Avec 12 100 dossiers de cybercriminalité enregistrés en 2024 en Côte d’Ivoire, la sécurité numérique s’impose comme un enjeu économique majeur. À mesure que les entreprises accélèrent leur transformation digitale, la multiplication des cybermenaces pose une question essentielle : comment innover sans exposer ses activités, ses ressources financières et la confiance de ses clients ? Cette problématique était au cœur de la première édition d’Orange Cyber Connect, ouverte, ce jeudi 5 novembre 2026 , à Orange Village, autour du thème : « La sécurité numérique, le cloud, la conformité et l’impact de l’intelligence artificielle (IA, deepfakes, phishing, failles) sur les entreprises.
La transformation numérique a un prix que les entreprises ne peuvent plus ignorer : celui de leur sécurité. Derrière la dématérialisation des services, l’automatisation des opérations et l’adoption croissante de l’intelligence artificielle se développe une autre réalité, moins visible, mais potentiellement coûteuse : la vulnérabilité des systèmes informatiques. Une cyberattaque ne se limite plus à une intrusion dans un réseau. Elle peut compromettre des données sensibles, interrompre des activités, provoquer des pertes financières et fragiliser durablement la réputation d’une entreprise. L’ampleur du phénomène donne la mesure du risque. Selon les chiffres du rapport de Comcast 2026 présentés par Mamadou Coulibaly, président du Conseil de surveillance d’Orange Cloud Cyber Solutions, le monde enregistre en moyenne 2 500 tentatives de cyberattaque par seconde. En Afrique, les organisations ont subi plus de 200 cyberattaques hebdomadaires en moyenne au premier trimestre 2025, soit 70 % au-dessus de la moyenne mondiale, selon Check Point Research. En Côte d’Ivoire, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a recensé 12 100 dossiers de cybercriminalité en 2024. Des statistiques qui montrent que le risque n’est plus une menace lointaine pour les économies africaines. Il s’inscrit désormais dans le quotidien des entreprises et des administrations. « Aucune organisation ne peut considérer le risque cyber comme une menace mondiale. Elle est avec nous dans nos quotidiens », a fait observer Mamadou Coulibaly.
Pour lui, le véritable défi consiste désormais à concilier accélération numérique et protection des activités. Car l’intelligence artificielle, si elle ouvre de nouvelles perspectives de croissance et de productivité, offre également de nouvelles possibilités aux cybercriminels. Les attaques gagnent en sophistication et en rapidité, réduisant parfois considérablement le temps dont disposent les organisations pour réagir. Dans ce contexte, attendre qu’une intrusion survienne avant de renforcer ses défenses revient à exposer son activité à des conséquences parfois irréversibles. La cybersécurité doit donc changer de statut dans les entreprises. « Elle n’est plus seulement une affaire de techniciens ou d’ingénieurs, elle relève de la gouvernance d’entreprise. Elle fait partie de la stratégie et de la responsabilité des dirigeants », a souligné le responsable d’Orange Cloud Cyber Solutions.

Autrement dit, protéger les infrastructures numériques doit désormais être considéré comme un investissement dans la continuité des activités et la préservation de la valeur économique. Cette exigence suppose également de ne pas dissocier connectivité, hébergement des données et sécurité informatique. C’est dans cette perspective qu’Orange Côte d’Ivoire a créé, en 2025, Orange Cloud Cyber Solutions. Cette entité entend accompagner les organisations dans leur transformation numérique à travers des offres de cloud, des dispositifs de sécurité et un centre opérationnel de sécurité (SOC), chargé notamment de la supervision des systèmes et de la détection des menaces. « Nous souhaitons être bien plus qu’un fournisseur. Nous voulons être un partenaire de choix, un acteur de proximité qui comprend vos enjeux et qui mobilise les expertises nécessaires et pertinentes », a indiqué Mamadou Coulibaly.
Mais la réponse technologique ne saurait, à elle seule, garantir la sécurité de l’écosystème. À l’ouverture de cette rencontre, Guelpétchin Ouattara, le général de brigade, a rappelé que la confiance constitue une condition fondamentale de l’innovation et de son adoption. « Il n’y a pas d’innovation, il n’y a pas d’adoption d’innovation s’il n’y a pas de confiance », a-t-il affirmé. Selon lui, cette confiance doit se construire à travers des mécanismes de sécurité effectifs et l’application de référentiels adaptés aussi bien dans les entreprises que dans les administrations publiques. Une manière de rappeler que la cybersécurité ne relève pas uniquement de la responsabilité des spécialistes, mais d’une mobilisation collective. C’est précisément l’ambition d’Orange Cyber Connect, qui entend faire de cette première édition un espace de confrontation des expériences et de partage d’expertises. Les discussions portent notamment sur les nouvelles menaces, les capacités de défense renforcées par l’intelligence artificielle, la veille stratégique sur les cybermenaces, la conformité et la préparation des organisations.
Au fond, l’enjeu dépasse la seule protection des ordinateurs et des réseaux. Il touche à la capacité des entreprises ivoiriennes à poursuivre leur développement dans un environnement numérique fiable. Car si la transformation digitale ouvre de nouveaux marchés et améliore la productivité, elle ne peut produire pleinement ses effets lorsque la sécurité et la confiance font défaut. Dans cette nouvelle économie, la cybersécurité n’est donc plus une dépense accessoire : elle devient une condition de pérennité.
Julien Koffi
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