La Côte d’Ivoire franchit un nouveau cap dans la diversification de son mix énergétique. Inaugurée le 5 novembre 2026 à Ayébo, dans le département d’Aboisso, la centrale à biomasse BIOVEA, d’une capacité de 46 MW, est présentée comme la plus grande infrastructure de ce type en Afrique de l’Ouest. Un investissement de plus de 150 milliards de FCFA qui entend faire des résidus agricoles une nouvelle richesse énergétique et économique.

La Côte d’Ivoire élargit ses sources de production d’électricité en misant sur la valorisation de ses ressources agricoles. Le jeudi 5 novembre 2026, le Gouvernement a procédé à la mise en service officielle de la centrale à biomasse BIOVEA d’Ayébo, dans la région du Sud-Comoé. La cérémonie s’est déroulée sous la présidence de la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nialé Kaba, représentant le Premier ministre, en présence du ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ainsi que de plusieurs personnalités politiques, administratives et économiques.
Avec une capacité installée de 46 mégawatts (MW), cette infrastructure constitue la plus importante centrale électrique d’Afrique de l’Ouest fonctionnant exclusivement à partir de résidus agricoles. Elle devrait injecter annuellement près de 336 gigawattheures (GWh) dans le réseau national, correspondant aux besoins en électricité d’environ 1,7 million de personnes.

Au-delà de sa contribution à la production électrique, BIOVEA marque une évolution dans le modèle énergétique ivoirien : transformer les déchets issus de l’agriculture en ressources productives. La centrale valorisera ainsi près de 450 000 tonnes de résidus de palmier à huile, provenant notamment de PALMCI et des producteurs locaux. Une approche qui établit un lien direct entre les filières agricoles et le secteur énergétique.
Pour le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly, cette réalisation concrétise une ambition engagée depuis la pose de la première pierre en juillet 2023. « Nous portions alors une ambition forte : celle de faire de nos ressources agricoles un levier supplémentaire de production d’électricité et de développement d’une économie circulaire. Aujourd’hui, cette ambition devient une réalité industrielle », a-t-il déclaré. Dans un contexte de progression soutenue de la demande nationale en électricité, le ministre a souligné que cette nouvelle infrastructure viendra renforcer les capacités du système électrique. Il a également annoncé la construction prochaine de deux autres centrales à biomasse, l’une alimentée par les résidus de cacao à Divo et l’autre par les tiges de coton à Boundiali.

Les retombées attendues concernent également le monde rural. Selon la ministre d’État Nialé Kaba, plus de 12 000 planteurs devraient bénéficier de revenus supplémentaires grâce à la commercialisation de leurs résidus agricoles. Le projet prévoit par ailleurs la création de plus de 1 000 emplois directs et indirects pérennes. Les cendres issues du processus de combustion seront réutilisées comme fertilisants agricoles, tandis que l’exploitation de la centrale devrait permettre d’éviter près de 4,5 millions de tonnes de CO₂ sur sa durée de vie.
D’un coût supérieur à 150 milliards de FCFA, BIOVEA est le fruit d’un partenariat entre EDF, Meridiam et le groupe SIFCA, avec le concours financier de Proparco et de l’Emerging Africa Infrastructure Fund. Sa construction a été confiée à China Energy Engineering Corporation (CEEC). Depuis le démarrage du chantier en 2022, plus de 750 personnes issues des collectivités locales ont participé aux travaux, selon la direction générale de BIOVEA.

Pour le Gouvernement, cette mise en service s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification du mix énergétique, après les investissements dans l’hydroélectricité, la thermique et le solaire. Nialé Kaba a rappelé que le taux d’accès à l’électricité, estimé à 33,1 % en 2011, dépasse désormais 99 %. Elle a toutefois insisté sur la nécessité de faire profiter les producteurs agricoles des retombées de cette nouvelle activité, appelant les responsables de BIOVEA à garantir une rémunération juste et transparente des planteurs.

Avec Ayébo, la Côte d’Ivoire ne se contente donc pas d’ajouter une nouvelle capacité de production à son réseau électrique. Elle ouvre également une nouvelle perspective de valorisation industrielle de ses déchets agricoles, dans un contexte où la sécurité énergétique, la transition écologique et l’amélioration des revenus ruraux constituent des enjeux majeurs pour son économie.
Julien Koffi
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