En visite à l’Institut Algérien du Pétrole (IAP):  Sangafowa-Coulibaly repart avec un modèle, une ambition et des partenaires

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Troisième temps fort de son déplacement, le ministre est venu ausculter les ressorts d’une réussite qui, en Afrique et au-delà, ne cesse d’asseoir sa renommée. L’instant est crucial pour la Côte d’Ivoire. Tandis que ses ressources gazières et pétrolières s’apprêtent à passer à la vitesse supérieure, le pays s’engage dans une profonde mutation d’échelle. Mais aux yeux du ministre ivoirien, unevérité s’impose : sans compétences locales, point de transformation durable. « Le président Alassane Ouattara porte au plus haut niveau cette vision qui met l’accent sur l’impérieuse nécessité de bâtir une filière extractive intégrée, génératrice de richesse sur place, au-delà de la simple extraction. C’est un pari que la Côte d’Ivoire doit remporter », a martelé Mamadou Sangafowa-Coulibaly.

À Boumerdès, son propos n’a laissé place à aucune ambiguïté. « À l’issue de cette visite, on saisit mieux comment ce pays a su décrocher des résultats aussi impressionnants. Et surtout, comment il a préservé cette exigence d’excellence », s’est-il réjoui, non sans une pointe d’admiration. Avant de souligner un aspect fondamental : la satisfaction de constater que le continent africain voit émerger des institutions capables d’incarner une expertise de calibre mondial, au point de remodeler en profondeur la structure d’une économie nationale.

Pour Abidjan, le temps presse désormais. La Côte d’Ivoire entend échapper au piège classique des économies fondées sur l’extraction : produire sans contrôler la chaîne de valeur. Cela impose d’anticiper un afflux considérable d’ingénieurs, de techniciens et d’experts, alors même que la production nationale devrait quadrupler dans les trois années à venir.

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L’IAP, une machine à produire de la souveraineté énergétique

Né en 1965, deux ans après Sonatrach, l’IAP dépasse de loin le statut de simple centre de formation. Il incarne l’un des piliers silencieux sur lesquels repose la souveraineté énergétique de l’Algérie. Pensé dès l’origine pour servir une stratégie nationale, il a permis de former en amont les compétences appelées à prendre la relève au moment de la nationalisation des actifs, en 1971.

Aujourd’hui, l’établissement opère comme une authentique “fabrique industrielle de compétences”, celle-là même qui a accompagné l’essor du groupe Sonatrach, fort de ses 149 filiales et de ses plus de 66 000 collaborateurs. Avec ses quatre sites, sa trentaine de laboratoires, ses simulateurs de dernière génération et ses programmes taillés sur mesure pour répondre aux besoins du terrain, il balaie l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur pétrolier et gazier : de l’amont à l’aval, en passant par la fabrication d’équipements et la pétrochimie, jusqu’à l’exportation de produits gaziers finis sur les marchés internationaux. Une activité à l’export qui a généré 42 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024, soit environ 24 000 milliards FCFA.

Ce qui fait aussi la singularité de l’institut, c’est son approche pédagogique, tissant un lien indéfectible entre le monde académique et l’industrie. « 75 % de nos formateurs sont des experts métiers issus de Sonatrach, y compris des retraités. Cela nous permet de capitaliser sur des décennies d’expérience », a confié son directeur, le Dr Mohamed Khodja.

Le résultat, c’est une masse critique de talents, notamment ingénieurs, techniciens, opérateurs à même d’investir tous les métiers du secteur. « Aujourd’hui, l’intégralité des postes au sein du groupe Sonatrach est occupée par des Algériens », insiste-t-il, rappelant par là même la portée stratégique du dispositif. 

Vers un modèle ivoirien inspiré de Sonatrach–IAP

Face à cette architecture impressionnante, Abidjan affine ses propres choix stratégiques. Le ministre ivoirien assume désormais une ambition claire : reproduire à terme un modèle intégré, conjuguant compagnie nationale et institut de formation.

« Notre pays, la Côte d’Ivoire, est d’ores et déjà engagé aux côtés de cette école. Cette visite ne fait que renforcer notre conviction de poursuivre cette collaboration et, bien entendu, de l’élargir. Car notre pays, dont l’industrie pétrolière est en pleine phase d’émergence, est venu frapper à la bonne porte pour s’abreuver davantage à l’expérience de cette nation frère qu’est l’Algérie », a affirmé M. Coulibaly.  

Dans cette optique, l’idée d’une « corporate university », calquée sur le lien Sonatrach-IAP et adossée à Petroci, pourrait bien prendre corps. Une ambition partagée par les grands acteurs publics de l’industrie pétrolière ivoirienne. Les dirigeants de Petroci et de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), Fatou Sanogo et Tiotioho Soro, ont d’ores et déjà fait part de leur souhait de solliciter le savoir-faire de l’IAP pour consolider leurs dispositifs internes de montée en compétences, à tous les échelons, afin d’accompagner leur propre développement.

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Une coopération à double sens

Si l’Algérie s’impose comme un acteur incontournable dans les domaines de la formation et de l’intégration industrielle, la relation entre les deux pays ne saurait se réduire à un simple transfert unidirectionnel de savoir-faire.

Des complémentarités se dessinent. La Côte d’Ivoire possède par exemple une solide expérience dans l’offshore, un segment que l’Algérie, dont les actifs sont situés à terre, entend développer. Autre illustration : le raffinage. La SIR, seul raffineur du continent africain doté d’un hydrocraqueur, attire l’intérêt des Algériens, qui envisagent d’investir dans ce type d’équipements. Autant de passerelles qui esquissent une coopération plus équilibrée qu’il n’y paraît de prime abord.

Julien Koffi