Ébranlées par les récentes turbulences du marché, les autorités ivoiriennes entendent reprendre la main sur l’avenir de la filière cacao. Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Koné, a annoncé la tenue prochaine des assises nationales du cacao, ce jeudi 30 Avril 2026 , lors d’une intervention dans l’émission Appel sur l’actualité sur RFI avec Juan gomez .

Présentées comme une étape majeure pour redéfinir les bases d’un secteur stratégique, ces assises permettront de faire des propositions avec toutes les forces vives de la filière sur certains problèmes inhérents à la commercialisation de ce produit de rente. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire tire environ 14 % de son produit intérieur brut de cette culture, qui fait vivre près de six millions de personnes. Mais ces derniers mois, la filière a traversé une zone de fortes secousses marquée par la chute des cours internationaux, des difficultés de commercialisation, le blocage de stocks et une baisse sensible des revenus des planteurs.
Pour le gouvernement, ces assises devront permettre une analyse lucide des difficultés observées. « Il s’agit de poser les problèmes clairement, d’identifier les défaillances et de proposer des réponses durables », a indiqué le ministre Bruno Koné. Au-delà de la conjoncture, plusieurs fragilités structurelles sont régulièrement évoquées. Il s’agit des limites du mécanisme de stabilisation des prix, des difficultés d’accès au financement, des insuffisances logistiques, des défauts de traçabilité et l’exposition persistante des producteurs aux chocs du marché mondial. La question du revenu paysan devrait occuper une place centrale dans les discussions. Pour Koffi Kanga, représentant de l’Association nationale des producteurs de café-cacao (ANAPROCI), un rééquilibrage du système s’impose. « Les producteurs doivent être davantage protégés.

En période de crise, certains mécanismes soutiennent les industriels, mais les planteurs restent souvent les plus exposés », déplore-t-il. Parmi les pistes avancées figure le renforcement du fonds de stabilisation, afin de garantir les prix annoncés même en période de forte volatilité. Les travaux devraient également se pencher sur la vente anticipée, pilier du modèle ivoirien. Ce mécanisme permet de sécuriser un prix minimum garanti pour les producteurs avant la campagne. Longtemps salué pour sa stabilité, ce système a toutefois montré certaines limites, lors de la récente crise. Plusieurs experts appellent à améliorer la transparence, la régulation , ainsi que la coordination entre les différents acteurs de la chaîne. Autre priorité affichée , c’est d’accroître la transformation du cacao sur le territoire national. Environ la moitié de la production est aujourd’hui transformée localement. « Le gouvernement vise un taux de 75 % à l’horizon 2030. L’enjeu est de taille surtout capter davantage de valeur ajoutée, créer des emplois industriels et réduire la dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. Transformer localement, c’est renforcer notre souveraineté économique », soutient Bruno Koné.

Les questions environnementales figureront également au cœur des échanges. La filière cacao est régulièrement critiquée pour son impact sur la déforestation, tandis que les exigences internationales, notamment européennes, se renforcent. La transition vers un cacao durable passera notamment par le développement de l’agroforesterie, la généralisation des systèmes de traçabilité et la diffusion de meilleures pratiques agricoles. Producteurs, coopératives, exportateurs, industriels, établissements financiers et pouvoirs publics sont attendus autour de la même table.

L’objectif affiché est de bâtir une filière plus résiliente, plus juste et mieux armée face aux crises futures. Pour de nombreux observateurs, ces assises constituent une occasion rare de repenser en profondeur le modèle ivoirien du cacao. Au-delà de l’agriculture, c’est toute une part de l’économie nationale et les revenus de millions de familles qui sont en jeu.
Rodrigue Cofye
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