Dans cet entretien, Soro Panatirgué, ingénieur en management de la qualité, disposant d’une expertise en intelligence économique, par ailleurs président de l’Association nationale des coopératives agricoles de Côte d’Ivoire (ANACACI) appelle à une transformation profonde du modèle coopératif. L’homme totalisant 25 ans d’expérience dans l’animation et l’encadrement du monde agricole pense que les coopératives doivent évoluer pour devenir un véritable patronat agricole, mieux structuré, plus professionnel et davantage orienté vers la commercialisation, la valeur ajoutée et la résilience face aux chocs (volatilité des prix, maladies, changement climatique).
Comment les coopératives font-elles face aux crises, notamment la volatilité des prix ou les maladies des cultures ?
C’est un défi majeur. Les coopératives ne doivent plus se limiter à la production. Elles doivent maîtriser les marchés, y compris les marchés internationaux, et s’adapter aux fluctuations des prix. Même si l’État met en place des mécanismes de stabilisation, notamment dans les filières café et cacao, les coopératives demeurent fortement dépendantes des marchés internationaux.La professionnalisation est donc indispensable pour renforcer leur résilience.
La politique agricole actuelle est-elle favorable aux coopératives ?
Oui. La Côte d’Ivoire a toujours mis l’accent sur la production. Toutefois, il manque encore une véritable stratégie d’anticipation et de commercialisation. Nous devons aller au-delà de la production pour mieux contrôler les marchés, limiter les pertes et favoriser la transformation locale. C’est là l’un des grands défis actuels.
Quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement ?
Nous souhaitons un dialogue direct et structuré avec les autorités. Les coopératives représentent un levier important de création d’emplois et de développement rural. Il est nécessaire de : mettre en place des financements adaptés ; créer des mécanismes spécifiques d’accompagnement ; instituer un cadre dédié aux coopératives, comme cela existe dans certains pays. En soutenant les coopératives, on agit directement sur l’emploi, la production et la réduction de la pauvreté en milieu rural. Notons également que les femmes jouent un rôle important dans les coopératives.

Quelles actions menez-vous en faveur des femmes ?
Effectivement, les femmes sont au cœur du système coopératif, notamment dans les cultures vivrières. L’ANACACI fait de leur autonomisation une priorité. Nous menons plusieurs actions, dont : des programmes d’appui aux femmes productrices, notamment dans la filière karité ; des initiatives d’inclusion économique ; des actions de sensibilisation sur l’accès au foncier et au financement.
Quelle place occupe la digitalisation dans le développement des coopératives ?
La digitalisation est aujourd’hui incontournable. Nous travaillons à former les acteurs, notamment les femmes, à l’utilisation des outils numériques. Grâce au digital : une coopérative peut accéder directement aux marchés ; les producteurs obtiennent des informations sur les prix et la météo ; les échanges commerciaux sont facilités. C’est une véritable révolution pour le secteur.
Quels sont vos principaux projets pour les années à venir ?
Notre priorité est la mise en œuvre du Programme national de professionnalisation des coopératives. Nous voulons : transformer les coopératives non professionnelles en structures viables ; créer des entités économiquement solides ; favoriser la transformation locale afin de capter davantage de valeur ajoutée ; faire émerger de véritables champions nationaux du secteur agricole.
Les coopératives sont-elles prêtes à faire face au changement climatique ?
Elles n’ont pas le choix : elles doivent s’adapter. Cela passe par : la formation et la sensibilisation des producteurs ; l’accès à l’information climatique ; l’utilisation de technologies adaptées. Nous avons déjà initié des partenariats pour transmettre des données météorologiques aux producteurs, afin d’améliorer leurs rendements.
Quel message adressez-vous aux investisseurs ?
La Côte d’Ivoire est une destination de choix pour les investissements agricoles. Elle dispose : d’un fort potentiel agricole ; d’une diversité de productions selon les régions ; d’une garantie d’approvisionnement en matières premières. C’est un environnement propice pour développer des unités de transformation et créer de la valeur. Je remercie les autorités, notamment le ministre de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières, Bruno Nabagné Koné. L’ANACACI est prête à accompagner les actions du gouvernement. Nous organisons également, tous les deux ans, le Forum économique des coopératives agricoles. La prochaine édition sera la 10ᵉ. Ce sera une occasion importante pour renforcer les échanges et impulser une nouvelle dynamique au secteur.
Entretien réalisé par
Rodrigue Cofye & A. H.
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