L’Afrique de l’Ouest Maintient sa Croissance Malgré la Crise du Détroit d’Ormuz

La BIDc est le bras financier de la CEDEAO
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Malgré les répercussions persistantes du conflit au Moyen-Orient sur le Continent, dont les conséquences rappellent les chocs exogènes provoqués par la pandémie de la COVID-19 et la crise Russo-Ukrainienne, l’Afrique de l’Ouest affiche de belles perspectives, estime la BIDC. En effet, après avoir enregistré des performances macroéconomiques exceptionnelles en 2025, portées par une croissance soutenue de l’activité économique, un ralentissement de l’inflation, une réduction du déficit budgétaire, une meilleure gestion de la dette et un excédent du solde du compte courant plus important, l’horizon semble moins sombre que les perceptions extérieures pessimistes pourraient le laisser penser. Explications.

Une progression timide mais tempérée face aux chocs exogènes

Selon les prévisions de la BIDC, le Produit Intérieur Brut (PIB) de l’Afrique de l’Ouest, qui a légèrement progressé de 10 points de base (bps) entre 2024 et 2025, grâce à la reprise observée dans le secteur agricole, aux exportations de matières premières et à l’intensification de l’activité dans le secteur des services, devrait, certes, retomber à 4,7% en 2026, en raison des pressions inflationnistes liées aux antagonismes géopolitiques dont le fait le plus notable reste, à l’heure actuelle, le durcissement du nœud gordien sur le Détroit d’Ormuz, mais rapidement remonter de 20 bps pour atteindre 4,9 % en 2027.

L’étude de la BIDC souligne, en outre, que l’inflation moyenne en Afrique de l’Ouest a chuté à 16,8 % en 2025 contre 25,3 % en 2024 (-850 bps) sous les effets combinés de la baisse des prix des denrées alimentaires, de l’énergie ainsi que de la stabilité des monnaies et qu’elle devrait non seulement danser sur un rythme plus lent mais aussi diminuer, d’après les données de la BIDC, de 570 bps d’ici fin 2026, puis encore de 90 bps entre décembre 2026 et décembre 2027.

indicateurs afrique de lOuest
Graphique : KOFFI-KOUAKOU Laussin

Concernant le solde budgétaire de la région, qui s’est amélioré pour s’établir à -2,6 % du PIB en 2025, contre -3,7 % en 2024, sous l’impulsion des actions conjointes menées pour une meilleure mobilisation des recettes, pour des réductions des dépenses et pour une baisse des charges d’intérêts dans certains pays, il devrait se détériorer et atteindre -3,5 % du PIB en 2026, en partie à cause des subventions et des réductions d’impôts visant à atténuer la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, avant de se bonifier pour s’établir à -2,9 % en 2027.

En diminution de 600 bps sur la période du 31 décembre 2024 au 31 décembre 2025, grâce à la relance de la croissance du PIB nominal, l’augmentation des recettes d’exportation et l’amélioration du déficit budgétaire, la dette publique globale de l’Afrique de l’Ouest devrait poursuivre sa dégression, d’après la BIDC. Enfin, le solde du compte courant de la région, qui est passé d’un modeste excédent de 0,3 % du PIB en 2024 à 1,8 % en 2025, du fait de l’augmentation des recettes d’exportation et de la baisse des importations, devrait atteindre 3,2 % du PIB en 2026, puis retourner, en 2027, au même niveau qu’en 2025.

ventilation PIB Afrique

Selon le Chef de la Division de la recherche et des études macroéconomiques de la BIDC, Dr Joseph Kwadwo Asenso, « le redressement macroéconomique enregistré par l’Afrique de l’Ouest en 2025 est encourageant, mais la reprise demeure fragile et insuffisamment inclusive. » Explique-t-il. « La priorité consiste désormais à préserver ces acquis, tout en veillant à ce que l’amélioration des performances économiques se traduise par des emplois productifs, une hausse des revenus et de meilleures conditions de vie. » Insiste-t-il.

La Côte d’Ivoire dans ses standards

En Côte d’Ivoire, « l’activité économique demeure robuste », peut-on lire dans le rapport de la BIDC. Dans le détail, le PIB réel de la locomotive de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a progressé de 50 bps entre 2024 et 2025, « grâce aux services (en particulier le commerce et les activités numériques), à la croissance industrielle soutenue par la construction, la nouvelle production d’hydrocarbures et la résilience de la production agricole, notamment celle du cacao ». Relève l’étude.

