La transition énergétique mondiale place l’Afrique à un moment charnière de son histoire économique. Alors que le continent ne représente aujourd’hui moins de 5 % des émissions mondiales liées à l’énergie, pour 19 % de la population mondiale, il se retrouve pourtant au cœur des débats internationaux sur la décarbonisation. Selon le rapport The State of African Energy: 2026 Outlook Report, publié par la Chambre africaine de l’énergie, la part de l’Afrique dans les émissions énergétiques mondiales demeurera relativement modeste, autour de 9 % d’ici 2060, malgré une population qui atteindra près de 28 % du total mondial.
Pour NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre, cette réalité démontre que la responsabilité du continent dans le changement climatique reste limitée, rendant les appels à une élimination rapide et uniforme des combustibles fossiles à la fois irréalistes et inadaptés aux besoins africains. La priorité du continent demeure l’accès à l’énergie, condition essentielle du développement économique et social.
Un équilibre délicat entre croissance et décarbonisation
La transition vers des systèmes énergétiques à faible émission de carbone en Afrique est entravée par des déficits structurels majeurs : réseaux électriques insuffisants, infrastructures vieillissantes, faible capacité de transport et accès limité à une électricité fiable pour des millions de personnes. Dans ce contexte, la décarbonisation ne peut être envisagée sans un élargissement simultané de l’accès à l’énergie.
À cela s’ajoutent des défis financiers importants. La transition énergétique nécessite des investissements initiaux massifs, alors même que de nombreux pays africains peinent à mobiliser des capitaux, en raison de risques politiques perçus, d’incohérences réglementaires et de procédures administratives complexes. La dépendance aux exportations de combustibles fossiles oblige par ailleurs plusieurs économies africaines à trouver un équilibre délicat entre stabilité macroéconomique et transition vers les énergies propres.
L’hydrogène vert, un levier stratégique pour l’Afrique
Parmi les opportunités les plus prometteuses figure le développement de l’hydrogène vert. Selon le rapport 2026 Outlook, l’Afrique pourrait produire plus de 9 millions de tonnes d’hydrogène à faible teneur en carbone par an d’ici 2035, grâce à l’abondance de ses ressources solaires et éoliennes, à la disponibilité foncière et à sa proximité avec les marchés européens et internationaux.
Plusieurs pays se positionnent déjà comme des acteurs clés. La Namibie s’impose comme un leader régional avec des projets d’envergure, dont le projet Hyphen, estimé à 10 milliards de dollars, destiné à produire plus de 300 000 tonnes d’hydrogène vert par an pour l’exportation. L’Afrique du Sud, la Mauritanie, le Maroc et l’Égypte développent également des projets structurants, soutenus par des partenariats internationaux et des engagements d’investissement de plusieurs milliards de dollars.
La création de l’African Green Hydrogen Alliance (AGHA), qui compte désormais 11 pays membres, ambitionne de porter les exportations africaines d’hydrogène vert à 40 mégatonnes d’ici 2050, positionnant le continent comme un fournisseur clé de carburants propres.
Minéraux critiques : un atout décisif dans la transition mondiale
Au-delà de l’hydrogène, l’Afrique dispose d’un avantage stratégique majeur grâce à ses ressources abondantes en minéraux critiques — cobalt, cuivre, lithium, or et métaux du groupe du platine — essentiels aux technologies de la transition énergétique. La demande mondiale pour ces minéraux devrait quintupler d’ici 2035, plaçant les pays africains au cœur des chaînes de valeur mondiales.
La République démocratique du Congo, premier producteur mondial de cobalt, le Zimbabwe, le Mali, le Ghana et la Namibie figurent parmi les pays appelés à jouer un rôle déterminant. Toutefois, pour maximiser les retombées économiques, le rapport souligne la nécessité de progresser vers la transformation locale, le raffinage et la montée en gamme industrielle, plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières brutes.
Conditions de réussite
Pour libérer pleinement ce potentiel, NJ Ayuk insiste sur plusieurs priorités : la mise en place de cadres réglementaires stables, transparents et prévisibles ; le développement d’infrastructures régionales partagées ; le renforcement des compétences locales et le transfert de technologies ; le respect strict des droits humains, de l’environnement et des normes sociales.
Selon lui, la transition énergétique ne doit pas être perçue comme une contrainte imposée à l’Afrique, mais comme une opportunité historique de transformation économique, de création de valeur et de sortie durable de la pauvreté énergétique.
Le rapport The State of African Energy: 2026 Outlook Report est disponible en téléchargement et offre une analyse approfondie des trajectoires énergétiques possibles pour le continent.
Par NJ Ayuk, Président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie
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