Le secteur du transport terrestre en Côte d’Ivoire est traversé par des tensions de plus en plus perceptibles, bien que peu affichées. Au cœur de ces crispations , des accusations persistantes de concurrence jugée déloyale, visant certaines compagnies étrangères, et qui alimentent un désaccord de fond entre le ministère des Transports et les organisations professionnelles du secteur.
Depuis plusieurs semaines, les échanges se multiplient entre les autorités et les faîtières du transport routier. Le Haut Conseil du Patronat des Entreprises de Transport Routier de Côte d’Ivoire, dirigé par Diaby Ibrahim, conduit des discussions avec différents acteurs, notamment l’Association Patronale des Entreprises de Transport Terrestre de Côte d’Ivoire (APETT-CI). Officiellement, il est question de régulation du marché et de conditions d’attribution des autorisations d’exploitation. Mais derrière ces concertations, les inquiétudes s’intensifient chez de nombreux transporteurs ivoiriens. Ces derniers dénoncent une montée en puissance d’opérateurs étrangers sur des axes aussi bien nationaux que sous-régionaux, une évolution qu’ils jugent déséquilibrante pour l’écosystème local. Sous couvert d’anonymat, un professionnel du secteur évoque une pression croissante exercée par ces entreprises, souvent mieux structurées sur les plans financier et logistique. Selon lui, certaines s’implantent progressivement sur des lignes déjà exploitées par des sociétés locales, avec pour conséquence un affaiblissement de ces dernières.
Il pointe également des stratégies de contournement de la réglementation, notamment à travers le recours à des entités locales servant de façade à des intérêts étrangers. Cette situation fragiliserait plusieurs entreprises nationales, dont certaines seraient en grande difficulté. Face à ce constat, des voix s’élèvent pour réclamer un encadrement plus rigoureux du secteur. Parmi les pistes évoquées figure la suspension temporaire de certaines autorisations d’exploitation, en particulier dans le domaine du télétransport, sur une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans. Une mesure qui viserait à offrir un répit aux opérateurs locaux afin de consolider leur compétitivité. Pour l’heure, les discussions se poursuivent entre le Patronat et le ministère des Transports. Sur les accusations visant certaines entreprises, notamment la société SONEF, les responsables du Haut Conseil préfèrent rester discrets.
Diaby Ibrahim n’a pas souhaité commenter publiquement, évoquant la sensibilité des négociations en cours. Même réserve du côté de l’APETT-CI. Son secrétaire général, Soumaré Ibrahima, indique ne pas être habilité à s’exprimer officiellement sur ce dossier sans mandat préalable de son organisation. La rédaction a également tenté de joindre la société SONEF pour recueillir sa position. Sans succès. Un responsable contacté par téléphone a écourté l’échange dès les premières questions, avant de ne plus être joignable.
En coulisses, certains acteurs plaident pour une médiatisation accrue du dossier, estimant que les enjeux méritent un débat public. Car au-delà des divergences actuelles, la problématique touche à un équilibre délicat : celui entre l’ouverture du marché, encouragée par l’intégration régionale, et la nécessité de préserver un tissu d’entreprises nationales viable.
Julien Koffi
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