Crise du cacao: le Ghana baisse le prix payé aux producteurs, quels effets pour la Côte d’Ivoire?

photo cacao
53 / 100 Score SEO

La crise du cacao s’est durablement installée en Afrique de l’Ouest. Le Ghana, deuxième producteur mondial après la Côte d’Ivoire, a annoncé une mesure exceptionnelle . Il s’agit de réduire d’environ 30% le prix payé directement aux planteurs. Passant de 2 635 000 francs CFA la tonne à 1 850 000 CFA, cette décision vise à refléter la chute vertigineuse des cours mondiaux et à injecter rapidement des liquidités dans une filière en forte tension. Selon le ministre ghanéen des Finances, Cassiel Ato Forson, l’objectif est d’assurer la survie des acteurs de la filière face à une conjoncture dégradée, marquée par des arriérés de paiement et des stocks de fèves invendues.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En effet, la tonne de cacao est passée d’environ 6 250 000 FCFA fin 2024 à environ 2 050 000 FCFA aujourd’hui sur les marchés internationaux, soit une chute de près de 50% en moins d’un an. Le Ghana, dont le cacao représente environ 10% du PIB et fait vivre près d’un million de personnes, se retrouve confronté à une dette accumulée et à une insuffisance de liquidités pour acheter les récoltes. Le réajustement des prix, autrefois considéré comme une simple mesure budgétaire, devient une véritable bouée de sauvetage pour un État dont le secteur du cacao est aussi stratégique que vulnérable.

Le Ghana n’est pas isolé dans cette tourmente car la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, est directement impactée par les dynamiques de prix et par les comportements des acheteurs internationaux. Quand Accra ajuste ses prix, les acheteurs réévaluent leurs offres ailleurs, et la Côte d’Ivoire peut se retrouver confrontée à une pression à la baisse sur les prix bord-champ. Dans ce contexte, les arriérés et les retards de paiement, déjà évoqués par certaines organisations de planteurs ivoiriens, risquent de s’accentuer sans mécanismes solides de stabilisation et de soutien.

 Les implications économiques et sociales

Pour la Côte d’Ivoire, le cacao demeure une colonne vertébrale de l’économie nationale : approche en chiffres, le cacao pèse une part non négligeable du PIB et soutient une chaîne d’activités agricoles, industrielles et commerciales. Une volatilité accrue des prix fragilise les revenus des producteurs et peut alimenter des tensions sociales si les mécanismes de soutien public et coopératif ne suivent pas. À plus long terme, la compétitivité ivoirienne dépendra autant de la maîtrise des coûts et de l’efficacité des chaînes de valeur que de la capacité à transformer localement une plus grande partie de la matière première.

Dans un contexte international marqué par une volatilité persistante, les décideurs ivoiriens et les acteurs du secteur cacao doivent mobiliser une approche intégrée. Ce, pour un soutien rapide aux planteurs ou des investissements structurels dans la transformation, et la coordination régionale pour préserver les revenus et les emplois qui dépendent du cacao. Le temps des mesures d’urgence semble révolu, place à une vision durable qui fasse du cacao ivoirien non seulement le premier producteur mondial, mais aussi le premier cacao de valeur ajoutée et de durabilité.

Rodrigue Cofye