Filière coton : 310 FCFA le kilogramme, l’État tente de redonner confiance aux producteurs

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Le signal envoyé aux cotonculteurs est celui de la continuité du soutien public. Pour la deuxième campagne consécutive, les prix d’achat sont maintenus, tout comme ceux des principaux intrants agricoles. Le sac de 50 kg d’engrais NPK reste fixé à 18 100 FCFA, celui de l’urée à 17 050 FCFA, tandis que les insecticides sont maintenus à 35 000 FCFA par hectare pour les sept traitements du cycle de production. « Dans ce contexte de marché difficile, le Gouvernement a décidé de reconduire ces prix. C’est un choix de soutien à nos producteurs », a déclaré Bruno Nabagné Koné.

Pour rendre cette décision possible, l’État mobilise 29,3 milliards de FCFA au titre de la campagne 2026-2027. Cette enveloppe comprend 22,5 milliards de FCFA destinés au complément de prix et 6,8 milliards pour le soutien aux intrants. Concrètement, le mécanisme de calcul de la filière établit le prix du premier choix à 246 FCFA le kilogramme. L’intervention publique apporte un complément de 64 FCFA pour le porter à 310 FCFA. Le même effort permet de relever le prix du deuxième choix de 221 à 285 FCFA le kilogramme. Mais derrière les chiffres de production, une réalité interpelle davantage : le coton ivoirien produit presque autant avec beaucoup moins de producteurs et de terres cultivées. En 2025-2026, la production nationale s’est établie à 310 307 tonnes, contre un objectif de 353 400 tonnes, soit 88 % de réalisation. Ce résultat reste proche des 311 000 tonnes de la campagne précédente et dépasse de 31,4 % les 236 183 tonnes enregistrées en 2022-2023, année durement frappée par les attaques de jassides. Le rendement moyen a, lui, progressé de 873 à 1 069 kg à l’hectare, franchissant à nouveau le seuil symbolique d’une tonne. « Pour la première fois depuis la crise des jassides, il dépasse donc à nouveau une tonne à l’hectare », s’est réjoui le ministre

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Toutefois, cette embellie agronomique ne doit pas occulter l’essoufflement humain et foncier de la filière. Le nombre de producteurs est passé de 106 011 en 2023-2024 à 79 979 en 2025-2026. Dans le même temps, les superficies emblavées ont chuté de 19 %, passant de 357 147 à 290 208 hectares. Les recettes brutes distribuées aux producteurs ont également légèrement diminué, de 95,3 à 94,6 milliards de FCFA. Et encore, ces montants ne représentent pas le bénéfice réel des exploitants, puisqu’il faut en déduire les dépenses engagées pour produire et, dans certains cas, rembourser les dettes liées aux intrants. « Les progrès accomplis dans les champs doivent se traduire par une amélioration durable de la situation des familles », a insisté Bruno Nabagné Koné. Un avertissement qui résume l’équation à laquelle la filière est confrontée : produire davantage ne suffit plus, encore faut-il que le coton permette à ceux qui le cultivent de vivre dignement de leur travail. Cette perte d’attractivité s’explique par plusieurs facteurs. Aux tensions internationales et aux fluctuations du dollar sur le marché de la fibre s’ajoutent les conséquences de la crise des jassides, les aléas climatiques et le poids des charges agricoles. La concurrence des cultures vivrières accentue également les arbitrages des exploitants. Face à cette situation, l’État rappelle avoir consacré près de 50 milliards de FCFA, au cours des trois dernières campagnes, au soutien des prix et à la maîtrise des coûts des intrants. Il entend également poursuivre le Projet de Résilience des Systèmes Cotonniers du Nord de la Côte d’Ivoire (RESCO), financé par l’Agence française de développement à hauteur de 40 millions d’euros et déployé dans 14 régions. Mécanisation, attelage animal, recherche avec le CNRA et amélioration des pistes rurales figurent parmi ses principaux axes d’intervention.

Autre dossier sensible : les arriérés de subventions évalués à 30,3 milliards de FCFA et préfinancés par les sociétés cotonnières. Leur règlement constitue, selon le ministre, une priorité gouvernementale. « Ces sommes ont été préfinancées par les sociétés cotonnières, ce qui pèse sur leur trésorerie », a-t-il expliqué, avant d’assurer que les démarches nécessaires étaient engagées pour apurer ces engagements. Un enjeu déterminant pour la trésorerie des sociétés, mais aussi pour leur capacité à honorer leurs obligations envers les producteurs.

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Pour la nouvelle campagne, les ambitions sont fixées à 352 300 tonnes de coton-graine, sur 327 500 hectares, avec un rendement moyen de 1 076 kg à l’hectare. Pour atteindre ces objectifs, Bruno Nabagné Koné appelle à une action simultanée sur la rémunération, la productivité et les charges. Il a notamment illustré l’incidence du rendement sur les recettes agricoles : au prix de 310 FCFA le kilogramme, une exploitation produisant 873 kg à l’hectare génère environ 271 000 FCFA de recettes brutes, contre près de 331 000 FCFA avec un rendement de 1 069 kg. Soit une différence de 60 000 FCFA par hectare, avant déduction des charges.

Au-delà de la prochaine récolte, c’est toute la chaîne de valeur que le gouvernement entend repenser. Un plan de relance est en préparation à travers le Conseil du coton et de l’anacarde, avec pour priorités l’amélioration des rendements, la qualité de la fibre et la restauration de la confiance des producteurs. Mais le défi est également industriel. La transformation locale, encore essentiellement limitée à l’égrenage, doit évoluer vers la filature, le tissage et la confection. « Le développement de la filature, du tissage et de la confection permettra de créer davantage d’emplois et de conserver dans notre pays une plus grande part de la richesse produite par le coton », a souligné le ministre.

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En maintenant les prix à 310 et 285 FCFA, l’État apporte une réponse immédiate aux préoccupations des cotonculteurs. Reste désormais à transformer cet effort financier en revenus réellement améliorés, en exploitations plus rentables et en producteurs durablement engagés. Car le véritable enjeu de cette campagne ne se mesurera pas seulement au tonnage récolté, mais aussi au nombre de familles qui trouveront encore dans le coton une raison de poursuivre leur activité.

Julien Koffi