Invitée d’honneur du Salon international de l’Agriculture de Paris 2026, la Côte d’Ivoire entend capitaliser sur cette vitrine mondiale pour promouvoir la puissance et la diversité de sa production agricole. Sur les antennes de Radio France Internationale (RFI), dans l’émission « Le Grand Invité Afrique » du 25 février 2026, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a répondu aux questions de Sidy Yansané, revenant sur les performances du secteur et la gestion de la crise du cacao.

D’entrée de jeu, le ministre a rappelé les fondamentaux qui fondent la position stratégique de la Côte d’Ivoire sur l’échiquier agricole mondial. Le pays est le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le premier producteur africain d’hévéa et figure dans le top 5 africain pour l’huile de palme, le coton et le karité. Habituée du Salon de l’Agriculture depuis plus de trois décennies, la Côte d’Ivoire bénéficie cette année du statut d’invitée d’honneur, une reconnaissance de son poids agricole mais aussi de la transformation progressive de son modèle productif.
Le ministre a également mis en avant les efforts de diversification et de souveraineté alimentaire. Autrefois fortement dépendante des importations de volaille, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui autosuffisante dans ce domaine, illustrant, selon lui, la pertinence des politiques de soutien à la production locale. Fiscalité et marges de progression Interrogé sur la compétitivité du secteur, Bruno Nabagné Koné a souligné que la Côte d’Ivoire affiche l’un des taux de pression fiscale les plus faibles de la sous-région, estimé entre 12 et 13 %, bien en deçà des recommandations de l’UEMOA (18 à 20 %).
Un argument avancé pour démontrer la volonté de l’État de préserver un environnement favorable aux opérateurs économiques et aux producteurs. Cacao : gestion d’une crise sous tension Le cœur de l’entretien a porté sur la crise que traverse actuellement la filière cacao, marquée par une chute drastique des cours et des difficultés d’écoulement pour de nombreux producteurs. Face aux stocks invendus, l’État ivoirien s’est engagé à intervenir. À ce jour, 64 000 tonnes ont déjà été enlevées, tandis qu’environ 40 000 tonnes supplémentaires sont en cours de traitement, en collaboration avec les organisations du secteur. Selon le ministre, l’objectif est double : • soutenir les producteurs pour éviter un effondrement de leurs revenus ; • préserver l’équilibre financier du Conseil du Café-Cacao, organe de régulation de la filière. Le coût de l’opération, estimé à environ 430 millions d’euros selon des déclarations antérieures, s’inscrit dans le mécanisme de stabilisation mis en place par l’État. Celui-ci repose sur des réserves constituées lors des bonnes campagnes afin d’amortir les chocs conjoncturels. Vers une baisse du prix bord champ ? Évoquant une information relayée par Reuters sur une éventuelle baisse du prix du cacao, le ministre n’a pas fermé la porte à des ajustements.

Il a toutefois insisté sur le caractère rationnel des décisions à venir, qui seront prises par le Conseil du Café-Cacao. Le prix actuel de 2 800 FCFA le kilogramme, qualifié de record, pourrait être réévalué en fonction des réalités du marché international. La décision concernerait soit le stock résiduel de la campagne principale écoulée, soit la campagne intermédiaire en cours. Le différentiel de revenu décent en question Bruno Nabagné Koné a également défendu le mécanisme du différentiel de revenu décent (DRD), une prime minimale de 400 dollars par tonne instaurée conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana pour garantir un revenu plancher aux planteurs. À ceux qui estiment que le cacao ivoirien serait devenu trop cher, le ministre oppose un argument économique : la matière première cacao ne représenterait qu’environ 6 % du prix final des produits chocolatés consommés en Europe. Dès lors, selon lui, la question du coût ne saurait justifier une pression excessive sur les producteurs. « On ne peut pas parier sur l’avenir du secteur en sacrifiant ceux qui sont à la base », a-t-il martelé, invitant à considérer les conditions de vie des planteurs.
Au-delà des chiffres, cette présence en tant qu’invitée d’honneur au Salon de l’Agriculture de Paris traduit une ambition plus large pour la Côte d’Ivoire. Surtout celle d’affirmer la diplomatie agricole ivoirienne, de renforcer les partenariats et d’attirer des investissements dans la transformation locale.
Rodrigue Cofye
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