À l’occasion de la Journée ivoirienne, organisée ce jeudi 26 février 2026 au Salon international de l’Agriculture de Paris autour du thème « Créativité et innovations continues au service d’une agriculture ivoirienne résiliente et durable », le ministre ivoirien de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Koné, a livré un diagnostic sans détour sur les défis structurels du secteur.
« Il y a un paradoxe », a déclaré le ministre devant les participants. « On dit souvent que notre agriculture n’est pas financée. En réalité, elle l’est à hauteur de 6 %, mais ces 6 % vont essentiellement aux grandes entreprises. Il faut revoir cela. »
Par cette affirmation, le chef de délégation ivoirienne a mis en lumière l’un des déséquilibres majeurs du système agricole national : l’accès inégal au financement. Si des ressources existent, leur distribution ne bénéficie pas suffisamment aux petits producteurs et aux exploitations familiales, pourtant piliers de la production vivrière et d’exportation.
Pour Bruno Koné, la réforme du financement agricole constitue donc une priorité stratégique. « Nous sommes en train d’y travailler », a-t-il assuré, évoquant notamment la mise en place de mécanismes d’assurance agricole mieux adaptés aux réalités locales.
L’assurance agricole figure parmi les instruments clés pour renforcer la résilience du secteur face aux aléas climatiques et aux fluctuations des marchés. En réduisant les risques pour les producteurs comme pour les institutions financières, elle pourrait favoriser un meilleur accès au crédit.
Autre chantier majeur : le foncier rural. La sécurisation des terres agricoles demeure un enjeu central pour stimuler l’investissement et moderniser les exploitations. Sans titres clairs ni garanties suffisantes, l’accès au crédit reste limité et les projets d’envergure peinent à se concrétiser.
« L’aspect crédit, l’aspect durabilité… ce sont des sujets sur lesquels nous devons agir rapidement », a insisté le ministre, soulignant l’urgence d’une approche globale et cohérente.
Au cœur des préoccupations : la filière cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial. Bruno Koné a appelé à anticiper les difficultés actuelles et futures.
« Nous avons intérêt à travailler dès maintenant sur le cacao. Trouver des solutions à long terme pour éviter la situation qui prévaut en ce moment », a-t-il affirmé.
Face aux défis liés aux prix internationaux, aux exigences croissantes en matière de durabilité et aux impacts du changement climatique, le gouvernement entend engager une réflexion de fond. L’objectif est clair : préserver la position de leader du pays tout en garantissant des revenus plus stables et plus équitables aux producteurs.
Vers une agriculture plus inclusive et durable
Au-delà des constats, l’intervention de Bruno Koné au SIA 2026 traduit une volonté politique affirmée : bâtir une agriculture ivoirienne plus inclusive, mieux financée et plus résiliente.
Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude économique et les défis climatiques, la Côte d’Ivoire entend transformer ses vulnérabilités en opportunités. La réforme du financement, la mise en place d’outils d’assurance performants, la sécurisation foncière et la modernisation des filières stratégiques constituent autant de chantiers prioritaires.
À Paris, la Journée ivoirienne n’a pas seulement célébré les performances agricoles du pays ; elle a aussi ouvert le débat sur les réformes nécessaires pour inscrire durablement l’agriculture ivoirienne sur la voie de la compétitivité et de la justice sociale.
Aimé Kouassi
à Paris
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