Éditorial : L’Afrique Prend son Destin Energétique en Main

La BAE est la Banque Africaine de l'Energie

Pendant des décennies, les pays du Sud global, victimes quelque peu passives de la malédiction des pays riches en ressources naturelles, ont vu leurs dirigeants multiplier les vols aller-retour entre leurs capitales et Bretton Woods pour toquer aux portes de ses institutions, afin d’obtenir audiences, conseils et financements pour le développement de leurs infrastructures énergétiques. Cependant, depuis quelques années, la donne change bon gré, mal gré… Et même à l’insu de leur plein gré…

Premières touchées par la récurrence des catastrophes naturelles causées, selon le dogme répandu, par le changement climatique, alors qu’elles en sont, et de loin, les dernières responsables, les nations du Sud subissent, sous couvert de l’impératif de transition écologique, le diktat vert. Ce mouvement qui, sous le halo de la responsabilité, ferme les vannes de financement des gros projets liés à l’exploration, à l’exploitation et à la distribution d’énergies fossiles, sans réelle mise au vert pour, justement, permettre aux mises en cause les moins outillés de faire passer leurs signaux au vert.

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Pourtant, et il ne faut pas l’oublier, si l’Occident s’est industrialisé de manière rapide et soutenu, c’est en grande partie grâce au charbon, au pétrole… et autres ressources de l’Afrique à qui elle demande, exige, aujourd’hui, de passer directement et brutalement au « tout renouvelable », quand le Continent mère est confronté à des défis d’autosuffisance alimentaire, d’industrialisation, d’infrastructures, de Technologies — du constat des mêmes experts, institutions et organismes Occidentaux — et que 600 millions de ses fils et filles bénéficient encore difficilement des bienfaits de la fée électricité. « Historia saepe ingrata est », dans ce monde où le narratif dominant impose sa vérité au plus grand nombre, la BAE est-elle la version du Continent dans le récit d’une histoire souvent ingrate ?

« Pour l’Afrique, la BAE n’est pas un chant de révolte, mais plutôt un moyen d’assurer sa survie dans un monde au caractère bipolaire, capricieux, multipolaire, schizophrène… »

« Si vous ne financez pas notre développement, nous le ferons avec notre propre épargne et nos revenus pétroliers ! » Plus qu’une réponse, à contextualiser dans le présent, c’est que semble dire l’APPO, ses 18 pays membres et son principal partenaire sur ce projet, Afreximbank, à travers la mise en oeuvre progressive, mais suivie, de la BAE qu’ils brandissent d’ores et déjà à la fois, comme un bouclier souverainiste contre les sanctions, les ingérences, les pressions extérieures etc. d’une main, et telle une épée protectionniste défenseuse du contenu local à l’échelle nationale, régionale et continentale, en Afrique, de l’autre.

Amorcée avec une enveloppe avoisinant les 278 milliards FCFA, l’objectif avoué est de doter, très rapidement, la BAE d’une surface financière d’environ 2.800 milliards FCFA à court terme, avec un cap fixé à 66.750 milliards FCFA à atteindre dans les 5 ans, voire 10 ans à venir, afin que la BAE est les reins assez solides pour endosser le rôle de De-Risking — autrement dit, d’apporter les premiers 10% ou 20% d’un projet, qui, de facto, raffermiront la confiance des investisseurs privés Africains et internationaux — et de garantir son indépendance décisionnelle.

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Graphique : KOFFI-KOUAKOU Laussin
A la réception du siège provisoire de la BAE, Mamadou Sangafowa Coulibaly déclarait ce lundi, à Abuja, sur un ton confiant que « tout est réuni pour un lancement de la banque d’ici le mois de juin. Nous avons un siège fonctionnel, des actionnaires engagés. Il reste à constituer le conseil d’administration et à recruter l’équipe dirigeante pour démarrer les opérations. » Affirmait-il. Toutefois, cet optimiste suffit-il, à lui seul, à rassurer quand l’on sait que les besoins annuels en financement pour le développement d’infrastructures énergétiques et de l’accès universel à l’énergie, en Afrique, ne cessent de grimper ? D’après les données de la Chambre Africaine de l’Énergie (AEC), ils dépasseront les 111.250 milliards FCFA par an, d’ici 2030…

KOFFI-KOUAKOU Laussin

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