Bruno Koné à propos du financement de l’Agriculture : « Seuls 6 % des financements octroyés aux entreprises en Côte d’Ivoire vont à l’agriculture… »

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Nommé à la tête du ministère de l’Agriculture fin janvier, il succède à Kobenan Kouassi Adjoumani et arrive à la tête d’un portefeuille stratégique, au moment où la filière est au cœur des tensions. Il s’agit de la volatilité des cours, des inquiétudes des producteurs, des difficultés de commercialisation et des effets du changement climatique. « La crise ne doit pas seulement se gérer, elle doit nous obliger à construire », résume le ministre.

 Pour lui, l’avenir passe par des politiques publiques articulées autour de trois leviers : le financement, la transformation locale et la compétitivité des filières. L’agriculture reste, rappelle-t-il, un pilier de l’économie ivoirienne. Elle mobilise environ 40 % de la population active, contribue à hauteur de 20 % du PIB et représente près de 40 % des exportations. Dans ce paysage, le cacao demeure un moteur majeur et la Côte d’Ivoire y travaille pour être toujours le premier producteur mondial. D’autres cultures telles que l’hévéa, anacarde, mais aussi des filières émergentes contribuent également aux revenus et à l’emploi. Pourtant, les défis s’accumulent. « Nous subissons des chocs extérieurs », explique Bruno Koné .

 Dans ce contexte, l’État mise depuis plusieurs années sur la transformation locale, afin de capter une part plus importante de la valeur ajoutée. Interrogé sur les mesures face à la crise, le ministre avance une approche structurée à savoir : la gestion des volumes de production car la Côte d’Ivoire, explique-t-il, doit coordonner ses niveaux, avec le Ghana pour limiter les risques de surproduction et, par conséquent, de chute des prix et le soutien direct aux producteurs. « L’État peut acheter une partie des récoltes, pour soutenir les revenus et éviter que les agriculteurs ne portent seuls le poids des variations du marché », affirme-t-il.

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Accélérer la transformation sur place

Pour lui, le point central de la feuille de route reste la transformation locale car aujourd’hui, environ 40 % des fèves sont transformées en Côte d’Ivoire. Ce, avec pour un objectif d’atteindre 50 % à court terme. L’enjeu, insiste le ministre, est de réduire la dépendance aux fluctuations internationales et de renforcer la chaîne de valeur nationale : valoriser la production, développer l’emploi et consolider les capacités industrielles. Le système actuel, encadré par le Conseil café cacao, a permis de structurer la filière et de stabiliser les revenus.

Toutefois, des critiques persistent. « Il y a une évaluation en cours, précise Bruno Koné. On examine les limites du dispositif actuel afin d’envisager, si nécessaire, des réformes ». L’objectif est de préserver ce qui fonctionne, corriger ce qui bloque et rendre le mécanisme plus efficace face aux nouvelles réalités du marché. À rebours de certaines inquiétudes, le ministre affirme que la crise du cacao ne fragilisera pas la coopération entre Abidjan et Accra. Au contraire, elle « renforce l’alliance ». Mieux, les deux pays représentent, à eux seuls, environ 60 % de la production mondiale. Ils ont donc intérêt à agir de concert, notamment sur : l’amélioration des revenus des producteurs ; la lutte contre la contrebande et la coordination des décisions sensibles, y compris les ajustements de prix. Même si certaines orientations sont annoncées séparément, Bruno Nabagné Koné souligne qu’elles s’inscrivent dans un cadre de concertation. « Les discussions ne sont pas isolées. Elles s’appuient sur une initiative commune », soutient-il, citant notamment l’action d’Alex Assanvo et des mécanismes de coordination déjà en place.

Diversifier l’hévéa, l’anacarde et de nouvelles ambitions Au-delà du cacao, l’interview élargit la perspective. La Côte d’Ivoire consolide ses positions dans l’hévéa et l’anacarde, tout en travaillant à développer de nouvelles filières telles que le karité, le soja ou le niébé. Le défi, dit le ministre, n’est pas seulement de produire mais, c’est de faire le lien entre production et transformation. Dans l’hévéa, l’enjeu consiste à mieux alimenter les unités de transformation. Pour l’anacarde, il s’agit d’améliorer le financement, la commercialisation et la compétitivité.

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Relancer l’industrie du coton pour capter la valeur

L’autre préoccupation, c’est le coton. Malgré de bons volumes de production, la filière souffre d’un déficit de transformation industrielle. La priorité est de relancer l’industrie textile, afin d’éviter l’exportation de matières brutes et d’augmenter la valeur locale.Ce chantier s’inscrit aussi dans deux problématiques transversales : la gestion durable des ressources, notamment l’eau ; la question foncière, qui nécessite une meilleure cartographie des terres agricoles. S’agissant du financement, il a été on ne peut plus clair pour éclairer la lanterne de plus d’un. « Aujourd’hui, seulement 6 % des crédits bancaires sont destinés à l’agriculture », déplore-t-il. Pour y remédier, le gouvernement travaille à sécuriser les investissements, avec notamment : l’identification des producteurs ; le développement de l’assurance agricole et la formation des acteurs financiers. Une réforme en profondeur, estime-t-il, pour que le secteur agricole devienne plus bancable et moins exposé aux crises conjoncturelles. Vers une souveraineté alimentaire Autre axe stratégique, la production rizicole. Les chiffres dressent un constat préoccupant d’environ 1,5 million de tonnes produites pour une consommation dépassant 2,8 millions. En conséquence, la Côte d’Ivoire dépend fortement des importations.

Dans le cadre de la stratégie SNDR 2.0, les autorités misent sur : l’irrigation ; l’amélioration des semences et les techniques agricoles. L’objectif clair est de réduire les importations et progresser vers l’autosuffisance. Cultures de rente et vivrières, comment retrouver l’équilibre Le dernier point de l’interview était axé sur l’équilibre entre cultures de rente et cultures vivrières. Le ministre appelle à réintroduire la complémentarité qui a longtemps fait la force du modèle agricole ivoirien. « Ce rééquilibrage est essentiel, affirme-t-il. Car, il garantit à la fois la croissance économique et la sécurité alimentaire.

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Au terme de cette interview, l’on retient que pour Bruno Nabagné Koné, l’avenir de l’agriculture ivoirienne se jouera sur la capacité de l’État à impulser des réformes structurelles, à mobiliser des investissements ciblés et à renforcer la coopération régionale, notamment avec le Ghana. La crise du cacao, dit-il, n’est pas seulement un moment difficile, car elle peut devenir le levier d’une transformation plus profonde des filières.

Rodrigue Cofye