PIB et inflation 2025
Graphique : KOFFI-KOUAKOU Laussin

Pour 2026 et 2027, le bras financier de la CEDEAO prévoit une croissance, en léger fléchissement, mais néanmoins solide, soutenue par la vigueur de la consommation et de l’investissement privé, l’expansion de la production d’hydrocarbures, la poursuite du développement des infrastructures et la confiance, déjà acquise, des bailleurs de fonds internationaux dans le PND 2026-2030 , de 6,3 % du PIB de la terre d’éburnie, même si l’inflation moyenne, à 0,1 % en 2025, contre 3,4 % en 2024, « grâce à la baisse des prix des denrées alimentaires et à des conditions monétaires prudentes dans le cadre de l’UEMOA », indique la BIDC, devrait monter à 1,9 % en 2026, puis redescendre à 1,7 % en 2027.

Quant à la situation budgétaire de l’Etat Ivoirien, « elle a considérablement progressé », apprécie la BIDC. Dans les faits, le déficit budgétaire global s’étant réduit à 3 % du PIB l’année dernière, suite à « une forte mobilisation des recettes et un meilleur contrôle des dépenses », notifie le rapport, il devrait connaitre une hausse de 10 bps en 2026, avant de de revenir, en 2027, à son état de 2025.

compte courant dette et budget
Graphique : KOFFI-KOUAKOU Laussin

La dette publique, en diminution de 320 bps entre 2024 et 2025, devrait, de son côté, baisser de 150 bps en 2026 et en 2027. Cette tendance, analyse la BIDC, « traduit la persistance de la discipline budgétaire et la régularité de la croissance » du pays.

Alors qu’il était de -8 % en 2023 et de -4,5 % en 2024, le déficit courant, lui, s’est considérablement réduit pour s’établir à 1,1 % du PIB en 2025, « grâce à l’amélioration des modalités de commerce, en particulier la hausse des prix du cacao, et à l’augmentation des exportations de pétrole, parallèlement à une croissance modérée des importations », est il écrit noir sur blanc dans le document de la BIDC, et une bonne santé de l’industrie aurifère sur le territoire du 5e producteur d’or en Afrique de l’Ouest. Ce pourcentage devrait être le même en 2026. Néanmoins, il passera à -3,3 % en 2027, prévoit la BIDC.

chomage et travail 2025
Graphique : KOFFI-KOUAKOU Laussin
Dans un contexte incertain et anxiogène, l’exposition à la volatilité des prix des matières premières, en particulier du cacao et, de plus en plus, du pétrole, constitue un facteur de risque majeur pour l’économie Ivoirienne. Par ailleurs, les phénomènes météorologiques défavorables, susceptibles d’affecter la production de cacao, de noix de cajou et des cultures vivrières sont autant de risque qui pourraient entraver les performances de la Côte d’Ivoire et contredire les prévisions de la BIDC. L’impact de risques externes, comme le durcissement des conditions financières mondiales, les tensions géopolitiques, etc. sur les prix de l’énergie et les répercussions potentielles de l’insécurité régionale au Sahel sont également d’autres menaces pour l’investissement, le commerce et la stabilité macroéconomique chez le principal contributeur au PIB de l’UEMOA. Et ce, au moment où le pays multiplie les opérations de charme pour maintenir sa bonne image à l’échelle internationale. Ainsi, tant qu’à extrapoler ces considérations à toute l’Afrique de l’Ouest et moyennant quelques réserves, compte tenu des spécificités liées aux Etats et à la conduite de leurs politiques, « au-delà des interventions budgétaires à court terme des gouvernements, il est impératif de réfléchir attentivement au développement de capacités locales de raffinage du pétrole brut, de production d’engrais et de production alimentaire, afin de garantir une souveraineté à moyen et long terme. » Des propos partagés par le Président de la BIDC et de son Conseil d’Administration, Dr George Agyekum Donkor, auxquels nous souscrivons entièrement car, après tout, les chocs sont appelés à perdurer ! Pour rappel, la montée en puissance de la méga-raffinerie Dangote a permis au Nigeria d’approvisionner la région et le Continent en quantités substantielles de pétrole brut et raffiné au temps fort de la crise du Détroit d’Ormuz.

KOFFI-KOUAKOU Laussin

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