Hévéa : La Côte d’Ivoire lance un ambitieux programme de 500 000 hectares pour consolider son leadership mondial

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Première puissance africaine et troisième producteur mondial de caoutchouc naturel, la Côte d’Ivoire confirme son rôle stratégique dans la filière hévéa. Avec une production annuelle de 1 932 106 tonnes de caoutchouc sec  première transformation issue du latex le pays fait de l’hévéa sa deuxième culture d’exportation après le cacao.

Le secteur génère un chiffre d’affaires estimé à 1 600 milliards de francs CFA, s’appuie sur 775 000 hectares de plantations (dont 12 % de surfaces immatures) et mobilise plus de 240 000 planteurs identifiés à travers le territoire. Des performances impressionnantes qui, pourtant, demeurent fragilisées par plusieurs défis structurels.

Le principal défi auquel est confrontée la filière réside dans le décalage entre la production nationale et les capacités industrielles d’usinage. Les unités de transformation disposent aujourd’hui d’installations supérieures au volume de latex disponible, créant une tension sur l’approvisionnement.

À cela s’ajoutent le vieillissement d’une partie du verger certaines plantations ont plus de 40 ans, la surexploitation des arbres à travers des pratiques de saignée non conformes, l’urbanisation galopante autour d’Abidjan et dans les grandes villes de l’intérieur, ainsi que la désaffection des jeunes pour les métiers agricoles. Le manque de saigneurs qualifiés constitue également un frein important à la durabilité du secteur.

Une étude est en cours afin d’évaluer précisément l’ampleur des plantations vieillissantes, avec des résultats attendus au premier trimestre 2026.

L’Apromac déclenche un programme d’urgence

Face à ces enjeux, l’Association des Professionnels du Caoutchouc Naturel de Cote d’Ivoire a adopté, lors de son conseil d’administration du 6 août 2025, un programme d’urgence de renouvellement et d’extension du verger.

L’objectif est ambitieux : planter ou réhabiliter 500 000 hectares sur la période 2026–2035, soit 50 000 hectares par an pendant dix ans. Cette initiative vise à rééquilibrer la production nationale avec les capacités industrielles, remplacer les plantations économiquement obsolètes et renforcer la résilience climatique.

Le programme couvrira aussi bien les zones traditionnelles de production  notamment la Basse-Côte que des zones dites marginales comme Daoukro, Bouaflé, Prikro, Dimbokro, Bondoukou, Bouaké, Katiola, Dabakala ou Touba. L’extension du couvert végétal contribuera à améliorer la pluviométrie locale et à renforcer la séquestration du carbone.

Pour atteindre cet objectif, la filière prévoit la production et la distribution de 30 millions de plants de qualité chaque année. Le dispositif inclut la création de jardins à bois de greffe de référence, le renforcement des capacités des pépiniéristes et greffeurs, ainsi qu’une augmentation des subventions sur les plants afin d’encourager les investissements.

La durabilité occupe une place centrale dans ce programme. L’Apromac entend lutter contre la déforestation, promouvoir des modèles agroforestiers, valoriser le bois et les graines d’hévéa et développer des techniques de saignée à basse fréquence.

Cette orientation est stratégique : 100 % du caoutchouc naturel ivoirien est exporté, dont 35 % vers l’Europe, un marché désormais soumis à des exigences strictes en matière de zéro déforestation. L’adoption de pratiques responsables est donc un impératif économique.

Des retombées économiques et sociales majeures

Les impacts attendus sont significatifs. Les pépiniéristes pourraient générer entre 16 et 27 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel grâce à la vente de plants. Les producteurs, sur la base d’un rendement moyen de 4,5 tonnes par hectare et d’un prix estimé à 0,46 euro le kilo, pourraient percevoir environ 2 000 euros par hectare et par an, soit près de 100 millions d’euros pour les 50 000 hectares plantés chaque année.

Les communautés rurales bénéficieront également de retombées indirectes à travers l’amélioration des infrastructures, tandis que les industriels verront leur approvisionnement sécurisé et pourront envisager l’implantation d’unités de deuxième et troisième transformation. Déjà amorcé avec la mise en place de jardins à bois de greffe, le programme entrera dans sa phase active de plantation à partir de 2027. Il se veut un instrument majeur de transformation économique rurale, créateur de richesse, d’emplois et de stabilité environnementale.

À travers cette initiative d’envergure, la Côte d’Ivoire entend non seulement consolider son leadership africain, mais aussi renforcer durablement sa position parmi les grandes puissances mondiales du caoutchouc naturel.

Aimé Kouassi