La plus vieille mine d’or de Côte d’Ivoire livre ses secrets
Ce matin-là, dans cette place forte de l’or Ivoirien, nous avons voulu en savoir plus sur la gestion et l’exploitation de la mine d’Ity. Après des premiers échanges enrichissants avec Laetitia Gadegbeku-Ouattara, Directrice Pays de Endeavour Mining et ardente défenseure du développement du contenu local minier en Côte d’Ivoire, en Afrique de l’Ouest et sur tout le Continent, nous poursuivons la discussion avec un autre gardien de cette réserve à ciel ouvert. Son nom : Drissa Soro.
Directeur Général de la Mine d’Ity, il a été distingué, 4 mois avant notre passage sur son site, du Prix du « Manager de l’Année » (catégorie entreprise internationale) pour ses performances et la gestion des grands projets miniers, lors du forum économique annuel du secteur privé en Côte d’Ivoire organisé par le patronat Ivoirien : CGECI Academy 2025. A coeur ouvert, l’homme, dont le regard porte, à la fois, la fierté du passé, la pression du présent et la foi dans le futur, livre les recettes de la longévité de cette exploitation aurifère pilotée, depuis 2017, par son principal actionnaire (85 % de parts dans le capital), Endeavour Mining.
« La véritable renaissance est venu avec le programme d’exploration lancé par Endeavour Mining… » Drissa Soro, DG de la Mine d’Ity
D’entrée de jeu, le géologue et ingénieur minier, formé à l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro (INP-HB) nous révèle, que la plus vieille mine d’or de Côte d’Ivoire a coulé son premier lingot un peu moins d’un an après le démarrage des activités sur le site. « La doyenne, oui, c’est nous ! » Dit-il en esquissant un sourire tout en désignant du doigt, dans le même temps, les installations tentaculaires qui vibrent sous le soleil, ce jour-là. Et pour cause. Depuis le premier coup de pioche, l’histoire s’écrit en lettres d’or, sur la mine d’Ity.

En effet, au cours de cette épopée de plus de 20 ans d’exploitation en continue, plus de 1,4 million d’onces du sacré minerai ocre ont été extraits. Cependant, « la véritable renaissance », insiste Drissa Soro sur un ton plus technique, est venu avec le programme d’exploration, lancé par Endeavour en 2017, qui a permis la découverte de près de 3,5 millions d’onces d’or. « Cela nous a permis de métamorphoser une petite exploitation, à l’espérance de vie limitée, en ce site moderne, performant et durable, que vous voyez aujourd’hui. » Souligne-t-il.
« Notre usine CIL nous permet d’extraire 99% de l’or contenu dans les roches… » Roméo Keffa, Directeur Supply Chain de la Mine d’Ity
Entre 2 questions, Drissa Soro nous donne des éclaircissements sur des aspects opérationnels de l’exploitation. Par exemple, « concernant les résidus et produits annexes, nous récupérons et exportons du cuivre depuis 2013, grâce à une nouvelle unité que nous avons acquises. » Précise-t-il. Toutefois, le joyau Technologique qui retient notre attention, c’est cette immense structure que nous découvrirons plus tard, dans la journée : L’usine « Carbon in Leach » (CIL). Construite par Endeavour, cette unité tourne à plein régime depuis le 2e trimestre 2019. « Elle nous permet d’accélérer le processus et d’atteindre des taux de récupération bien supérieurs, même sur les minerais les plus complexes, ceux qui contiennent du carbone organique, tout en réduisant nos coûts. » Explique-t-il.


Roméo Keffa, le Directeur Supply Chain, ajoute, chiffres à l’appui, que cette usine CIL est une source inestimable d’efficacité « Elle nous permet d’extraire jusqu’à 99 % de l’or contenu dans la roche mère. » Affirme-t-il. Quant à la question du recours au cyanure pour la lixiviation — le processus (naturel ou industriel) de dissolution et d’entraînement de substances solides (minéraux, polluants, nutriments) par un liquide — pour l’extraction de l’or (après concassage primaire, broyage et épaississement), il assure que son usage est rigoureusement encadré.

