La maîtrise de l’information s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique majeur pour la performance des entreprises, notamment dans le domaine de l’efficacité énergétique. C’est le message central qui a émergé d’un panel stratégique consacré à l’impératif de conformité énergétique, réunissant acteurs institutionnels, experts techniques et représentants du secteur financier. Ce, en marge de la cérémonie de remise du Prix Rejaip-Ci, ce jeudi 18 décembre 2025, au siège de la CGECI, maison de l’entreprise, au Plateau.

Dans son intervention introductive, Yéo Emmanuel, CEO de Lynays Corporation, a rappelé, à travers des exemples concrets, que l’accès à la bonne information peut faire toute la différence, indépendamment du niveau d’expérience ou de compétence. Il a notamment évoqué une expérience vécue aux États-Unis, en Caroline du Nord, alors qu’il était élève ingénieur. Face à une panne persistante sur une machine d’entretien de gazon, un ingénieur chevronné cumulant plus de quarante années d’expérience n’avait pu trouver de solution après plusieurs heures de travail. C’est finalement grâce à une information précise, acquise lors d’un stage antérieur, que la panne a été identifiée et résolue en quelques minutes.
Un second exemple local, à Abidjan, a illustré cette même réalité. Dans une entreprise confrontée à un problème technique majeur, plusieurs sociétés étaient intervenues sans succès. La solution est finalement venue d’un technicien de terrain, fort d’une longue expérience pratique, qui a posé un diagnostic différent en identifiant une obstruction causée par des racines d’arbres. Une information jusque-là négligée, mais déterminante.
À travers ces situations, l’intervenant a souligné que l’information pertinente reste un facteur clé de transformation, capable d’améliorer la performance des entreprises et d’éviter des pertes économiques importantes. Il a par ailleurs mis en lumière les solutions techniques disponibles pour accompagner les entreprises. Pour lui, l’efficacité énergétique repose sur trois piliers : le choix d’équipements performants, l’adoption de comportements responsables appuyés par l’automatisation, et l’optimisation des sources d’énergie. Des outils technologiques développés par son entreprise ( LYNAYS COPRPORATION) permettent aujourd’hui de collecter et d’analyser les données énergétiques en temps réel, facilitant le travail du référent énergie, tout en contribuant à la réduction des coûts et au respect des obligations réglementaires.
Le panel s’est poursuivi avec une communication institutionnelle portée par M. Kouadio Angora Trésor Wilfrid, ingénieur et chef de service Audit énergétique à la Direction générale de l’Énergie. Il a présenté le cadre réglementaire de l’audit énergétique obligatoire en Côte d’Ivoire. Inscrit dans le Code de l’électricité de 2014 et précisé par les textes réglementaires subséquents, l’audit énergétique vise à analyser de manière méthodique les usages et consommations énergétiques des entreprises et des bâtiments. Il permet d’identifier les flux énergétiques, de proposer des mesures d’amélioration et d’élaborer un plan d’actions structuré.
Trois secteurs sont concernés par cette obligation : l’industrie, le tertiaire et le résidentiel, selon des seuils définis. Les entreprises assujetties doivent faire appel à des auditeurs agréés et transmettre leurs rapports à l’administration compétente. Les actions dont le retour sur investissement est inférieur ou égal à cinq ans sont rendues obligatoires. Au cœur de ce dispositif figure également le référent énergie, chargé de piloter la gestion énergétique au sein des organisations.
Du côté du secteur financier, Olivier Kam, directeur financier à UBA, par ailleurs représentant l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire ( APBEF-CI), a relevé que l’efficacité énergétique est perçue comme un facteur de solidité économique. « C’est une meilleure maîtrise des dépenses énergétiques qui améliore la trésorerie des entreprises, renforce leur capacité de remboursement et réduit leur niveau de risque. Les banques disposent désormais de mécanismes de financement vert, soutenus par des fonds internationaux et des dispositifs de garantie. Toutefois, ces financements restent conditionnés à des projets structurés, mesurables et économiquement viables », explique-t-il.
Au terme des échanges, un constat s’impose : l’efficacité énergétique n’est plus une option, mais une exigence stratégique. Elle repose sur une combinaison de réglementation, d’information fiable, de solutions techniques adaptées et de financements ciblés.

Pour les entreprises ivoiriennes, s’engager dès maintenant dans cette démarche constitue non seulement une réponse aux obligations réglementaires, mais également un avantage compétitif durable dans un environnement économique de plus en plus exigeant.
Rodrigue Cofye
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