Bankadesso : Comment le marché de proximité change la vie des producteurs du Bafing

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À Bankadesso, l’activité commence bien avant la tombée de la nuit. Producteurs, commerçants et transporteurs se côtoient dans une ambiance conviviale. Venus des champs environnants, les producteurs déversent leurs récoltes : tomates, aubergines, choux et autres produits maraîchers prennent progressivement place sur le marché. Les transactions s’enchaînent et les produits sont rapidement évacués vers différentes destinations.

Cette dynamique traduit une réalité nouvelle pour les acteurs du monde rural. Selon Bamba Abou, secrétaire général du comité de gestion du marché de proximité de Bankadesso, l’arrivée de cette infrastructure a profondément changé les habitudes. « Avant, nos produits étaient dispersés çà et là et nous étions vraiment malmenés. Depuis l’avènement du marché de proximité, les producteurs ont le sourire aux lèvres », explique-t-il.

Il souligne notamment l’appui logistique mis en place pour faciliter l’enlèvement des productions dans les différentes zones agricoles. Désormais, les récoltes peuvent être regroupées sur un même site avant d’être acheminées vers les marchés de consommation. Une organisation qui, selon lui, permet aux producteurs de vendre dans de meilleures conditions et de percevoir plus facilement leurs revenus. « Les commerçants partaient chercher les produits directement dans les champs. Aujourd’hui, ils peuvent récupérer et rassembler tous les produits dans un seul lieu », souligne Bamba Abou, qui invite les producteurs encore hésitants à rejoindre le dispositif.

Producteur de cultures maraîchères après ses études universitaires, Diomandé Messango se réjouit lui aussi de cette nouvelle organisation. Il se souvient d’une époque où les produits étaient exposés en bordure des routes, sous le soleil et la pluie, avec pour conséquence d’importantes pertes. « Aujourd’hui, les commerçants achètent rapidement nos produits, ils sont vite évacués et ils ne s’abîment pas. C’est une bonne chose », témoigne-t-il. Il souhaite toutefois une amélioration des prix d’achat afin de mieux rémunérer les producteurs.

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Le marché de Bankadesso ne se limite d’ailleurs plus à l’approvisionnement local. Selon les responsables du site, les volumes commercialisés peuvent atteindre 60 à 100 tonnes par semaine, avec des chargements destinés notamment à Duékoué, Guessabo, San Pedro et Abidjan. Des camions-remorques d’une capacité pouvant atteindre 40 tonnes prennent également la direction de la capitale économique. Les productions peuvent même alimenter des marchés de pays voisins. Pour le chef du village, Diomandé Vately, cette évolution constitue une véritable rupture. « À l’époque, la production se faisait surtout à l’occasion des fêtes, notamment en janvier, à la Tabaski et au Maouloud. Aujourd’hui, ils peuvent produire à tout moment », se félicite-t-il.

Selon lui, le marché offre désormais aux jeunes producteurs un espace pour stocker et commercialiser leurs productions en quantité. Une perspective qui encourage davantage l’activité agricole et contribue à dynamiser l’économie locale. Président du comité du marché de proximité de Bankadesso, Lanciné Touré considère l’infrastructure comme un véritable outil de développement communautaire. Il met en avant l’acquisition de deux kitas et de trois tricycles, qui facilitent le transport des produits depuis les champs jusqu’au marché. « Aujourd’hui, les commerçants viennent de tous les horizons pour se ravitailler avant de repartir vers leurs différents marchés. Cela a beaucoup changé nos vies », affirme-t-il.

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Mais le succès du marché pose désormais un nouveau défi : sa capacité. Face à l’augmentation des volumes, Lanciné Touré plaide pour l’agrandissement du site et la construction d’un second hangar. Il sollicite également un accompagnement financier pour les coopératives ainsi que la mise à disposition d’équipements modernes. À travers ces doléances, les acteurs de Bankadesso veulent surtout consolider une dynamique qui semble déjà porter ses fruits. Le marché de proximité est devenu un point de convergence entre producteurs, acheteurs et transporteurs, tout en facilitant l’évacuation des produits vivriers vers les grands centres de consommation. La tournée de l’équipe de la Direction générale de l’OCPV aura ainsi permis de constater, sur le terrain, une transformation progressive de la commercialisation des produits vivriers dans cette partie du Bafing.

A Bankadesso, l’agriculture ne se limite plus à produire. Elle s’organise désormais pour mieux vendre, mieux évacuer et toucher des marchés toujours plus éloignés.

Kevin Bako, envoyé spécial à l’Ouest du pays