La BRVM pas épargnée par le conflit
48 heures à peine après le début, ce samedi, de l’opération militaire conjointe menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, ce rebond dans le conflit a eu une influence soudaine, mais contrastée, sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM).

En effet, suite à la hausse d’environ 9% des prix du pétrole brut engendrée par le conflit, une flambée des valeurs énergétiques a été constatée sur la place boursière commune aux 8 pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Les actions des sociétés pétrolières et de distribution d’énergie cotées à la BRVM ont connu une forte progression portée, par exemple, par l’évolution positive du cours de celles de Vivo Energy Côte d’Ivoire et de TotalEnergies Côte d’Ivoire qui ont enregistré, respectivement, un bond de 7,41% et de 7,14%.

En parallèle, des tensions ont été observées sur les autres secteurs, surtout sur les entreprises dépendantes du trafic aérien et du commerce. Parmi les indicateurs manifestes de cette pression négative extérieure née du conflit, la chute, de 6,61%, de l’action Servair Côte d’Ivoire, due à des annulations de vols, ainsi qu’à la fermeture de certains espaces aériens, et l’augmentation des coûts d’assurance maritime, qui pourrait entraîner, dans les jours à venir, une montée substantielle du coût des marchandises importées, expliquent le léger recul de 0,21%, reflet d’une prudence générale, de l’indice de référence de la 5e bourse la plus performante d’Afrique, le BRVM Composite.
L’Afrique de l’Ouest nage en plein paradoxe
Concernant l’Afrique de l’Ouest, en particulier, il n’est pas hasardeux, à l’heure actuelle, d’affirmer, d’ores et déjà que la durée, dans le temps, du conflit, qui unit actuellement les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, aura des répercussions complexes qui créeront assurément, à court terme, des gagnants et des perdants. Pourquoi ?
Bien que des découvertes majeures de gisements hydrocarbures et miniers ont été faites, ces dernières années, au Sénégal, au Ghana et en Côte d’Ivoire, la plupart des pays de la région, inclus ceux précités, demeurent des importateurs nets de produits pétroliers. En conséquence, dans l’espace de la Communauté Économique et Monétaire Ouest-Africaine (CEDEAO), la grimpée des cours du pétrole brut affecte directement le prix du carburant, des transports et, in fine, des denrées alimentaires. Résultat ? Dans le cas d’espèce, l’accroissement des coûts, causé par le conflit, nourrit une inflation importée dans ces Etats encore en quête de souveraineté énergétique.

A contrario, dans des Etats comme le Nigeria, ce type de situation est une opportunité. Géant de la sous-région, il est clair que le 1er producteur Africain de pétrole (1,46 mb/j à 1,51mb/j) pourrait bénéficier d’une croissance de ses recettes d’exportation à ce moment où le prix du brut, autour de 82 $/bbl (environ 46.000 FCFA le baril), est désormais bien supérieur aux 64,85 $/bbl (environ 36.500 FCFA le baril) de référence fixés dans son budget prévisionnel 2026.
Cependant, cette manne est à relativiser, car, comme le souligne, à juste titre, Olatide Jeremiah, le CEO de Petroleumprice, alors que « le Nigeria est le premier producteur de pétrole brut d’Afrique et possède simultanément la plus grande raffinerie du Continent », le pays de Aliko Dangote reste inféoder aux importations pour ses produits raffinés. De fait, la répercussion de cette antinomie, sur les transports, l’agriculture et l’industrie manufacturière, expose ses consommateurs, qui font déjà face à des coûts d’électricité élevés, à des tendances inflationnistes accrues.
En outre, il faut signaler que la région doit aussi gérer des risques internes. Les manifestations de la communauté chiite, intervenus en réaction de l’annonce de la mort du guide suprême Iranien, dans plusieurs États du nord du Nigeria, qui ont poussé les autorités à renforcer la surveillance, afin d’éviter que ce conflit étranger n’attise des tensions religieuses locales, en sont une parfaite illustration.
La dépendance énergétique de l’Afrique se fait encore ressentir
Selon le CEO de Dangote Industries Limited, l’Afrique importe, chaque année, plus de 120 millions de tonnes de produits pétroliers raffinés pour un coût global estimé à 51.000 milliards FCFA. Au-delà de l’Afrique de l’Ouest, l’ensemble du Continent est donc exposé. Et ce, sous différents angles.
Si dans un pays à l’économie diversifiée, mais importateur d’énergie, comme l’Afrique du Sud, l’impact principal d’un enlisement conflit sera la dépréciation de sa monnaie (le rand), une pression sur l’inflation et un risque renforcé de stagflation, en plus du Nigéria, les grands exportateurs Africains de pétrole, tels que l’Angola et la Libye, pourrait voir, malgré le risque d’inflation importée et de tensions sociales, leurs revenus potentiellement augmentés.
Chez les importateurs nets de pétrole, que sont le Kenya, le Rwanda, le Ghana, etc. pour ne citer qu’eux, le conflit les confrontera à un choc pétrolier direct avec pour effet une augmentation des coûts de transport, de l’inflation et une pression sur les réserves de change. Enfin, pour des économies, en développement, importatrices et enclavées, comme l’Ouganda, l’impact sera amplifié dans ces territoires dépendants du transport routier, et, de facto, du carburant, sur de longues distances.

Après le démarrage de ce nouvel épisode géopolitique, le cours de l’or noir a atteint son niveau le plus haut depuis le début du conflit Russo-Ukrainien. La conséquence la plus immédiate et partagée, en Afrique, du conflit qui dresse les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est la résurgence des pressions inflationnistes qui, à court terme, érodent le pouvoir d’achat des ménages et compliquent la tâche des banques centrales. De plus, l’incertitude ambiante a également une incidence sur les flux financiers et les investissements, puisqu’elle pousse, en pareilles circonstances, les investisseurs vers des valeurs refuges, ce qui entraîne une fuite des capitaux des marchés émergents et frontières, dont l’Afrique, affaiblit les monnaies locales et rend le service de la dette plus coûteux. En tout état de cause, l’urgence de développer les capacités de raffinage locales et d’accélérer la transition vers la diversification des sources d’énergies, pour se prémunir contre de tels chocs externes à l’avenir, parait plus que jamais évidente pour un Continent qui ne cesse de clamer qu’il veut combler son déficit d’accès à l’énergie.
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