À l’occasion de l’inauguration de la Digital Farming School (DFS), samedi 31 octobre 2026 à Yamoussoukro, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a plaidé pour une modernisation accélérée du secteur agricole par le numérique.
Face aux défis de productivité, de mécanisation et de changement climatique, il estime que la digitalisation est désormais une nécessité pour préserver la compétitivité agricole de la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire doit franchir un nouveau cap dans le développement de son agriculture. C’est le message fort délivré par Bruno Nabagné Koné lors du panel organisé en marge de l’inauguration de la Digital Farming School (DFS), au Technopôle de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), à Yamoussoukro. Pour le ministre, l’agriculture ivoirienne, qui a historiquement constitué le moteur de la croissance économique et du développement social du pays, se trouve à un tournant décisif.
Elle représente environ 40 % des recettes d’exportation, 25 % du produit intérieur brut (PIB), en intégrant l’agro-industrie, et mobilise entre 40 et 50 % de la population active.Malgré ces performances, le secteur reste confronté à des insuffisances structurelles. « Nous avons travaillé avec les moyens du bord, avec la machette et la daba », a-t-il relevé, rappelant que le pays a pourtant réussi à devenir premier producteur mondial de cacao, avec environ 2 millions de tonnes, soit 40 % de la production mondiale.
La Côte d’Ivoire occupe également le premier rang mondial pour la noix de cajou, avec 1,4 à 1,5 million de tonnes, et des positions de premier plan dans les filières du caoutchouc naturel et de l’huile de palme. Mais ces performances ne doivent pas occulter les limites du modèle actuel. Le pays dispose en moyenne d’un tracteur pour 1 000 hectares et n’irrigue que 130 000 hectares sur un potentiel estimé à 3,4 millions d’hectares irrigables.
À ces contraintes s’ajoutent des rendements encore insuffisants, notamment dans le maïs et le cacao. Pour Bruno Nabagné Koné, l’amélioration de la productivité passe nécessairement par la mécanisation, la maîtrise de l’eau et l’adoption de solutions numériques.
Le ministre a également insisté sur la transition générationnelle dans le monde agricole. Les jeunes, davantage familiarisés avec les smartphones et les technologies, aspirent à exercer dans des conditions différentes de celles de leurs parents. Il a cité les avancées de la traçabilité du cacao, avec près de 90 % des producteurs identifiés et géolocalisés grâce à leur carte professionnelle, ainsi que le développement des paiements électroniques et des outils de conseil agricole dans les langues locales.
Prenant part à cette cérémonie placée sous la présidence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Adama Diawara, celui-ci a présenté la DFS comme une réponse à l’inadéquation entre la formation et l’emploi. Il a notamment relevé le contraste entre les 40,2 % d’emplois concentrés dans le secteur agricole et les quelque 5 % d’étudiants inscrits dans les filières agricoles.
La formation, articulée autour du numérique, de l’agronomie et de l’entrepreneuriat, entend contribuer à combler ce déficit de compétences.
L’ancien Premier ministre éthiopien Haile Mariam Dessalegn a également salué cette initiative, qui ouvre des perspectives pour le développement des compétences et l’innovation au service de l’agriculture africaine.
Avec 3 700 candidatures enregistrées pour seulement 50 places dans la première promotion, la DFS suscite déjà un réel intérêt auprès des jeunes. Pour Bruno Nabagné Koné, l’enjeu est désormais de faire du numérique un véritable levier de transformation, afin que l’agriculture ivoirienne ne se contente plus de ses performances en volume, mais gagne aussi en productivité, en résilience et en compétitivité.
Aimé Kouassi
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