La modernisation des transports artisanaux s’impose comme un enjeu majeur pour améliorer la mobilité urbaine sur le continent. À Abidjan, les autorités et les organisations spécialisées plaident pour une transformation inclusive de ce secteur, qui demeure essentiel aux déplacements des populations.
La place du transport artisanal dans les politiques de mobilité urbaine a été au centre des échanges organisés le 19 octobre 2026 à l’hôtel Mövenpick d’Abidjan, en marge de la deuxième Conférence internationale sur la mobilité durable et le climat (CIMDC), prévue du 19 au 22 octobre. Cette rencontre a réuni plusieurs acteurs africains autour des perspectives de modernisation des services de transport informel, notamment les gbakas, les wôrô-wôrô et les pinasses en Côte d’Ivoire.
Prenant part aux discussions, le directeur général de l’Agence de mobilité urbaine du Grand Abidjan (Amuga), Kouakou Kouakou Romain, a salué le rapprochement entre les institutions chargées de la planification et de l’organisation des déplacements urbains en Afrique. Pour lui, la transformation des systèmes de transport ne saurait se faire au détriment des opérateurs artisanaux, dont la contribution reste déterminante dans de nombreuses villes du continent. « Ces acteurs ont soutenu le développement de nos pays en assurant parfois jusqu’à plus de 75 % de la mobilité. On ne peut donc pas les laisser de côté au moment où un nouveau système de mobilité urbaine est en train de se mettre en place », a-t-il souligné.
En Côte d’Ivoire, la démarche défendue par l’Amuga repose sur la participation des organisations professionnelles du transport artisanal aux différentes étapes des réformes. Selon son directeur général, les structures représentatives du secteur sont régulièrement consultées afin que les changements engagés tiennent compte de leurs préoccupations et des orientations des pouvoirs publics.

Cette approche se traduit notamment par des initiatives visant à moderniser les paiements, à recenser les points de correspondance et à géolocaliser les espaces de rabattement en lien avec les futurs grands axes de transport, dont le métro et le Bus Rapid Transit (BRT). L’objectif est de favoriser une meilleure articulation entre les opérateurs artisanaux et les infrastructures de transport de masse.
Kouakou Kouakou Romain a, par ailleurs, réaffirmé la volonté du gouvernement de poursuivre son soutien à cette catégorie d’acteurs, notamment à travers le Programme de mobilité urbaine d’Abidjan (PMUA). Il a également mis en avant la perspective de l’organisation prochaine du Salon africain du transport artisanal, appelé à constituer un cadre de réflexion et de propositions pour répondre aux difficultés structurelles du secteur.
Pour Karine Andriamiraho, cheffe de projet à Codatu (Coopération pour le développement et l’amélioration des transports urbains), la tenue de ces échanges répond à la nécessité de repenser les politiques de mobilité. Les limites observées dans plusieurs stratégies antérieures ou actuellement déployées montrent, selon elle, l’importance de rechercher des approches plus adaptées aux besoins des villes africaines.
Emmanuel Dommergues, responsable des politiques de mobilité durable à l’Union internationale des transports publics (UITP), a également insisté sur l’absence de modèle unique applicable à l’ensemble du continent. Il a préconisé des solutions élaborées à partir des spécificités de chaque territoire, en tenant compte des acteurs locaux et de l’engagement des autorités publiques.
De leur côté, Diaby Ibrahim, directeur général du Haut Conseil du patronat des entreprises de transport routier, et Touré Adama, président de la Coordination nationale des gares routières, ont salué les orientations prises par la Côte d’Ivoire. Ils ont toutefois appelé à intensifier le renouvellement du parc automobile afin d’améliorer les conditions d’exploitation et la qualité des services proposés aux usagers.
La rencontre a également accordé une place aux startups, invitées à présenter des innovations susceptibles de rendre le transport artisanal plus efficace et mieux adapté aux exigences actuelles. À travers ces contributions, les participants entendent faire émerger des solutions conciliant modernisation, performance et prise en compte des réalités socioéconomiques locales.
Julien Koffi
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