La capacité des entreprises à rester compétitives dépendra de plus en plus de leur aptitude à renouveler les compétences et les méthodes de management. C’est l’un des principaux enseignements de la première édition du Forum des leaders de HEC Montréal, tenue ce lundi 2 novembre 2026 au Sofitel Hôtel Ivoire, à Abidjan.

Comment préparer les organisations aux transformations qui bouleversent l’économie mondiale ? Cette interrogation a nourri les réflexions de la première édition du Forum des leaders de HEC Montréal. Autour du thème : « Diriger quand les repères changent », cette rencontre a réuni des acteurs institutionnels, économiques et diplomatiques autour des nouvelles exigences du management et de la compétitivité. L’intelligence artificielle, la recomposition du marché du travail et les incertitudes internationales imposent, en effet, de nouvelles responsabilités aux dirigeants. Pour les organisations, l’enjeu ne consiste plus seulement à préserver leurs performances, mais à développer les capacités nécessaires pour anticiper les changements. Une transformation qui place les compétences humaines au premier rang des facteurs de réussite.
Le ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Adama Kamara, a insisté sur la nécessité de bâtir des équipes capables de soutenir durablement les ambitions économiques. « Dans l’incertitude, une organisation ne vaut que ce que valent ses équipes », a-t-il déclaré. Il a ainsi défendu une conception de l’entreprise dans laquelle les ressources humaines constituent un investissement prioritaire plutôt qu’une dépense ordinaire. Cette orientation suppose une évolution des politiques de formation et d’emploi. Le ministre a notamment appelé à mieux articuler les apprentissages avec les besoins réels du marché, à développer la formation continue et à préparer les travailleurs aux métiers émergents. Il a également rappelé que la productivité ne peut être durable sans une protection adéquate des salariés. « Un travailleur protégé est un travailleur productif », a-t-il souligné.
L’amélioration de l’employabilité des jeunes et l’accès des femmes aux fonctions de responsabilité ont également été présentés comme des conditions importantes d’une croissance plus inclusive. Pour HEC Montréal, ces défis justifient un rapprochement accru entre les établissements de formation et les économies africaines. Son directeur général, Federico Pasin, a mis en avant la nécessité de permettre aux talents locaux d’accéder à des formations de haut niveau sans être systématiquement contraints de s’expatrier. « Le talent d’ici doit avoir la possibilité de se former ici et de contribuer au dynamisme économique », a-t-il affirmé.
L’institution entend renforcer cette contribution à travers plusieurs projets développés en Côte d’Ivoire. Parmi eux figure l’École des dirigeantes et dirigeants Afrique, mise en place avec BEM Africa. Un programme de premier cycle est également prévu sur quatre années, réparties entre Abidjan et Montréal, à raison de deux ans dans chaque ville. À ces initiatives s’ajoutent des perspectives de collaboration dans la recherche, l’enseignement et la formation professionnelle en entreprise. Cette implantation s’inscrit dans un contexte où les perspectives économiques ivoiriennes offrent de nouvelles opportunités aux établissements d’enseignement supérieur et aux acteurs de la formation. Federico Pasin a notamment évoqué un produit intérieur brut qui devrait franchir le seuil des 100 milliards de dollars en 2026, avec une croissance supérieure à 6 %.

Pour accompagner cette dynamique, le renforcement du potentiel humain apparaît comme un enjeu majeur. La dimension internationale des mutations a, par ailleurs, été soulignée par l’ambassadrice du Canada en Côte d’Ivoire, Sandra Choufani. Selon elle, les responsables doivent développer des capacités d’adaptation et de mobilisation face aux bouleversements qui affectent les économies. « Le leadership doit rassembler, s’adapter et transformer l’incertitude en progrès », a-t-elle indiqué.
La diplomate a également insisté sur les possibilités de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Canada, en relevant les convergences entre les priorités du Plan national de développement ivoirien 2026-2030 et la stratégie canadienne pour l’Afrique. L’éducation, l’entrepreneuriat, l’inclusion économique et l’accès des femmes et des jeunes aux financements constituent, selon elle, des domaines propices à des partenariats renforcés.
Dans la même dynamique, Marie-Hélène Sultan, directrice du Bureau du Québec à Abidjan, a mis en garde contre une approche exclusivement technologique de la transformation des entreprises. Si les outils numériques et l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives en matière de productivité, ils ne sauraient se substituer au jugement et à la responsabilité des décideurs. « L’innovation doit être au service de l’humain », a-t-elle rappelé.


À travers cette première édition, HEC Montréal entend ainsi inscrire la question du leadership dans une réflexion plus large sur l’avenir des économies africaines. Un enjeu qui dépasse la seule performance managériale : dans un environnement concurrentiel, la capacité à former, retenir et valoriser les compétences pourrait devenir l’un des principaux déterminants de la croissance des entreprises ivoiriennes.
Julien Koffi
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