisté sur la poursuite du dialogue avec la Commission européenne, dont il a salué la qualité des échanges avec les autorités ivoiriennes. Une filière stratégique confrontée à un défi sanitaire. L’enjeu est considérable pour une filière qui contribue aux revenus des producteurs, à l’emploi et aux recettes d’exportation. Selon les chiffres présentés par le ministre, la Côte d’Ivoire compte environ 5 000 producteurs de mangues, pour un verger national de plus de 20 000 hectares. La production annuelle est estimée à 180 000 tonnes, dont quelque 45 000 tonnes destinées à l’exportation. La valeur des exportations est évaluée à environ 20 milliards de FCFA. Mais cette performance reste fragilisée par les interceptions de lots de mangues ivoiriennes aux frontières européennes, en raison de problèmes de conformité phytosanitaire, notamment liés à la présence d’organismes nuisibles.
Bruno Koné a rappelé que l’Union européenne avait renforcé, dès 2019, ses exigences sanitaires , afin de protéger son territoire. Malgré les efforts déployés par les autorités ivoiriennes, les interceptions ont persisté au fil des campagnes. Selon la série de chiffres communiquée, lors de la conférence, leur nombre a notamment augmenté en 2024, avant de diminuer en 2025, puis de connaître une nouvelle hausse en 2026. L’analyse de ces incidents aurait révélé une concentration importante des interceptions chez un nombre limité d’opérateurs. Pour le gouvernement, cette situation appelle une réponse ciblée, mais également une remise à niveau de l’ensemble du dispositif national de sécurisation des exportations.

3,5 milliards de FCFA pour intensifier la lutte phytosanitaire
Parmi les principales mesures annoncées figure la mobilisation d’une enveloppe de 3,5 milliards de FCFA destinée à renforcer la lutte contre la mouche des fruits et à protéger le verger national. Ce financement doit permettre d’intensifier les traitements phytosanitaires et d’améliorer les conditions de production. Le gouvernement prévoit également de renforcer les contrôles officiels à toutes les étapes de la chaîne, depuis les vergers jusqu’au point de sortie du territoire. Une mission d’audit des stations de conditionnement a été lancée au début du mois d’octobre. Une autre mission, consacrée à l’information et à la sensibilisation des acteurs dans les zones de production, doit intervenir à partir de la fin du mois de novembre. À ces actions s’ajoutent la mise en place d’une Cellule nationale de suivi et de sécurisation des exportations de mangues, ainsi que la préparation d’un audit indépendant du dispositif phytosanitaire.
Le gouvernement entend ainsi présenter à la Commission européenne une approche révisée, accompagnée d’engagements précis et d’un calendrier d’évaluation. La traçabilité constitue un autre axe majeur du plan. Désormais, chaque lot exporté devra pouvoir être retracé jusqu’à son verger d’origine. Cette mesure vise à renforcer le suivi des opérations et à identifier plus efficacement les éventuelles sources de non-conformité. 33 exportateurs retenus pour la campagne 2027 L’assainissement du dispositif d’exportation constitue l’autre volet important de la réponse gouvernementale. Sur la base des critères d’agrément annoncés, 15 exportateurs et neuf stations de conditionnement ont été écartés, tandis que 33 exportateurs ont été retenus pour participer à la campagne 2027. Le ministre reconnaît que ces décisions peuvent être difficiles pour les entreprises concernées. Il les présente néanmoins comme nécessaires à la préservation de l’ensemble de la filière et à la restauration de la confiance des partenaires commerciaux. Les expéditions par voie aérienne ont également été suspendues, selon les annonces faites au cours de la conférence de presse. Cette mesure s’inscrit dans le dispositif de maîtrise des risques phytosanitaires, même si ses modalités précises restent à confirmer.

Pour Bruno Koné, la réussite de ce plan dépendra autant de l’action de l’État que de l’engagement des producteurs, des techniciens, des stations de conditionnement et des exportateurs. L’entretien des vergers, le ramassage des fruits tombés, le respect des périodes de traitement et la protection des fruits jusqu’à leur conditionnement figurent parmi les pratiques qu’il a appelées à renforcer. Le dialogue avec Bruxelles maintenu Si le gouvernement affiche son ambition pour 2027, il reconnaît que la décision de lever la suspension appartient aux autorités européennes. La reprise dépendra donc de l’évaluation du dispositif révisé et des résultats constatés sur le terrain. La Côte d’Ivoire a transmis à la Commission Européenne un mémorandum présentant ses engagements et lui a proposé un calendrier d’évaluation. Les autorités ivoiriennes espèrent ainsi obtenir une appréciation concrète des mesures prises avant et pendant la prochaine campagne.
Au-delà de l’accès au marché européen, cette crise pose la question de la transformation locale et de la diversification des débouchés. Le ministre a rappelé la nécessité de ne plus limiter la stratégie agricole à la seule production, mais de développer également le conditionnement, la conservation, la transformation et la commercialisation des produits dérivés. La suspension des importations européennes constitue donc un test important pour la filière mangue ivoirienne. Entre renforcement des exigences sanitaires, sélection des opérateurs et recherche de nouveaux débouchés, le gouvernement entend préserver les acquis du secteur et consolider sa compétitivité. La campagne 2027 apparaît désormais comme une échéance majeure. Sa réussite dépendra de la capacité des acteurs à appliquer les mesures annoncées et de l’appréciation que fera l’Union européenne des progrès accomplis.
Rodrigue Cofye
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