Face aux inquiétudes suscitées par la baisse des cours internationaux du cacao et les difficultés de commercialisation observées dans certaines zones de production, le gouvernement ivoirien est monté au créneau. A travers une conférence de presse animée ce mardi 20 janvier 2026, au Plateau, le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Kobenan Kouassi Adjoumani, a tenu à rassurer les producteurs et l’opinion publique.

Il a rappelé qu’avant l’ouverture de la campagne principale 2025-2026, le Conseil du Café-Cacao avait vendu par anticipation plus de 85 % de la production nationale. Cette stratégie a permis de fixer un prix bord champ inédit de 2800 FCFA le kilogramme, le plus élevé jamais enregistré en Côte d’Ivoire. Cependant, depuis septembre 2025, les prix sur le marché international ont chuté de près de 30 %, passant d’environ 5 000 livres la tonne à 3 500 livres.
Malgré cette baisse, le gouvernement a décidé de maintenir le prix garanti aux producteurs jusqu’à la fin de la campagne principale, prévue pour le 31 mars 2026. « Le prix de 2800 FCFA par kilogramme, fixé par le Président de la République, Alassane Ouattara doit être strictement respecté sur toute l’étendue du territoire », a insisté le ministre.
Selon Kobenan Adjoumani, la campagne se déroule dans un contexte de forte mobilisation des volumes de cacao, combinée à des contraintes logistiques et portuaires. Cette situation a provoqué, par endroits, des ralentissements dans l’enlèvement des stocks. À cela s’ajoute la pression exercée par les flux transfrontaliers en provenance de pays voisins, où les prix pratiqués sont inférieurs à ceux de la Côte d’Ivoire.
Contrairement à ces pays soumis à la libéralisation, la filière ivoirienne bénéficie d’un mécanisme de stabilisation protégeant les producteurs. Pour désengorger les zones de production et rétablir la fluidité des achats, le gouvernement a mis en place un plan spécial d’enlèvement et de rachat des stocks invendus. Ce dispositif, validé avec le Conseil du Café-Cacao et l’Organisation Interprofessionnelle Agricole Café-Cacao (OIA-Cacao), est désormais entré dans sa phase opérationnelle.
Les principales mesures annoncées sont : le recensement de tous les stocks invendus dans les zones de production ; le rachat des fèves au prix garanti de 2 800 FCFA/kg et la sensibilisation des acteurs pour accélérer l’évacuation des produits.
L’État s’appuiera sur des opérateurs nationaux structurés, en collaboration avec les broyeurs, exportateurs et multinationales.
Jusqu’à 280 milliards FCFA mobilisés

À ce jour, environ 123 000 tonnes de cacao étaient encore stockées dans certaines régions productrices. Si 100 000 tonnes devaient être rachetées, l’opération représenterait un coût estimé à 280 milliards de FCFA. Ces ressources seront mobilisées avec l’appui des banques, comme cela a déjà été fait dans les filières coton et anacarde.
Le ministre a également évoqué le cas des producteurs ayant livré leur cacao sans être payés. Ceux-ci sont invités à saisir les délégations régionales du Conseil du Café-Cacao. Avec la mise en place de l’Interprofession Café-Cacao, tous les cas seront recensés et les acheteurs indélicats contraints de respecter leurs engagements.
L’Interprofession, nouvel interlocuteur officiel
Le gouvernement reconnaît désormais l’Interprofession Café-Cacao comme l’unique interlocuteur de la filière. Les syndicats non reconnus ne seront plus associés aux discussions officielles. En conclusion, Kobenan Adjoumani a appelé les producteurs à garder confiance : « Le gouvernement est mobilisé, les moyens sont disponibles et les opérations produiront des résultats concrets dans les prochains jours. Les producteurs ne seront pas lésés », fait-il savoir.
Il faut noter que grâce à la politique de vente anticipée, la Côte d’Ivoire a pu éviter de brader son cacao, malgré la chute des prix mondiaux, consolidant ainsi la stabilité de la filière et la protection des revenus des producteurs.
Rodrigue Cofye
Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de abidjaneconomie.net même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.


