De violents affrontements ont éclaté ce jeudi 26 février 2026 au Garbal d’Anyama, site dédié à la vente de bétail dans le district d’Abidjan. À l’origine des tensions : un différend opposant les acteurs de l’Interprofession des petits ruminants (INTERPRU) à ceux de la filière des gros ruminants, autour du contrôle et de la gestion du site.
Selon plusieurs sources concordantes, des membres du groupement dit de « Potcho » auraient empêché le président du Conseil d’administration de l’INTERPRU, le Général Soumahoro Gaoussou, d’installer officiellement les équipes de sa filière sur le site. L’incident a provoqué une vive tension entre les deux camps, révélant un conflit latent au sein du secteur du bétail.
Un site stratégique au cœur des enjeux économiques
Le Garbal d’Anyama constitue un maillon essentiel du commerce du bétail dans le district d’Abidjan. Il accueille quotidiennement des cargaisons de bovins, ovins et caprins destinés à l’approvisionnement des marchés et abattoirs.
Or, la gestion des flux financiers liés à l’activité du site cristallise les tensions. Selon les responsables de la filière des petits ruminants, une redevance de 85 000 francs CFA est prélevée sur chaque déchargement de camion transportant des ovins ou caprins. En l’absence de représentants de leur interprofession sur le terrain, ces encaissements seraient actuellement effectués par des acteurs affiliés à la filière des gros ruminants.
Pour l’INTERPRU, cette situation constitue une anomalie qu’il convient de corriger afin d’assurer transparence, traçabilité et meilleure organisation du secteur.
Un conflit entre interprofessions
Le différend oppose principalement : L’Interprofession des petits ruminants (INTERPRU), dirigée par le général Soumahoro Gaoussou ;
L’interprofession des gros ruminants, conduite par Issaka Sawadogo, active sur le site d’Anyama.
Les petits ruminants (ovins et caprins) constituent une filière distincte des gros ruminants (bovins, équidés et autres grands animaux). Cette séparation structurelle a été formalisée lors de l’assemblée générale constitutive de l’INTERPRU, tenue le 6 septembre 2024 sous l’égide du ministère des Ressources animales et halieutiques.
L’INTERPRU affirme que les textes réglementaires, y compris un décret en vigueur, autorisent l’ensemble des acteurs reconnus à exercer sur le site. Cependant, selon ses responsables, des représentants du district auraient opposé une fin de non-recevoir à leur installation, avançant que le site relèverait de leur administration.
La volonté de réforme de l’INTERPRU
Depuis son élection, le général Soumahoro Gaoussou a engagé une tournée nationale afin d’évaluer les défis de la filière et d’assainir les pratiques jugées irrégulières.
Dans une déclaration publique en octobre 2024 à Abidjan, il avait annoncé sa détermination à : Moderniser l’élevage des petits ruminants ; Organiser les circuits de commercialisation ;
Mettre en place des mécanismes transparents de collecte des redevances ; Réduire les coûts des produits sur le marché.
Il avait également plaidé pour une collaboration sincère avec les autres acteurs du secteur, dans le cadre de la politique de lutte contre la vie chère prônée par le président de la République, Alassane Ouattara.
Enjeux de gouvernance et de transparence
Pour les responsables des petits ruminants, leur présence sur le site d’Anyama permettrait : D’identifier précisément les vendeurs et opérateurs ; D’établir des statistiques fiables sur les flux d’animaux ; De mieux contrôler les encaissements liés aux redevances ; D’assurer une meilleure représentativité de leur filière.
Ils dénoncent ce qu’ils qualifient d’« ingérence » et appellent à un arbitrage des autorités compétentes afin de clarifier définitivement la gouvernance du site.
Un secteur stratégique pour l’économie nationale
La filière bétail-viande en Côte d’Ivoire est structurée autour de trois branches stratégiques : la filière lait, les gros ruminants et les petits ruminants. Elle représente un levier important pour la sécurité alimentaire et l’emploi.
Les événements survenus au Garbal d’Anyama illustrent toutefois les défis persistants en matière d’organisation, de transparence et de coordination entre acteurs.
En attendant une médiation officielle, les professionnels appellent au calme et à un dialogue inclusif afin d’éviter toute escalade susceptible de perturber l’approvisionnement des marchés et d’impacter les consommateurs. L’évolution de cette crise sera suivie de près par les autorités administratives et les organisations professionnelles du secteur.
Aimé Kouassi
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