L’affaire Fidelis Finance poursuit sa rotation dans le paysage bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), désormais marquée par une nouvelle péripétie. La tentative de départ d’un de ses principaux dirigeants, le responsable Risque et Conformité, en possession d’un passeport français dissimulé. Cet épisode met en lumière les tensions entre régulation, justice et gouvernance d’entreprise dans une région où la stabilité du secteur financier est un enjeu majeur pour les investisseurs et les usagers.
Fidelis Finance est au cœur d’un dossier complexe impliquant des accusations graves . Il s’agit de la violation du secret bancaire, subornation de témoins et suppression de preuves. Quatre dirigeants auraient été renvoyés en correctionnelle le 15 janvier dernier, après une plainte déposée par la PME SOGETRA , qui a perdu un contrat en raison de la divulgation d’informations confidentielles par l’établissement bancaire.
Selon des informations recueillies auprès de sources proches de l’enquête, Boubacar Didier James BARRY, Chef du Département Risques et Conformité de Fidelis Finance Côte d’Ivoire, de nationalité franco-ivoirienne a été appréhendé à l’aéroport d’Abidjan le 5 février 2026. Il tentait alors de quitter le territoire avec un passeport français dissimulé, information qui a été portée à la connaissance du juge d’instruction. Cette tentative intervient deux jours seulement après le rejet par la chambre d’instruction de l’appel de la banque et de ses dirigeants visant à lever le contrôle judiciaire.
Le volet « secret bancaire et manipulation d’informations » alimente les inquiétudes sur les mécanismes de conformité internes et sur la capacité des institutions à prévenir les abus. Le système judiciaire ivoirien, aux côtés des régulateurs régionaux, est désormais scruté sur sa capacité à poursuivre les responsables et à assurer la transparence des procédures.
L’usage potentiel de la double nationalité pour échapper à la justice met en évidence des défis en matière de coopération internationale et de contrôles aux frontières. Si ces aspects sont avérés, ils pourraient alimenter les discussions sur des réformes destinées à renforcer la traçabilité des flux et à faciliter les échanges d’informations entre États.

Répercussions sur le secteur bancaire de l’UEMOA
L’affaire touche à l’intégrité et à la stabilité du système financier régional. Les régulateurs et bailleurs de fonds internationaux suivent le dossier de près, et les suites judiciaires pourraient impulser des réformes en matière de supervision, de signalement et de prévention des atteintes au secret bancaire.
ONG et acteurs de la bonne gouvernance soulignent que cet épisode illustre les risques de dérives lorsque les dirigeants disposent d’instruments d’influence et d’un accès privilégié à l’information sensible. « C’est un cas d’école », affirme l’un des représentants d’une ONG de lutte contre la corruption, appelant à une vigilance accrue et à des mécanismes de dissuasion renforcés.
Du côté des autorités, la confiscation du passeport et les mesures qui entourent l’enquête montrent une approche prompte et déterminée face à toute manœuvre visant à contourner la justice. La question de la coopération, avec les autorités françaises et d’autres États demeure en suspens, dans le cadre des procédures en cours.
Pour Fidelis Finance et le secteur, l’heure est à la transparence et à la démonstration de robustesse des contrôles internes. Les régulateurs pourraient engager des audits plus poussés, réviser les protocoles de conformité et renforcer la coopération avec les instances judiciaires.
Rappelons que l’affaire Fidelis Finance, avec sa dimension de fuite présumée et ses implications sur le secret bancaire, illustre les défis auxquels font face les responsables des institutions financières dans l’UEMOA. Dans un contexte économique où la confiance des investisseurs et la stabilité du système bancaire sont reines, la traçabilité, la transparence et l’efficacité des mécanismes répressifs et préventifs constituent des exigences prioritaires.
Rodrigue Cofye
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