Dans un contexte national marqué par de fortes tensions économiques et sociales, notamment liées à la crise de commercialisation du cacao et aux orientations du Plan national de développement (PND), l’économiste Lamoussa Djinko, a animé une conférence de presse ce mercredi 11 février 2026, à Cocody Attoban. Il alerte sur les risques pour l’économie ivoirienne.
A cette occasion, il a voulu alerter l’opinion nationale et internationale sur les risques majeurs que fait peser la situation actuelle du secteur agricole sur la stabilité économique du pays.
D’entrée de jeu, l’économiste a dénoncé ce qu’il considère comme une absence persistante de protection des producteurs agricoles, en particulier ceux des filières café et cacao. « La question que je voulais souligner, c’est que le paysan n’a jamais été véritablement protégé », a-t-il déclaré. Rappelant que l’agriculture contribue à environ 19 % du PIB et fait vivre près de 80 % de la population, directement ou indirectement, il estime qu’il est du devoir de l’État d’assurer un encadrement rigoureux et une protection effective des producteurs.
Dans cette dynamique, Lamoussa Djinko a critiqué le fonctionnement actuel du système café-cacao, qu’il juge insuffisamment sécurisant. « On demande aux producteurs de travailler toute l’année, alors qu’ils ne sont payés qu’une seule fois, parfois à des prix qui ne reflètent ni leurs efforts ni leurs charges », a-t-il insisté. Évoquant les fluctuations des prix bord champ, il a estimé inacceptable que les paysans soient contraints de vendre à des tarifs qu’ils jugent dérisoires, notamment à l’approche d’échéances électorales.
Pour le président du Renouveau démocratique, l’État doit impérativement mettre en place un mécanisme de stabilisation solide et durable. « Il n’y a pas de laisser-faire en économie. Cela n’existe nulle part dans le monde », a-t-il affirmé, soulignant que même les grandes puissances interviennent pour protéger leurs secteurs stratégiques. « Les États-Unis investissent massivement dans leur économie, notamment dans l’armement, afin de soutenir l’activité et préserver les emplois », a-t-il expliqué.
Au-delà de la question des prix, Lamoussa Djinko a plaidé pour une transformation locale accrue du cacao. « Si nous sommes le premier producteur mondial de cacao, il n’y a aucune raison que nous ne produisions pas le meilleur chocolat au monde », a-t-il soutenu. Il a rappelé que le marché mondial du chocolat représente des milliers de milliards de francs CFA, alors que la Côte d’Ivoire demeure essentiellement exportatrice de fèves brutes.
Selon lui, la mise en place d’une véritable industrie chocolatière nationale, appuyée par une stratégie marketing ambitieuse, permettrait de créer de la valeur ajoutée, de générer davantage de devises et d’améliorer significativement les revenus des producteurs. « Nous devons produire et commercialiser un chocolat de haute qualité, pourquoi pas meilleur que celui produit en Suisse », a-t-il proposé.
Se définissant comme un « fils de paysans », il a tenu à rappeler la réalité du monde rural. « Mes parents étaient producteurs de café et de cacao. Je sais ce que cela signifie de travailler toute une année et de se retrouver, au moment de la vente, dans une situation de précarité à cause des prix », a-t-il confié.
Abordant enfin la question de la dette publique, l’économiste a exprimé son inquiétude face à son niveau croissant et au poids du service de la dette dans le budget national. « Lorsqu’un État s’endette massivement, il doit rembourser. Et pour rembourser, il augmente les impôts ou contracte de nouveaux emprunts », a-t-il analysé, estimant que cette dynamique réduit la marge de manœuvre de l’État pour répondre efficacement aux besoins sociaux.
En définitive, Lamoussa Djinko a appelé à des réformes structurelles profondes, axées sur la protection durable des producteurs agricoles, la transformation locale des matières premières et une gestion plus soutenable des finances publiques. À défaut, a-t-il laissé entendre, les déséquilibres actuels pourraient fragiliser davantage l’économie ivoirienne.
Julien Koffi
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