« Le cyanure, que nous utilisons pour la lixiviation, est évidemment un sujet sensible. Cependant, sachez que chaque goutte utilisée est régie par un cadre réglementaire national et international des plus stricts. Rien n’est laissé au hasard ! » Rassure-t-il.
« Rien que pour la phase d’exploration, l’enveloppe va de 20 millions $ à 50 millions $… » Laetitia Gadegbeku-Ouattara, DG Endeavour Mining CI
Dans la salle de réunion, le débat prend une autre tournure. Une tournure qui conduit à l’ouverture du volet financier des opérations dont, il faut le signifier aux non initiés, les montants divulgués donnent le vertige, surtout dans un pays comme la Côte d’Ivoire qui met l’accélérateur sur l’exploitation des richesses de sous-sol depuis peu.
« Rien que pour l’exploration, l’enveloppe peut aller de 10 milliards FCFA à 30 milliards FCFA ! » Signale Laetitia Gadegbeku-Ouattara pour donner une idée des sommes colossales injectées dans ce type de projet, dès la phase d’amorçage. Cette première estimation, communiqué par la Directrice Pays de Endeavour Mining en Côte d’Ivoire soulève, logiquement, une autre interrogation dans notre esprit : Comment le groupe finance-t-il ses géants de métal ? Dans son intervention claire, mais directe, Oumar Sall, le Directeur Financier de la Mine d’Ity, dénoue ce noeud gordien dans notre tête :

« Notre activité est vorace en capitaux. C’est vrai, elle exige des investissements conséquents. Cependant, la particularité des mines, c’est qu’on est assez liquide ! Aujourd’hui, les cours de l’or atteignent des niveaux historiques et astronomiques. Or, la Mine d’Ity est l’une des plus rentables. On a pas recours à des financements externes pour le fonctionnement courant, sauf, et exceptionnellement, pour l’exploration, pour l’extension ou la construction de mines, comme ce fut le cas pour Lafigué et, maintenant, pour Assafou. C’est généralement dans ces cas de figure que nous sommes, éventuellement, amenés à solliciter des financements. » Clarifie-t-il.
« Le budget d’exploration de Endeavour Mining Group avoisine les 55,6 milliards de FCFA. Chaque investissement est soumis à un arbitrage minutieux, en amont. » Complète Stanislas Albert, le Vice-Président chargé de la Communication du Groupe Endeavour Mining, présent au moment de notre visite de la Mine d’Ity.
« En tant que entreprise cotée à la Bourse de Londres, membre du FTSE 100, nous faisons partie d’une Task Force Cyber… » Stanislas Albert, VP Communications Endeavour Mining Group
Alors que la mine creuse toujours plus profond dans le sol, une autre bataille se joue dans le monde invisible, celui de l’immatériel : Le cyberespace. Dans cette guerre où chaque victoire compte, Eric Fegbo, le Directeur Informatique de la Mine d’Ity, est en première ligne. Interrogé sur la politique de cybersécurité et de cyberprotection des données de ce coffre fort, il déclare que des investissements massifs — en matériel et en capitaux — sont faits pour prévenir les attaques et accroître le niveau de sensibilisation des équipes.

Il rajoute : « Les tentatives d’intrusion, nous en subissons, mais, jusqu’ici, aucune attaque (cyber) n’a réussi. Elles ont toutes été déjouées ! » Stanislas Albert renchérit : « Notre cotation au FTSE 100 à Londres nous impose une vigilance de tous les instants. A ce titre, nous faisons partie d’une Task Force Cyber. »
« Pour manager une mine, il faut penser hors de la boîte… » Drissa Soro, DG de la Mine d’Ity
Les discussions théoriques laissent place à l’immersion totale. Casque sur la tête et chaussures de sécurité aux pieds, nous plongeons dans le ventre de la bête. Extraction brute, archivage des carottes, les carrières béantes, l’unité de recyclage des déchets et de récupération du cyanure, centre de contrôle et de monitoring, unités de concassage, de broyage, cuves, lixiviation, systèmes électrique et hydraulique, etc. Lors de cette odyssée, tout nous est montré, dans le respect, bien sûr, des règles HSE.







Ce tour complet du propriétaire effectué, nous comprenons mieux l’essence de la phrase qui dit qu’une usine ne dort jamais, encore moins une mine. Cela nous pousse à demander à Drissa Soro, l’homme qui porte sur ses épaules la responsabilité de ce site qui ne ferme jamais l’oeil, comment il arrive, depuis des années, à chorégraphier une tel ballet ? Selon ses dires, si les règles HSE sont son principal défi, en termes de culture d’entreprise, la clé, c’est les équipes, l’habileté mise dans la création d’une dynamique de cohésion et de partage de vision avec les chefs de département et, le plus important, la manière d’aborder les problèmes. « Pour manager une mine, il faut constamment sortir des sentiers battus. Il faut adopter une approche non conventionnelle, créative et originale, se défaire des limites imposées par la conception rationnelle et les préjugés, penser hors de la boite tout simplement ! » Confie-t-il et c’est peut-être dans ces mots que se trouve le secret pour dénicher les pépites. Dans la 3e partie de ce grand reportage, nous vous ferons découvrir l’engagement RSE de Endeavour Mining pour les localités impactées par l’activité de la Mine d’Ity et leurs populations.
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