Forum de la finance aquacole : la Côte d’Ivoire mise sur l’aquaculture pour son autosuffisance alimentaire

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Avec une consommation annuelle dépassant 640 000 tonnes de poissons, la Côte d’Ivoire importe actuellement 82 % de ses besoins halieutiques, révélant une vulnérabilité alimentaire majeure. Cette dépendance massive contraste avec le potentiel aquacole du pays, qui affiche pourtant une dynamique de croissance remarquable.

Les chiffres du ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH) témoignent d’une progression spectaculaire : la production aquacole a bondi de 4 500 tonnes en 2019 à 8 467 tonnes en 2023, représentant une croissance de 88 % en quatre ans. Cette évolution s’inscrit dans le cadre du Programme de Transformation de l’Aquaculture en Côte d’Ivoire (PSTACI), qui traduit la volonté gouvernementale de faire de ce secteur un pilier de la sécurité alimentaire nationale.

La cartographie nationale réalisée en 2024 révèle l’ampleur du développement infrastructurel : 1 076 fermes piscicoles et plus de 11 000 structures d’élevage sont désormais réparties sur l’ensemble du territoire. Ces installations, composées principalement d’étangs et de bacs, constituent l’épine dorsale d’une filière en structuration.

Toutefois, malgré cette expansion, l’aquaculture ne représente encore que 4 à 7 % de la production halieutique totale du pays. Le tilapia du Nil, espèce dominante, concentre 71 % de la production piscicole nationale, illustrant à la fois la spécialisation du secteur et les opportunités de diversification.

Organisé par la FAO à travers son programme FISH4ACP, en collaboration avec le Ministère des Ressources Animales et Halieutiques, le forum s’inscrit dans une priorité nationale : renforcer la compétitivité et la résilience de la filière aquacole.

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Selon les chiffres présentés, la consommation de poisson en Côte d’Ivoire a dépassé 700 000 tonnes en 2023, pour une valeur estimée à 533 milliards FCFA. Malgré ce chiffre impressionnant, 80 % de cette consommation dépend encore des importations, soulignant le potentiel inexploité de la production locale.

 Joseph Nyemah a insisté sur la nécessité de transformer ce potentiel en opportunités concrètes pour les producteurs ivoiriens, en construisant une filière plus inclusive, résiliente et rentable. Le FFA apparaît ainsi comme une plateforme stratégique pour rapprocher les pisciculteurs des financements nécessaires et stimuler le développement durable du secteur.

OUATTARA LACINA, SOUS-DIRECTEUR DE LA PROMOTIONDE L’AQUACULTURE au Ministre des ressources animales et halieutiques, a présenté lors du panel inaugural les projections gouvernementales qui dessinent un avenir résolument ambitieux. Le PSTACI vise 500 000 tonnes de production d’ici 2030, avec un palier intermédiaire de 150 000 tonnes d’aquaculture intensive prévues dès 2026, incluant 60 000 tonnes de tilapia. « L’aquaculture ivoirienne représente un secteur à fort potentiel, capable de contribuer significativement à la sécurité alimentaire et à la création d’emplois, à condition d’être soutenue par des financements adaptés », a souligné M. Ouattara, mettant l’accent sur l’équation cruciale entre développement sectoriel et mobilisation financière.

Les étapes intermédiaires prévoient 84 000 tonnes de production locale d’ici fin 2025, puis 127 000 tonnes en 2027, traduisant une stratégie progressive de réduction de la dépendance aux importations.

Mme FOUNGNIGUE TRAORÉ DUIRE, ADMINISTRATRICE NATIONALE – FISH4ACP, a identifié cinq axes stratégiques indispensables à la transformation du secteur : La professionnalisation des acteurs constitue le premier levier, visant à élever les compétences techniques et managériales des pisciculteurs. L’amélioration de l’accès aux intrants représente le deuxième pilier, crucial pour garantir la qualité et la régularité de la production. La diversification et valorisation des produits ouvre la voie à une montée en gamme et à une meilleure réponse aux attentes du marché.

Le quatrième axe concerne la mise en place d’un système fiable de suivi statistique, fondamental pour piloter efficacement le développement sectoriel. Enfin, la préservation de l’environnement s’impose comme un impératif transversal, garantissant la durabilité des pratiques aquacoles.

KOJIRO FUJINO, CONSEILLER PRINCIPAL – PRORIL2/PREPICO2,  a présenté sa vision transformatrice pour porter la production nationale à 800 000 tonnes dans les prochaines années. « Il est indispensable de mettre en place une véritable chaîne de valeur impliquant tous les acteurs, du producteur au consommateur final », a-t-il déclaré, insistant sur l’approche systémique nécessaire à cette montée en puissance.

Cette approche holistique souligne l’importance de l’intégration verticale et de la coordination entre les différents maillons : production, transformation, distribution et commercialisation.

Les débats ont convergé vers l’identification de trois mécanismes financiers prioritaires : le développement de lignes de crédit spécifiquement adaptées aux pisciculteurs, tenant compte des cycles de production et des spécificités sectorielles ; la mise en place de mécanismes de partage de risques pour sécuriser les investissements privés ; et une meilleure structuration des coopératives et fermes pour optimiser l’accès au financement et renforcer la capacité de négociation des producteurs.

Lors du deuxième panel, KARL AMOUSSOU-LIFI, chef du département distribution et expérience client chez Orange Bank, a présenté les innovations financières digitales destinées au secteur aquacole.

Orange Bank propose déjà depuis 2020 une solution de crédit digital accessible en 10 secondes à tous les détenteurs de comptes Orange Money. Cette offre, qui a généré près de 500 milliards de FCFA de financement pour 2 millions de clients avec 4 millions de crédits accordés, utilise des algorithmes de scoring pour évaluer le profil de risque des demandeurs.

Plus spécifiquement pour l’aquaculture, Orange Bank Africa développe actuellement, en partenariat avec la FAO, une offre de financement digital spécialisée. Cette initiative vise à répondre aux besoins spécifiques du secteur en termes de maturité de remboursement, de modalités de financement et de niveaux d’investissement adaptés aux cycles de production piscicole.

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Cette approche digitale représente une innovation majeure pour démocratiser l’accès au financement dans un secteur encore méconnu par de nombreux acteurs financiers traditionnels, offrant ainsi une solution concrète aux défis de financement identifiés par les participants.

Ce premier Forum de la Finance Aquacole marque un tournant dans l’approche ivoirienne de la sécurité alimentaire. En dépassant le simple constat des déficits pour explorer concrètement les solutions de financement, cette initiative dessine les contours d’une stratégie globale de souveraineté alimentaire.

L’enjeu dépasse la simple substitution aux importations : il s’agit de construire un écosystème aquacole capable de générer emplois, devises et sécurité alimentaire. Avec un déficit actuel de 600 000 tonnes et des objectifs de production de 500 000 tonnes d’ici 2030, la Côte d’Ivoire s’engage dans une course contre la montre où le financement demeure le facteur déterminant.

Les participants ont quitté cette première journée avec la conviction partagée que l’avenir du secteur reposera sur une mobilisation collective et durable des capitaux, condition sine qua non pour transformer l’aquaculture en véritable levier de développement économique et de résilience alimentaire nationale.

Julien Koffi