Gabon : La GSMA plaide pour des smartphones moins chers afin d’accélérer l’accès à l’Internet mobile

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Malgré une couverture 4G de 95 % de la population, plus de la moitié des Gabonais n’utilisent pas encore l’Internet mobile. Dans un rapport publié le 29 octobre 2026 à Libreville, la GSMA préconise des réformes fiscales, la réduction du coût des smartphones et le développement des services publics numériques. À la clé, près de 190 000 nouveaux utilisateurs pourraient accéder à l’Internet mobile d’ici 2031.

Le Gabon dispose d’infrastructures de télécommunications relativement développées, mais peine encore à convertir cette couverture réseau en utilisation effective de l’Internet mobile. C’est l’un des principaux constats du nouveau rapport de la GSMA intitulé « L’économie numérique du Gabon : les réformes politiques qui stimuleront l’avenir numérique du Gabon », publié le 29 octobre 2026 à Libreville.

Selon cette étude, quatre Gabonais sur dix utilisent actuellement l’Internet mobile, alors que la couverture 4G atteint 95 % de la population. Ce décalage révèle l’importance du déficit d’usage, qui prive encore une partie importante de la population des possibilités offertes par les services numériques, notamment dans l’éducation, l’entrepreneuriat, la santé et l’accès aux services publics.

Pour réduire cet écart, l’organisation mondiale des opérateurs de téléphonie mobile appelle les autorités gabonaises à engager des réformes autour de quatre priorités : l’accessibilité financière des smartphones, la fiscalité des télécommunications, les investissements dans les infrastructures et le développement des services numériques.

Le coût des smartphones, un obstacle majeur

L’une des principales difficultés identifiées concerne le prix des téléphones intelligents. Parmi les adultes appartenant aux 40 % des ménages les plus pauvres du Gabon, 83 % possèdent un téléphone portable, mais seulement environ la moitié disposent d’un smartphone.

La GSMA relève notamment une différence de fiscalité entre les équipements numériques. Les smartphones sont soumis à une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 18 %, contre 10 % pour les ordinateurs portables et de bureau.

Face à cette situation, l’organisation recommande une réduction de la TVA sur une catégorie clairement définie de smartphones d’entrée de gamme, ainsi que la mise en place de mécanismes de financement flexibles pour faciliter leur acquisition.

L’expérience sud-africaine est présentée comme un exemple. Selon une analyse de la GSMA, la suppression d’une taxe d’accise de luxe de 9 % sur les smartphones vendus à moins de 2 500 rands a contribué à la vente d’environ 1,1 million d’appareils d’entrée de gamme supplémentaires au cours des onze premiers mois.

190 000 nouveaux utilisateurs attendus d’ici 2031

Les réformes proposées pourraient avoir des retombées importantes sur l’économie gabonaise. Selon les projections de la GSMA, elles permettraient de faire passer le nombre d’abonnés uniques à l’Internet mobile de 1,06 million en 2026 à 1,48 million en 2031, contre 1,30 million en l’absence de réformes.

Le rapport évoque également environ 190 000 personnes supplémentaires susceptibles d’accéder à l’Internet mobile grâce à ces mesures. Les retombées économiques pourraient compenser les coûts des réformes dès 2028 et générer, à l’horizon 2031, une augmentation nette d’environ 63 milliards de FCFA des recettes publiques annuelles.

« Le Gabon a mis en place des bases solides pour assurer la connectivité. La prochaine étape consiste à rendre celle-ci accessible et utile à un plus grand nombre de personnes », a déclaré Angela Wamola, responsable de la GSMA pour l’Afrique.

Elle estime que l’accès à des smartphones abordables, le développement des compétences numériques et la possibilité d’utiliser les services publics depuis un téléphone constituent des leviers essentiels pour élargir l’inclusion numérique.

Les services publics numériques comme levier d’adoption

Au-delà de l’équipement, la GSMA insiste sur la nécessité de développer des services numériques répondant aux besoins quotidiens des populations.

Le Gabon a déjà engagé des initiatives dans ce domaine, notamment avec la dématérialisation des procédures douanières et la plateforme fiscale en ligne Digitax. L’organisation recommande de poursuivre cette dynamique en facilitant les paiements, les démarches administratives ainsi que l’accès aux services de santé et d’éducation depuis les téléphones mobiles.

La formation aux compétences numériques constitue également une priorité, particulièrement pour les populations à faibles revenus vivant dans les petites et moyennes villes.

Le pays dispose par ailleurs d’un atout avec la monnaie mobile : 62 % des adultes possèdent un compte de mobile money. Cette pénétration pourrait favoriser le développement des paiements numériques et des services financiers accessibles par téléphone.

Réduire la pression fiscale sur les opérateurs

La GSMA attire également l’attention sur les charges supportées par les opérateurs de télécommunications. Les prélèvements sectoriels représentent actuellement 11 % de leur chiffre d’affaires brut. Pour favoriser les investissements, elle préconise leur réduction progressive à 3 %, une simplification du régime fiscal applicable au secteur et des exonérations de TVA pour certaines infrastructures numériques stratégiques, notamment les centres de données.

L’organisation recommande aussi l’adoption des textes d’application relatifs aux communications électroniques, aux transactions électroniques et à la cybersécurité. La publication d’une feuille de route sur le spectre radioélectrique, la transparence dans la gestion du Fonds de service universel et la réduction des coûts d’exploitation des sites ruraux figurent également parmi ses propositions.

Sur ce dernier point, la couverture 4G en milieu rural est estimée à 70 %, ce qui souligne les efforts restant à accomplir pour réduire les disparités territoriales.

Pour la GSMA, plusieurs mesures prioritaires pourraient être engagées dans un délai de six mois sans entraîner de coûts directs importants pour les finances publiques.

Au moment où le Gabon poursuit le développement de ses infrastructures, notamment avec le déploiement de la 5G, le véritable enjeu consiste désormais à transformer la couverture réseau en accès effectif aux services numériques. Une évolution qui suppose de rendre les équipements plus accessibles, de renforcer les usages et de créer un environnement favorable aux investissements privés.

Aimé Kouassi