Blocage du Cacao : Le Directeur général du Conseil du café-cacao peine à convaincre et essuie une vive fronde des producteurs

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Le Directeur général du Conseil du Café-Cacao, Monsieur Koné Brahima Yves, a animé ce mercredi 14 janvier 2026 un point de presse au 23ᵉ étage de l’immeuble CAISTAB, dans un contexte marqué par de fortes tensions autour de la commercialisation du cacao. Objectif affiché : faire la lumière sur la situation actuelle de la campagne et démentir les rumeurs faisant état d’un engorgement des ports et d’un blocage inédit de la commercialisation.

Dès l’entame, le Directeur général a rappelé les actions entreprises par l’État ivoirien en faveur des producteurs, notamment la fixation de prix bord-champ historiquement élevés, à 2 800 FCFA le kilogramme pour le cacao et 1 700 FCFA pour le café pour la campagne en cours. Il a insisté sur la volonté du gouvernement de placer le producteur au centre du dispositif.

S’agissant des informations relayées par certains syndicats et médias, évoquant notamment 700 000 tonnes de cacao prétendument bloquées, Koné Brahima Yves a été catégorique, qualifiant ces allégations de fausses informations destinées, selon lui, à troubler la campagne de commercialisation. Il a soutenu que les difficultés observées ne sont ni nouvelles ni exceptionnelles, mais qu’elles font l’objet d’une récupération à des fins partisanes.

Toutefois, malgré ces assurances, le message du Directeur général n’a pas convaincu une large frange des producteurs. Pire, peu après la conférence de presse, une vague de critiques virulentes s’est abattue sur lui sur les réseaux sociaux et différentes plateformes de discussion de planteurs.

Des explications jugées insuffisantes

Le Directeur général a pourtant affirmé que le déchargement du cacao dans les ports d’Abidjan et de San-Pedro se poursuivait normalement, précisant que 305 camions d’environ 40 tonnes chacun étaient en cours de déchargement pour la seule journée du mercredi. Il a également annoncé une inspection de la zone portuaire afin de vérifier la conformité des connaissements des camions stationnés.

Mais ces explications techniques, notamment sur le système de connaissement obligatoire en vigueur depuis 2018, n’ont pas dissipé le malaise. De nombreux producteurs estiment que le Conseil du Café-Cacao ne prend pas suffisamment en compte leurs réalités quotidiennes, marquées par des retards de déchargement, des coûts supplémentaires et une précarité persistante.

Sur les plateformes numériques, la colère s’est exprimée sans détour :

« Le DG doit nous présenter les preuves de fraude de ces camions bloqués aux ports. Il ne se soucie pas de la vie misérable des planteurs que nous sommes. C’est dommage », écrit un producteur.

Un autre déplore l’inaction syndicale :

« C’est le moment que nos syndicats se lèvent vite, sinon c’est pour créer des problèmes aux opérateurs. Ce n’est pas une sortie du pays, c’est ici même en Côte d’Ivoire, précisément au port. »

Plus alarmant encore, certains évoquent des tensions sur le terrain, notamment à San-Pedro :

« Présentement, aujourd’hui, le Conseil et les gendarmes sont au parquet de San-Pedro en train de fatiguer les gens », affirme un message largement relayé.

Une communication qui laisse un goût amer

Si Koné Brahima Yves a conclu en rassurant les producteurs que « toute la production issue des plantations ivoiriennes sera achetée », et en appelant à mettre fin aux campagnes de désinformation, cette déclaration forte n’a pas suffi à calmer les esprits.

Au final, cette sortie médiatique, pourtant très attendue, laisse une impression mitigée. En voulant rassurer, le Directeur général du Conseil du Café-Cacao semble avoir ravivé la défiance d’une partie des producteurs, qui réclament désormais des preuves concrètes, des actions visibles sur le terrain et une meilleure prise en compte de leurs difficultés réelles.

Dans un contexte de forte sensibilité autour du cacao, pilier de l’économie ivoirienne, cette fracture entre l’organe de régulation et les planteurs apparaît comme un signal d’alerte, appelant à un dialogue plus inclusif et à une gestion de crise plus convaincante.

Aimé Kouassi