La question de la souveraineté alimentaire était au cœur des échanges lors du panel de haut niveau marquant la clôture des festivités du 60ᵉ anniversaire d’École Supérieure d’ Agronomie, ce dimanche 10 mai 2026 à Yamoussoukro. À cette occasion, Bernard Kini Comoé, ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, chargé des Productions vivrières, a livré une conférence axée sur les défis et les perspectives de l’entrepreneuriat dans le sous-secteur vivrier ivoirien.
Devant un auditoire composé d’étudiants, d’enseignants-chercheurs, de diplômés et d’acteurs du secteur agricole, le membre du gouvernement a dressé un état des lieux préoccupant de la dépendance alimentaire de la Côte d’Ivoire, tout en mettant en avant les nombreuses opportunités économiques et professionnelles offertes aux jeunes agronomes.
Une dépendance alimentaire préoccupante
S’appuyant sur des données récentes de la CNUCED, le ministre a révélé que la Côte d’Ivoire a importé près de 2,9 milliards de dollars de produits alimentaires en 2025, dont 1,1 milliard de dollars consacrés uniquement au riz, soit 38 % des importations alimentaires nationales.
Pour Bernard Kini Comoé, cette situation fragilise l’économie ivoirienne face aux fluctuations des marchés internationaux et aux crises mondiales liées notamment aux tensions géopolitiques et aux effets du changement climatique.
« Produire durablement les cultures vivrières pour la souveraineté alimentaire n’est pas une option. C’est un impératif stratégique pour la sécurité alimentaire, la stabilité sociale et l’amélioration de notre balance des paiements », a-t-il déclaré.
Le vivrier, un secteur à fort potentiel
Le ministre a également souligné que le sous-secteur vivrier demeure confronté à plusieurs contraintes majeures : faible mécanisation, insuffisance de semences améliorées, difficultés d’accès au financement, infrastructures de stockage limitées et pertes post-récolte importantes.

Malgré ces défis, il estime que le vivrier représente aujourd’hui un véritable levier de croissance et d’emplois pour les jeunes diplômés.
« Le secteur vivrier est un marché en pleine expansion porté par l’urbanisation et les nouveaux besoins alimentaires des populations. Il offre des opportunités dans la production, la transformation, la logistique, la commercialisation et les services agricoles », a expliqué le ministre.
Les filières du riz, du manioc, du maïs, de la banane plantain, de l’igname et des cultures maraîchères ont été présentées comme des segments particulièrement porteurs pour les entrepreneurs agricoles.
Dix axes stratégiques pour transformer le secteur
Inscrivant son intervention dans la dynamique du Pilier 2 du Plan National de Développement 2026-2030, consacré à la disponibilité durable des produits vivriers essentiels, Bernard Kini Comoé a annoncé la mise en œuvre de dix axes stratégiques destinés à renforcer l’entrepreneuriat agricole.
Ces orientations visent notamment : l’amélioration de la productivité agricole ; la modernisation des équipements ; le développement de la transformation locale ; le renforcement des infrastructures de stockage ; l’accès au financement pour les jeunes entrepreneurs ; la professionnalisation des chaînes de valeur ; la promotion de l’innovation et de la recherche agricole ; le développement des marchés ruraux ; la formation des jeunes agronomes et l’autonomisation des femmes dans les activités agricoles.
Selon le ministre, l’objectif du gouvernement est de faire du secteur vivrier un moteur de croissance inclusive et de création massive d’emplois sur l’ensemble du territoire national.
Un appel à l’engagement des jeunes agronomes
En clôture de son intervention, Bernard Kini Comoé a exhorté les étudiants et jeunes diplômés de l’ESA à considérer l’agriculture non plus comme un secteur de subsistance, mais comme un véritable espace d’innovation, de création de richesse et de leadership économique.
« L’avenir de la souveraineté alimentaire ivoirienne dépend de votre capacité à innover, entreprendre et transformer durablement notre agriculture », a-t-il lancé aux futurs agronomes.
Cette conférence a constitué l’un des temps forts des célébrations du 60ᵉ anniversaire de l’ESA, mettant en lumière le rôle stratégique de la jeunesse et de l’entrepreneuriat dans la transformation du système agricole ivoirien.
Aimé Kouassi
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